À Versailles, une fête du théâtre comme un avant-goût du festival d’Avignon


Le «Mois Molière» transforme la ville en une scène à ciel ouvert, et sert de tremplin aux compagnies émergentes avant leur participation au Off.

Des comédiens en costume d’époque déambulant au Potager du Roi, L’École des femmes en plein air : tel un mini-festival d’Avignon, le «Mois Molière» transforme Versailles en une scène à ciel ouvert, malgré un format réduit cette année en raison du Covid. À la Grande Écurie qui fait face au château, se maquillant et s’habillant dans des salles aménagées en loges, trois comédiens de la compagnie Viva ne cachent pas leur excitation, ni leur trac, avant la première d’une nouvelle production de L’École des femmes de Molière.

«C’est notre première de ce spectacle devant un public, et ça fait plusieurs mois qu’on n’a pas joué (…) donc c’est super excitant et en même temps assez stressant», affirme à l’AFP Eva Dumont, qui campe le rôle d’Agnès, pupille du tyrannique Arnolphe qui cherche à l’épouser. «Ça file un peu la pétoche car ça fait un an… mais c’est magique, c’est très émouvant», renchérit Mikaël Fasulo, qui joue Arnolphe. Organisé chaque mois de juin depuis 25 ans, annulé en 2020, le «Mois Molière» a vu le nombre de lieux de spectacle réduit de 70 à une dizaine.

Jauge à 35%

Dans la cour de la Grande Écurie, le maire de Versailles François de Mazières, un passionné de théâtre qui a créé le festival en 1996, regarde avec émotion les gradins se remplir. «Il fallait maintenir la tradition», malgré une jauge de 35% jusqu’au 9 juin (puis de 65% jusqu’au 30 juin), souligne-t-il à l’AFP. À la fin de la pièce mardi soir, le public réserve une standing ovation aux trois comédiens et au metteur en scène Anthony Magnier. «On a une soif de se retrouver… même si tout le monde aujourd’hui a Netflix et Amazon Prime, rien ne remplace le fait de vivre ensemble une histoire», commente le fondateur de la compagnie Viva.

En plus d’une fête de théâtre populaire et gratuite, l’enjeu du festival a toujours été d’être un tremplin pour les compagnies émergentes avant leur participation au Off d’Avignon, le plus grand marché de spectacle vivant en France. «Ce sont plutôt des troupes assez jeunes que l’on invite ici, qui font leurs créations, ça permet de roder les spectacles» avant d’aller les présenter dans la cité des Papes, explique le maire. En temps normal, les premiers spectateurs arrivés étaient les premiers à s’installer. «Les gens venaient à l’avance, jouaient aux cartes, c’était très sympa. Cette année, on réserve sur une plateforme sur internet et on paie un euro la place. Mais si quelqu’un ne vient pas, il est taxé de dix euros», précise le maire en souriant.

«L’année où jamais»

Le festival, qui en dépit de son nom ne présente pas exclusivement des pièces de Molière, est devenu si important pour les petites troupes que certaines sont devenues résidentes, comme Viva, ou encore Phénomène et Cie, association fondée par Stéphanie Tesson. Si le festival allie le nom du plus célèbre dramaturge français à la ville du Roi-Soleil – où Molière a fait jouer plusieurs de ses pièces devant Louis XIV -, il convoque un autre grand nom.

Au Potager du Roi, Stéphanie Tesson met en scène depuis 18 ans des spectacles promenades autour des fables de La Fontaine. Ses comédiens et comédiennes mènent, à travers les vergers et en costume et perruque, le public dans des déambulations en leur récitant Le Loup et l’Agneau, La Tortue et les deux Canards et d’autres. Cette année, qui marque le 400e anniversaire de la naissance du fabuliste, «c’était l’année où jamais de reparler de ce grand poète immortel», indique Stéphanie Tesson. «Et peut-être que ce que nous venons de traverser nous rend plus sensibles à sa peinture d’une société où tous les travers, tous les secrets de l’âme humaine sont explorés.»



Lire la suite
www.lefigaro.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *