Niccolo Ammaniti, le noir brillant


Niccolo Ammaniti à Bologne, en juin 2018.

« L’idée que l’humanité disparaisse m’apporte beaucoup de paix. » La sévérité du regard que Niccolo Ammaniti pose sur ses semblables n’a d’égale que la gentillesse avec laquelle il les traite. Affable et courtois, l’écrivain italien restera néanmoins caché derrière des lunettes de soleil pendant tout l’entretien. Moins pour se dérober aux regards que pour dissimuler la fatigue accumulée depuis le début de la production d’Anna, série qu’il vient d’adapter de son propre roman (2015, Grasset) et qui sera présentée en compétition internationale à Séries Mania.

Mêlant deux thèmes omniprésents dans son œuvre, l’effondrement du monde – quelle que soit la forme sous laquelle il se présente – et l’enfance, Anna conte la survie d’une jeune adolescente et de son petit frère en Sicile dans un futur proche, alors qu’une maladie dont on ne saura pas grand-chose (« la Rouge ») frappe les adultes et les tue en quelques jours. Livrés à eux-mêmes, les enfants jouent un remake du roman de William Golding Sa Majesté des mouches en attendant que la maladie les rattrape à l’adolescence.

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« Pour moi, les seules personnes en mesure d’affronter l’apocalypse sont les enfants et les dépressifs », estime l’écrivain, tout à fait sérieux. Et de citer l’influence que fut pour Anna le Melancholia de Lars Von Trier, dans lequel la dépression du personnage incarné par Kirsten Dunst lui permet de voir venir la fin du monde sans perdre la tête. Quant aux enfants, « ils ont peur du monstre, pas de la mort », ajoute-t-il. La spectaculaire coïncidence qui fait qu’Anna ait été filmé en 2020, l’année pendant laquelle se déroule le livre, au moment même où l’épidémie de Covid-19 touchait l’Italie de plein fouet, le laisse de marbre. « Jamais je n’aurais imaginé qu’un virus comme dans Anna puisse exister, assure-t-il. Pour moi, c’était un moyen de raconter un monde sans adulte. Quand le Covid est arrivé, j’ai eu du mal à faire le lien entre ce que j’avais écrit et ce qui était en train de se passer, ce sont les autres qui me l’ont fait remarquer. »

Jeunes auteurs irrévérencieux

Fils de psychiatre, né à Rome en 1966, Niccolo Ammaniti publie son premier roman, Branchies, en 1994. A la fin de la décennie, l’écrivain se trouve à la tête du mouvement des « Cannibales », de jeunes auteurs libres et irrévérencieux (Tiziano Scarpa, Aldo Nove, Isabella Santacroce…), puisant leur inspiration dans la culture populaire. Devenu un pilier du roman contemporain transalpin depuis son best-seller Je n’ai pas peur (Grasset, 2002), Ammaniti s’est fait connaître d’un nouveau public avec Il Miracolo, ovni sériel diffusé en 2019 sur Arte, qui met en scène les conséquences sur un ensemble de personnages de la découverte d’une statue de la Vierge pleurant des larmes de sang. Succès critique et populaire, la série, dont l’auteur est scénariste et coréalisateur, avait été présentée à Séries Mania en 2018 et récompensée par le prix du jury.

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