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Cannes, ses stars endimanchées, sa montée des marches et le discret ballet de ses éboueurs


Pendant le festival, les déchets augmentent de près de 66%, passant de 1300 à 2200 tonnes. Un défi pour les agents chargés de la propreté qui participent à la réussite de l’événement.

«Faut pas que ça se voie»… Tel est la devise des éboueurs, les travailleurs de l’ombre du festival de Cannes. Ils ne signent pas d’autographe, boivent peu de champagne et montent rarement les marches malgré un physique à la Rambo pour certains: durant le festival, les agents de la ville réalisent des exploits pour gérer l’important surplus d’ordures. «Le retour du festival, c’est toujours un challenge. (…) Notre travail doit être fait presque sans qu’on nous voie, nous et les poubelles, il faut aller très vite», résume avec philosophie Lakhdar Drafi, 27 ans à la collecte et presque autant de festivals de Cannes à son actif.

Pendant onze jours, il enchaîne les heures en tenue jaune fluo, slalomant à l’arrière de la benne dans «le rush de la Croisette», escorté par moments par la police dans la circulation soudain très dense générée par l’afflux de festivaliers – environ 40.000 en temps normal, probablement moins cette année pour cette édition encore marquée par la pandémie de Covid-19.

Dans les bureaux de l’agglomération de Cannes Lérins, Michel Tani, directeur général des services calcule : sur 11 jours, les agents collectent environ 1354 tonnes de déchets et le festival en rajoute environ 840, notamment dans les bacs à verre où plus du double de bouteilles vides vient s’amonceler. Tout confondu, verre, emballages, ordures ménagères, le grand rendez-vous des cinéphiles du monde entier produit «l’équivalent de 42 semi-remorques d’ordures supplémentaires ou de 120 conteneurs à la queue leu leu», indique-t-il.

Pour le personnel, l’intensité du travail redouble, les congés ne sont pas autorisés. Au bataillon habituel de 200 ripeurs, balayeurs ou conducteurs de camions et d’engins de nettoyage se greffent un renfort de saisonniers, et des camions sont loués en plus. Pour les restaurants de plage, les poubelles sont ramassées non plus deux, mais trois fois par jour. Des tournées à pied ou à scooter sont ajoutées pour déjouer les embouteillages et l’évacuation des conteneurs au pied des grands hôtels est réglée au quart d’heure près.

La récompense: gravir les marches

Il faut aussi souvent rectifier le tir. «Souvent, c’est même pas que ça déborde, mais les gens, au lieu d’ouvrir le bac, laissent à côté pour pas s’embêter ou pour pas toucher le bac», poursuit le ripeur de 46 ans, témoin aussi des excès du festival, ses élégances et son déluge de luxe. Si aucun trésor n’a jamais surgi des poubelles, il n’est pas rare de tomber sur des emballages aussi beau que leur contenu: «Quand on voit marqué 3.000 euros sur la boîte à chaussures, on a envie de la garder même s’il n’y a plus les chaussures dedans!»

Levé vers 3h30, il lui faut aussi éconduire les fêtards qui prétendent jouer les acrobates derrière la benne: «Vous dites: “non, Monsieur, vous n’avez pas le droit”», raconte Lakhdar Drafi, qui s’est déjà entendu répondre: «Mais si, allez, je donne 50 euros !»
L’agent de propreté aime d’une certaine manière cette période du Festival où il se sent utile: «L’ambiance est vraiment différente. J’aime travailler dans le dur.» Le directeur des équipes de nettoyage, Christophe Gerbier, est conscient lui des efforts demandés aux hommes et aux femmes qu’il coordonne: «Ça leur plaît, mais faudrait pas que ça dure trois semaines. Au bout de quinze jours, ils sont rincés!. Cette année, notre inquiétude c’est d’avoir double feu, les vacanciers et les festivaliers en même temps, c’est une première».

À la déchetterie, quand les hommes rentrent se changer, une compétition non officielle et sans palme d’or s’improvise entre collègues, «un petit challenge entre nous», selon Lakhdar Drafi qui consiste à comparer le tonnage soulevé par chacun. Puis il ajoute: «On fait des heures supplémentaires donc, pour ceux qui sont volontaires, on gagne un peu plus.» Ces efforts sont parfois récompensés. Il sait que parfois il pourra obtenir mécontent non plus des places pour des projections qu’il utilise ou cède à ses enfants.

Ces bonus sont une sorte de Graal pour cet homme de l’ombre au travail utile mais ingrat. Et il se souvient lui d’avoir pu gravir, comme les stars, les fameuses marches cannoises: «La dernière fois, ça remonte à il y a quatre ans. Ça m’a bien plu de passer de l’autre côté. J’avais monté les marches avec mon épouse, pas en gilet jaune, ni en smoking, mais bien habillé quand même et mon épouse a plus apprécié la montée des marches que le film!»



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