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Julie Desprairies fait vibrer l’esprit des lieux à Eleusis


La déambulation « Un autre mystère », chorégraphiée par Julie Desprairies, le 13 novembre 2021, à Eleusis (Grèce).

Rendez-vous est donné, samedi 13 novembre, à 11 heures, à la gare désaffectée d’Eleusis. Une cinquantaine de spectateurs – jauge en plein air autorisée dans le contexte sanitaire et l’augmentation de cas de Covid-19 en Grèce – s’y retrouve pour la performance Un autre mystère, mise en scène par la chorégraphe française Julie Desprairies et présentée à quatre reprises pendant deux jours. Cinq interprètes contemporaines et six groupes de danses traditionnelles d’Epire, d’Asie Mineure, du Péloponnèse, de Chios et de Crète, soit une centaine d’amateurs au total, participent à cette déambulation de deux kilomètres le long de la voie ferrée abandonnée. Il fait incroyablement doux et chaud. Soudain, cinq performeuses en robes claires ou jupes multicolores surgissent sur les rails : l’une se love dans un tissu brodé, l’autre arbore un bouquet de branches sèches… Un nuage de fumée violet pique le bleu du ciel. La « loco » chauffe, la marche peut commencer.

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A la queue leu leu, en faisant attention à ne pas se fouler la cheville sur les gros cailloux, le cortège de spectateurs rassemble adultes, enfants qui s’amusent à imiter les danseurs, chiens qui surfent entre les poussettes et dames âgées bras dessus, bras dessous. Il évolue en parallèle aux tableaux dansés qui s’égrènent sur les voies. Une chanson s’élève dans l’air tandis que douze hommes et femmes en costumes noirs et rouges étirent une guirlande de petits pas glissés et croisés. Ils sont originaires d’Epire, région située dans le nord-ouest du pays. Cinquante mètres plus loin, une autre frise de danseuses de l’île de Chios, habillées en blanc, prend le relais.

Citadin et écologique

Cette suite chorégraphique noue finement séquences contemporaines et extraits traditionnels. Accompagnée par des musiciens live ou une bande-son, cette fresque semble brodée sur les maisons et immeubles bordant le tronçon. Elle convoque aussi une ribambelle d’objets emblématiques d’Eleusis ou récupérés ici et là. Posés tels des signes adroitement convoqués le long de cette superbe ligne de fuite ferroviaire, ils distinguent le geste plastique élégant et délicat des interventions in situ de Julie Desprairies.

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Depuis le début des années 2000, cette artiste tout-terrain, formée aux arts plastiques et à l’histoire de l’architecture, est repérée pour son travail en milieu urbain et rural. Elle a le don d’entrecroiser professionnels et amateurs, architecture et accessoires, en faisant vibrer l’esprit des lieux et la mémoire de ses habitants. Qu’elle incruste des silhouettes multicolores dans les immeubles de Villeurbanne pour Là commence le ciel (2006), valorise les employés de l’Opéra de Lyon, reconstruit par Jean Nouvel, dans L’Opera nell’opera (2012) ou s’immerge dans une ferme du Vercors pour Tes jambes nues (2013), Julie Desprairies ne fait qu’un bouquet du quotidien revisité par l’art.

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