Le retour en grâce d’Alberto Giacometti


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Publié aujourd’hui à 17h32

Le photographe et graphiste suisse Peter Knapp n’a rien perdu de son œil légendaire. A 90 ans, l’ancien directeur artistique du magazine Elle, celui qui a inventé tant d’images marquantes de la culture pop française des années 1960, est heureux de donner des conseils. Il invite le visiteur à observer de près Trois hommes qui marchent, une petite sculpture de 1948 d’Alberto Giacometti.

L’œuvre est tellement connue que la plupart des visiteurs de l’exposition dont il est le commissaire à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes), passent presque sans la regarder. « Placez-vous en face. Vous vous dites que ces trois solitaires vont dans des directions opposées, qu’ils s’ignorent. Changez d’axe : on dirait qu’ils se parlent. Tournez encore. On a l’impression qu’un des trois quitte le groupe », détaille-t-il.

Fier de son effet, Peter Knapp nous entraîne encore, d’un bond, vers un ensemble de Femmes debout, alignées comme à la parade. « De face, elles se ressemblent toutes. C’est une démonstration de force. Maintenant, observez-les de profil, dans un angle de 45 degrés. C’est comme cela qu’il faut les admirer, pour percevoir leurs différences, leurs formes et leur féminité ! », pointe-t-il avec malice.

« Homme traversant une place par un matin de soleil », à Paris, 1951.

Démontrer que son compatriote, mort en 1966 à l’âge de 65 ans, gagne encore à être connu, tel est le pari relevé par Peter Knapp avec une exposition qui révèle, au-delà d’Alberto Giacometti, une famille d’artistes soudés, aux parcours imbriqués. Relire son œuvre, en montrer la grandeur, est au goût du jour. Cet été, le sculpteur suisse né à Borgonovo est partout, et notamment dans les plus grandes institutions. A la magnifique Fondation Maeght, donc, haut lieu de l’art moderne. Mais aussi en Provence, au Château La Coste, propriété viticole jalonnée d’œuvres d’art et d’architecture signées de grands noms, qui abrite un petit accrochage de ses dessins.

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Ou au Grimaldi Forum, grand complexe culturel monégasque, connu pour ses expositions estivales ambitieuses, qui propose au même moment une rétrospective riche de plus de deux cents œuvres magnifiquement mises en scène. « Je suis fan », sourit sa directrice, Sylvie Biancheri, qui mise sur cette statuaire longiligne reconnaissable entre mille pour oublier cette annus horribilis.

Pour les musées malmenés par huit mois de fermeture en raison du Covid-19, exposer Giacometti, c’est l’assurance de faire chauffer la billetterie. Car ses expositions font toujours le plein : 450 000 visiteurs en 2008 au Centre Pompidou, 330 327, dix ans plus tard, au Guggenheim Bilbao. Même l’Institut Giacometti, écrin Art déco du 14e arrondissement de Paris, où a été installé son atelier, fait d’excellents chiffres de fréquentation, malgré sa jauge très réduite.

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