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Théâtre : les pièges et le trésor de « L’Ile d’or »


Théâtre : les pièges et le trésor de « L’Ile d’or »

Au Théâtre du Soleil à Paris, le nouveau spectacle dirigé par Ariane Mnouchkine peine à convaincre malgré des images de toute beauté.

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Théâtre : les pièges et le trésor de « L’Ile d’or »
« L’Ile d’or », création collective dirigée par Ariane Mnouchkine, le 5 novembre 2021, au Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes (Paris 12e).

MICHÈLE LAURENT

Enfin le bateau a accosté à son île. Le bateau, c’est la troupe du Soleil, l’île, c’est

L’Ile d’or

, son nouveau spectacle. Cette île n’existe pas, sauf par la magie du théâtre qui l’a vue naître après une longue gestation, pendant la pandémie. Ariane Mnouchkine a pris son temps, et elle a attendu que le public puisse revenir sans contrainte de jauge pour le lui présenter. Comme toujours, elle est là, magnifique, à l’entrée où elle prend les billets et souhaite la bienvenue aux spectateurs. Il faut le dire et le redire : aucun théâtre ne sait accueillir comme

le Soleil

, avec ses grandes tablées où l’on mange dans un décor qui change selon les créations. Cette fois, ce sont des lampes blanches et les lions de

Hokusai

, japonais, comme la nourriture. Le quotidien s’éloigne et le théâtre se glisse ainsi dans les corps et les esprits, avant d’entrer dans la salle où nous attend

L’Ile d’or

.


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Car elle nous attend, comme l’utopie indomptable qui guide Ariane Mnouchkine : que le théâtre soit une métaphore du monde. Et qu’il soit, avec ses sortilèges. Unir les deux, telle est la question.

L’Ile


d’or

la pose, sans la résoudre vraiment. Au départ, il y avait le projet du Soleil d’aller répéter en mars 2019 à Sado, une île du Japon où de nombreux artistes furent exilés, et devenue un haut lieu de culture. Ariane Mnouchkine voulait revenir au Japon, où elle a fait en 1964 un voyage qui depuis guide sa vie dans l’art. Le confinement a stoppé net le projet, mais n’a pas écorné le désir du retour aux sources. A la Cartoucherie, la troupe a travaillé le nô et sa forme comique, le kyôgen. Et elle s’est livrée à des mois d’improvisation, sans savoir précisément ce qu’il en ressortirait, sauf sur un point : il n’était pas question de faire un spectacle sur le confinement et la pandémie.


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Pourtant, ils sont là, ne serait-ce qu’à travers la femme qui, du début à la fin, donne du liant au spectacle. C’est une femme aux cheveux blancs, sur un lit d’hôpital. Elle délire, croit qu’elle est au Japon, fait des cauchemars sur l’état du monde. Difficile de ne pas voir cette femme comme un touchant double de scène d’Ariane Mnouchkine, qui s’interroge sur la façon dont le Covid-19 l’a travaillée, comme il l’a fait pour tout le monde. Elle ne le sait pas, il faudra du temps pour le savoir, mais en attendant, la Terre tourne, et c’est ce mouvement qui s’invite sur l’île où une maire se bat contre un projet immobilier menaçant l’équilibre ancestral et la vie des pêcheurs. Voilà pour la trame du spectacle qui joue à saute-ruisseaux, et partant de l’île, embrasse les questions d’aujourd’hui, des réfugiés afghans au Brésil mortifère de Jair Bolsonaro, en passant par le conflit israélo-palestinien.


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