Le rappeur Mac Tyer, du noir à la lumière


Mac Tyer, en 2021, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Dans le rap français, Mac Tyer occupe une place à part. Membre du groupe Tandem au milieu des années 2000 avec Mac Kregor, il a rarement remporté de succès commerciaux mais leur titre en commun 93 Hardcore, publié à l’aube des émeutes de 2005, est une référence. De même que de nombreux titres de ses albums en solo, Le Général en 2006, D’où je viens en 2008, Untouchable en 2012 ou C’est la street mon pote en 2018. A 42 ans, le rappeur d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) publie en CD et en vinyle trois EP, Noirs, enregistrés pendant les confinements.

Son aura est telle que le réalisateur Franck Gastambide lui fait jouer son propre rôle dans sa série Validé, dont la saison 2 est diffusée depuis lundi 11 octobre sur Canal+. Il est filmé dans son studio d’enregistrement, La Planque, à Aubervilliers où il a mis le pied à l’étrier à plusieurs jeunes artistes dont Rémy, auteur de deux albums remarquables. C’est Mac Tyer que le personnage Mastar vient d’abord voir pour lui demander de l’aide quand il n’arrive pas à se sortir d’affaire avec un voyou. De son vrai nom Socrate Petnga, le rappeur est bien implanté dans la vie des quartiers pour jouer ce rôle de patriarche respecté et écouté.

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Dans sa cité, il a d’abord transformé un local à vélo en studio d’enregistrement professionnel. Depuis six ans, il organise aussi dans sa ville l’événement Rentrée pour tous, distribuant des fournitures scolaires aux élèves dans le besoin, une action qui était pourtant partie d’un autre souhait, celui de diffuser dans les cités HLM de sa ville l’information que les lieux culturels à Paris, à quelques stations de métro de là, étaient accessibles à tous : « Lors d’une sortie au Musée du Louvre avec mes nièces, se rappelle-t-il, je me suis rendu compte que beaucoup de lieux nous sont ouverts et que nous le savons pas. Au moment de payer mes places au musée, on m’a annoncé que c’était gratuit pour les enfants. Je ne savais pas. C’est suite à ça que j’ai décidé d’organiser cette journée pour sensibiliser les plus jeunes à cette gratuité. Je me suis appuyé sur une association locale, j’ai trouvé des kits scolaires à distribuer en cadeau, et là je me suis rendu compte que c’était surtout ce que venaient chercher les mères de famille. »

Dénoncer les injustices

Avec la crise sanitaire, le rappeur a mis l’événement en suspens, mais il est retourné enregistrer en studio, lui dont les activités étaient multiples. De mère nigériane et de père camerounais, il a investi dans une usine de traitement d’eau au sud du Nigeria, a développé une marque de mode, a géré son studio d’enregistrement. Avec les restrictions liées à la pandémie, il a dû interrompre ses voyages : « Le Covid-19 m’a remis le pied dans le rap, ironise-t-il. Je suis resté confiné en studio avec tous les jeunes de mon quartier, il y avait une belle énergie, et j’ai enregistré ces trois disques. » Dans Compton, il se rappelle les valeurs qui l’ont fait devenir rappeur : dénoncer les injustices, les violences policières. Dans Promesses, extrait de Noir 2, il raconte, son enfance : « C’est les nineties, j’ai onze piges, j’marche sur des seringues d’héroïne/Ils ont pété la porte du voisin comme un astéroïde. »

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