« Seize printemps », la vie filmée de Suzanne Lindon


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Publié aujourd’hui à 02h26

Suzanne Lindon, à Paris, le 21 mai 2021.

Suzanne a 18 ans, âge des poètes et des possibles. A peine passé son bac, elle veut tourner un long-métrage. Son histoire à elle, celle d’une adolescente des beaux quartiers qui s’ennuie et fantasme sur un homme du double de son âge. C’est elle qui écrira, jouera et réalisera. Arnaud Valois, qu’elle a repéré dans 120 battements par minute, aura le rôle du beau gosse. Frédéric Pierrot, celui de son père : elle a écrit en pensant à lui ainsi qu’à des comédiennes de la Comédie-Française pour les petits rôles, Florence Viala et Rebecca Marder.

« J’ai filmé ma vie. Sinon, je n’aurais pas été honnête. » Suzanne Lindon

Il y aura aussi Dominique Besnehard, célèbre directeur de casting, devenu agent, puis producteur, qui a commencé sa carrière d’acteur dans A nos amours (1983), de Maurice Pialat, son film de référence. Klaus Nomi avait prêté son Cold Song au réalisateur. Suzanne prendra Vincent Delerm pour sa BO. Elle a son scénario et son casting, reste à appeler les producteurs. « Bonjour, c’est Suzanne Lindon. »

La suite est ouverte. « Lindon, comme Vincent ? », a demandé le premier appelé, ignorant qu’elle était la fille de l’acteur et de Sandrine Kiberlain. Seize printemps, de Suzanne Lindon, a finalement trouvé des producteurs (Caroline Bonmarchand, Avenue B), des coproducteurs (dont Bangumi, qui produit notamment l’émission « Quotidien » ; La Maison Chanel), un distributeur (Paname Distribution).

Une comète freinée par la pandémie

Cerise sur le berceau, le film a même été sélectionné en compétition officielle à Cannes 2020 par Thierry Frémaux, 2 067 candidats pour 57 élus, dont 21 films français. Lancé sur ce tremplin, Seize printemps a ensuite été applaudi à Saint-Sébastien, acclamé à Buenos Aires, Minsk et Macao et vendu dans une centaine de pays. Seule la pandémie a freiné la comète Suzanne Lindon.

Son film devait sortir en octobre 2020, puis en janvier, puis il a disparu dans le trou noir de la culture, avant de sortir en ce mois de juin. Dans le milieu cryogénisé par le Covid-19, une phrase virale a continué de circuler pendant des mois : « A part Xavier Dolan, il n’y a pas de précédent. » Pialat, Gainsbourg, Dolan… « Quand vous rencontrerez Suzanne, vous comprendrez », promettait la promotion.

D’abord, le film. Une confiserie. Les promesses du scénario (16 ans, l’ennui, les fantasmes) sont tenues. Le coup de foudre se révèle platonique (pas même un bisou sur la bouche), les déambulations d’une adolescente diaphane et privilégiée dans un Paris immaculé font toute l’histoire. Suzanne, apparition des années 1980, n’a pas de portable. Elle porte une minijupe en jean et fait tapisserie dans les boums, mot disparu avec La Boum (Claude Pinoteau, 1980), que sa mère lui a montré quand elle avait 4 ans.

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