un « Don Giovanni » marmoréen à Salzbourg


Vito Priante (Leporello), Mika Kares (le Commandeur) et Davide Luciano (Don Giovanni).

Passe sanitaire, pièce d’identité, billet personnalisé et port obligatoire du masque FFP2 : un protocole particulièrement strict entoure cette année encore le Festival de Salzbourg, l’une des rares manifestations à avoir tenu le cap en 2020, à l’occasion d’un centenaire tronqué, dûment prolongé en 2021. C’est dire si le Don Giovanni de Mozart mis en scène par Romeo Castellucci sous la direction de Teodor Currentzis, proposé en ouverture devant une jauge pleine, était attendu. De la réunion de ces deux iconoclastes ne pouvait naître qu’un objet singulier. Une volonté de tabula rasa exprimée dès l’ouverture qui voit des ouvriers vider entièrement une église baroque. Roucoulements de ramiers, bruits d’élévateurs et d’échafaudages. Exit la transcendance.

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Comme il a descendu le Christ en croix au-dessus du tabernacle, Castellucci va s’évertuer à faire tomber Don Giovanni de son mythe. Une page vierge dans un décor d’un blanc immaculé. La musique a commencé dans un coup de tonnerre, qui préfigure la damnation finale. Une petite chèvre est passée en courant, puis une jeune fille nue, apeurée, tentant de se cacher. L’homme en blanc – Don Giovanni – est alors apparu, marteau à la main – amusant, la faucille sera l’apanage du paysan Masetto –, puis son serviteur, Leporello, alter ego vêtu à l’identique, insatisfait comme à l’accoutumée de sa condition.

150 Salzbourgeoises recrutées

Chez Castellucci, ce qui tombe du ciel n’a rien de béni. Une grosse berline tous phares allumés pour Don Giovanni. Plus loin, le fauteuil roulant du Commandeur. La lutte est inégale. Et pourtant, le duel entre les deux hommes verra le séducteur s’affaisser avec sa victime dans une osmose que la musique revendique. Car le Don Giovanni de Castellucci ne serait pas tout à fait un prédateur. Toutes ces conquêtes féminines ne seraient que simple nourriture pour vivre. Le metteur en scène a recruté 150 Salzbourgeoises pour illustrer le fameux air du catalogue. Elles forment autour de Don Giovanni une horde sauvage. Ainsi Elvira l’abandonnée, revenant avec son enfant (il reconnaît illico son père qu’il poursuit en lui tendant les bras), mais aussi Anna, agressée sexuellement dans la maison de son père, poursuivant son assaillant entourée de femmes en voiles noirs hystérisées à la manière des Erinyes, ou encore Zerlina, figure de vierge idéalisée, à qui l’amour inscrira sur le visage la signalétique des femmes battues.

Teodor Currentzis épouse pas à pas la pensée du metteur en scène

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