La Biennale de Venise offre un panorama éclectique de la danse contemporaine


« New Work for Goldberg Variations », de Pam Tanowitz.

A deux minutes du début de New Work for Goldberg Variations, de la chorégraphe américaine Pam Tanowitz, à l’affiche samedi 24 juillet de la Biennale de la danse, le Teatro Malibran semble désespérément vide au regard des ruelles bondées. Retrouver une salle trouée – la jauge en Italie ne doit pas dépasser 50 % de la capacité du lieu –, après quelques semaines passées dans des théâtres remplis à 100 %, est étrange. Cette sensation est vite rattrapée par la ferveur du public devant ce concert dansé redoublant d’intensité la partition de Bach.

Quelle effervescence dans cette création ! Programmée pour la première fois en Italie, inconnue en France, Pam Tanowitz, qui a créé sa compagnie en 2000, à New York, impose d’emblée une écriture savante et joueuse qui rayonne autour de la pianiste Simone Dinnerstein, installée au centre du plateau. En tunique et pantalon léger aux tons acidulés, les huit interprètes fusent dans tous les sens. Seuls ou par petits groupes, ils débobinent des pas classiques et contemporains, entrechoquent sauts rapides et chutes douces sans qu’on ait le temps de dire ouf. Dix-huit mois qu’ils n’avaient pas grimpé sur scène : ils se régalent. Nous aussi.

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On doit cette découverte à Wayne McGregor, nommé directeur de la section danse de la Biennale de Venise pour quatre ans. Connu dans le monde entier, le chorégraphe britannique navigue depuis le début des années 1990 entre pièces contemporaines survoltées et collaborations à des comédies musicales comme Kirikou (2007) ou Sweet Charity (2019) tout en travaillant sur l’intelligence artificielle avec l’Institut culturel Google. Dans le contexte Covid-19, le chorégraphe britannique a réussi à rassembler, du 23 juillet au 1er août, une douzaine de spectacles, ainsi que des installations et des performances. Deux troupes, le Xiexin Dance Theatre, de Chine, et la Bereishit Dance Company, de Corée du Sud, ont annulé leur tournée en Europe.

Une pièce virulente et écorchée

Sa première édition, Wayne McGregor l’a voulue envers et contre tout « diverse pour partager la danse de toutes les façons possible ». A mi-temps de la manifestation, mission réussie. Les propositions se télescopent, entre spectacles chorégraphiques à fond les ballons et performances plus théâtrales ou plastiques, dessinant la cartographie chahutée de ce que l’on appelle aujourd’hui la danse contemporaine. En ouverture, la Franco-Sénégalaise Germaine Acogny, 77 ans, récompensée par le Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière, présentait son monologue identitaire A un endroit du début (2015), conçu avec le metteur en scène Mikaël Serre. Entre geste et texte, Acogny, petite fille d’une prêtresse yoruba, invoque ses ancêtres, sa grand-mère qui mit au monde son père à l’âge de 60 ans ; règle ses comptes avec son ex-mari et prend le pouvoir. En conclusion de la manifestation, c’est l’Irlandaise Oona Doherty, 35 ans, Lion d’Argent, qui dégoupillera Hard to Be Soft – A Belfast Prayer (2017), pièce virulente et écorchée.

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