L’art de publier des livres politiques


Arnaud Montebourg, en séance de signature, en octobre 2016.

C’est régulier comme la marée : un an avant l’élection présidentielle, l’afflux d’ouvrages écrits par des femmes ou des hommes politiques submerge les librairies. De gauche, de droite, du centre ou des extrêmes. L’éventail comprend aussi bien des pamphlets que des programmes ou des récits de coulisses du pouvoir, plus ou moins amers, savoureux ou assassins. Après une kyrielle d’auteurs, dont Philippe de Villiers (Le Jour d’après, Albin Michel), Edouard Philippe et Gilles Boyer (Impressions et lignes claires, JC Lattès), Bruno Le Maire (L’Ange et la Bête, Gallimard), Michel Barnier (La Grande Illusion, chez le même éditeur), Arnaud Montebourg (L’Engagement, Grasset), Manuel Valls (Pas une goutte de sang français, Grasset), sont attendus d’ici à la fin de l’année une cascade de livres signés par Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain…

Une quête d’« aura symbolique »

Pourquoi prennent-ils la plume ? Un livre, pour ces auteurs, « c’est un porte-avions pour une remédiatisation. Une opportunité pour revenir sous la lumière », affirme Olivier Nora, PDG de Grasset. Selon Alexandre Wickham, directeur des essais et documents d’Albin Michel, l’exercice relève d’une quête d’« aura symbolique, capitale autant pour le grand public que pour le microcosme parisien ». Véronique Cardi, PDG des éditions JC Lattès, ajoute : « La sacralité que les Français accordent au livre se conjugue à une fascination pour le pouvoir. » L’objectif apparaît parfois bien plus pragmatique. « Le livre programme de Jean-Luc Mélenchon, comme ses Cahiers de l’avenir en commun, servent à aller chercher des voix, populariser ses idées », assure ainsi Hugues Jallon, patron du Seuil. Dans le cas des livres-programmes, chaque ligne est abrasée par l’équipe de campagne, et l’éditeur se borne à imprimer et à diffuser le manifeste.

Aux yeux de Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondage Ipsos, le livre d’une personnalité politique obéit à trois fonctions : « Il lui permet de ne pas être sommée de réagir à l’actualité, d’échapper à l’urgence en prenant le temps d’une réflexion plus approfondie et de s’inscrire, selon la tradition politico-littéraire française, dans la posture de quelqu’un qui est capable de manier la plume. »

Cette activité n’est pas exempte de dangers. « L’exercice se banalise et aboutit à une profusion d’écrits de qualités diverses », souligne l’analyste. A tel point que « l’effort pour écrire un bon livre n’est plus aussi rentable pour son auteur », dit Brice Teinturier, qui constate que de nouvelles critiques sont adressées aux politiques qui sont en poste : on leur reproche d’écrire au lieu de travailler. Enfin, pour ceux qui racontent a posteriori ce qu’ils ont vécu, « certains les blâment d’avoir eu dès le début ce livre en tête, avec l’objectif sous-jacent » d’écrire un best-seller. Au chapitre des écueils, Sophie Charnavel, directrice des éditions Robert Laffont, estime que certains livres ne servent qu’à occuper le terrain et « sont formatés » pour que leurs auteurs soient invités dans les matinales des radios. Du marketing donc. Elle certifie : « Quand on est au pouvoir, on ne peut rien raconter. »

Il vous reste 69% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *