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tout ce qu’il faut savoir sur cette édition de résurrection, hors des sentiers battus


Des dates inédites, un contexte sanitaire sous haute surveillance, un programme de plus de 150 films où les réalisateurs français se taillent la part du lion… Les retrouvailles des cinéphiles avec la Croisette sont riches d’attentes et de nervosité.

Avant même d’avoir commencé, c’est une certitude. Ce Festival de Cannes 2021 sera historique et ne ressemblera à aucun autre. Après le cataclysme du coronavirus qui avait empêché la tenue du rendez-vous des cinéphiles sur la Croisette -du jamais vu depuis le sabordage du cru 1968-, cette 74e édition a même un parfum de revanche, de victoire sur l’adversité.

Des retrouvailles en «petit comité»

Un Festival de Cannes en juillet, c’est du jamais vu. Prudents les organisateurs Pierre Lescure et Thierry Frémaux avaient prévu à l’automne 2020 trois scénarios en fonction de la reprise de la pandémie : un festival en mai comme à l’ordinaire, une manifestation en juillet ou, au pire, en septembre. Cette dernière solution aurait mis la Croisette en concurrence frontale avec la concurrente éternelle la Mostra de Venise qui n’a pas eu elle à endurer une année blanche. Finalement, c’est le recul du nombre de contaminations au covid qui a permis au festival de se tenir du 6 au 17 juillet.

Réalisateurs, producteurs et acteurs vont cohabiter et se disputer les plages avec les vacanciers et de baigneurs qui chaque année vont chercher l’oubli et la détente sur la Riviera. Difficile peut-être de trouver un logement mais pour l’économie locale sinistrée par la pandémie, le retour des festivaliers à Cannes sur le bord de la mer Méditerranée sonne comme une résurrection, même s’il n’y en aura pas 40.000 comme en 2019, mais probablement moitié moins. Les restrictions de déplacement liées au coronavirus ont découragé nombre d’habitués hollywoodiens, latino-américains, asiatiques ou russes.

Spike Lee au rendez-vous

Spike Lee et ses jurés AFP

Convié par le délégué général Thierry Frémaux à présider l’édition 2020 qui n’a jamais pu avoir lieu, le réalisateur afro-américain a tenu à revenir un an plus tard. Il sera entouré d’un jury éclectique en majorité féminin et francophone et déjà primé à Cannes. S’y côtoieront le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, prix du jury 2019 pour son thriller de science-fiction Bacurau, ses homologues sénégalaise Mati Diop (Grand Prix en 2019 pour Atlantique) et autrichienne Jessica Hausner (son Little Joe était reparti avec le prix d’interprétation féminine). L’actrice, mais aussi productrice, scénariste et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal, qui avait éclairé World Trade Center, The Dark Knight ou Crazy Heart, côtoiera Song Kang-ho, mémorable dans Parasite de Bong Joon-ho. À cette équipe de talents internationaux se joignent trois figures françaises qui en surprendront plus d’un. L’actrice Mélanie Laurent, le comédien Tahar Rahim et la chanteuse Mylène Farmer, figure de la pop culture française.

Une édition de combat, les Français omniprésent

Parmi les 24 films en compétitions pour la palme d’or, beaucoup «ont la fièvre, une force de combat et, additionnés les uns aux autres, vont nous permettre (…) peut-être encore plus cette année, de faire un beau voyage. Nos réalisateurs sont lanceurs d’alerte et évoquent le mystère du couple, l’idée de tout perdre liée à notre crise mondiale, l’idée de partir, les armes, les tribulations de la jeunesse des pays du sud», résume Thierry Frémaux. Ces thèmes en prise avec l’actualité devraient piquer la curiosité de Spike Lee à la filmographie militante riche en œuvres choc pour éveiller les consciences face au racisme.

La compétition compte de prestigieux cinéastes, certains déjà couronnés à Cannes comme l’Italien Nanni Moretti (Tre Piani), Jacques Audiard (Les Olympiades), ou Apichatpong Weerasethakul pour son premier film en anglais hors de Thaïlande (Memoria), avec Tilda Swinton et Jeanne Balibar. Elle met aussi à l’honneur des artistes comme le Marocain Nabil Ayouch, dont le film Haut et Fort prend le pouls de la jeunesse marocaine, ou Kirill Serebrennikov (Les Petrov, la grippe, etc). Son fauteuil devrait rester vide car il est interdit de sortie du territoire russe.

Sophie Marceau, André Dussollier,Géraldine Pailhas défendront en compétition Tout s’est bien passé de François Ozon sur la fin de vie. Diaphana

Les cinéastes français se taillent la part du lion avec plus d’un tiers des films en compétition : huit. Un record. La pandémie a encouragé les Américains à garder leurs titres les plus en vue comme Dune pour Venise, dans l’espoir que le coronavirus poursuive sa décrue sur le Vieux continent. La date de la Mostra en septembre en fait aussi une parfaite rampe de lancement pour la course aux Oscars. Seuls Red Rocket de Sean Baker, The French Dispatch avec Timothée Chalamet et Flag Day avec Sean Penn représenteront Hollywood. Quant aux réalisatrices, elles sont toujours minoritaires pour prétendre à la palme. Le compteur reste bloqué à quatre, dont trois heureuses élues tricolores : Mia Hansen-Love, Catherine Corsini et Julia Ducournau.

La musique à l’honneur

La Croisette en prendra aussi plein les oreilles : le Festival de Cannes joue cette année une partition très musicale, qui met à l’honneur des légendes du rock et du rap. Cinéaste hors du commun rencontre groupe légendaire : dès l’ouverture du festival le 6 juillet, le film Annette donne le la. Derrière la caméra, l’inclassable Leos Carax (Les Amants du Pont-Neuf). Devant, les stars Marion Cotillard et Adam Driver, et au scénario comme à la musique, l’inclassable duo californien Sparks, figure de la scène alternative depuis les années 1970.

Les frères Larrieu se lancent eux aussi dans la comédie musicale avec Tralala, avec Mélanie Thierry, Maïwenn, Josiane Balasko et Mathieu Amalric joue de l’ukulélé. Le Velvet Underground est au cœur du documentaire de Todd Haynes, auteur de Velvet Goldmine, inspiré de David Bowie, et I’m not There, sur Bob Dylan. Le film promet de mélanger interviews et images exclusives de l’époque. Charlotte Gainsbourg passe à la réalisation avec Jane par Charlotte, un documentaire intime tourné sur plusieurs années, consacré à sa mère, Jane Birkin. Cofondateur de NTM, JoeyStarr pourrait monter les marches pour Cette musique ne joue pour personne, de Samuel Benchetrit, où il côtoie une autre musicienne passée au cinéma : Vanessa Paradis. Il pourrait aussi passer une tête à la projection, en séance de minuit, d’un biopic sur les débuts de sa formation légendaire du rap français, Suprêmes.

Une abondance de films vertigineux

Plus de 150 longs-métrages toutes sections confondues (compétition officielle, Cannes Premières, Cinéma pour le climat, Un certain regard, Séances de minuit, La Quinzaine des réalisateurs, La semaine de la critique, Cannes Classics, Cinéfondation) qui s’offriront aux regards des festivaliers. Ces derniers vont devoir faire des arbitrages douloureux. C’est bien plus que d’ordinaire, comme pour pallier la disette de l’an passé . Un certain regard et la Quinzaine se recentrent sur les premiers ou seconds films de cinéastes méconnus et émergents.

Une poignée de stars malgré tout

Pas de Brad Pitt ou Leonardo DiCaprio cette année. Mais Jodie Foster, Sean Penn, Matt Damon sont attendus sur le tapis rouge. Tout comme les piliers du 7e art français : Catherine Deneuve (dont ce sera la première apparition depuis son AVC), Marion Cotillard, Camille Cottin, Valérie Lemercier, Jean Dujardin qui présentera en clôture les dernières aventures de son OSS 117. Le casting de The French Dispatch devrait offrir de beaux moments aux photographes : Adrien Brody, Tilda Swinton, Bill Murray, Léa Seydoux, Mathieu Amalric ou le Franco-Américain Timothée Chalamet. Toutefois pandémie oblige, la petite troupe de Wes Anderson ne logera pas à Cannes mais à quelques kilomètres de là pour éviter les foules.

Un festival vert

L’écologie, la lutte contre le réchauffement climatique sont au cœur de cette édition. Outre la section dédiée Cinéma pour le climat -une fiction et six documentaires-, les organisateurs demandent pour la première fois une contribution aux festivaliers. Vingt-quatre euros par personne créditée pour la protection de l’environnement et compenser les émissions carbone. Les sommes récoltées seront intégralement reversées à des programmes de compensation carbone, dans le cadre de la nouvelle politique environnementale du Festival de Cannes.

L’ombre du coronavirus plane toujours

Crise sanitaire oblige, chaque festivalier devra soit avoir reçu ses deux doses de vaccins ou se faire tester toutes les 48 heures pour accéder au Palais des Festivals. Les masques pourront seulement et brièvement tombés sur le tapis rouge lorsque les stars poseront pour les photographes. La pandémie a aussi eu la peau des grandes fêtes et nuits blanches cannoises. Les soirées s’annoncent plus exclusives, avec des jauges très limitées : dîners assis d’une centaine de personnes, cocktails dînatoires, interludes sélects sur la terrasse du Martinez. La flambée du variant delta pourra entraîner l’édiction de nouvelles règles en cours de festival.



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