« Dans les lieux culturels, le masque trace des frontières entre les publics et entre les arts »


Le masque est-il obligatoire dans les cinémas, théâtres, musées, salles de concerts ? La réponse tient du flou artistique. D’un lieu à l’autre, le bout de tissu est exigé, recommandé, facultatif. Certains incitent même à le retirer. Parfois, vous devez le porter dans les espaces de circulation mais pas assis ou debout face à la scène.

Cette riche palette s’explique. Depuis juillet, seul le passe sanitaire est obligatoire pour entrer dans un lieu culturel, alors que le port du masque est laissé à l’appréciation des patrons de salles ou producteurs de spectacles. Un préfet de département peut aussi l’imposer.

Que la ligne soit tracée par les propriétaires de lieux, souvent sans la claironner et sans pouvoir de contrainte, et non par l’Etat, est la meilleure façon de laisser les clés au public. Cela n’est pas sans provoquer des crispations. Lors d’une projection du dernier James Bond dans un cinéma bondé et à moitié masqué, alors que l’écran affichait « masque obligatoire », une altercation a eu lieu entre des spectateurs ; le personnel de la salle n’est pas intervenu.

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Le masque trace aussi des frontières entre les publics et entre les arts. Dans les musées, dominés par les seniors, il est obligatoire, les visiteurs l’acceptent sans ciller et les rares récalcitrants sont rappelés à l’ordre par les gardiens – il est vrai qu’ils sont visibles. Au théâtre aussi, le public se protège spontanément, souvent sans qu’une voix enregistrée l’informe de ce qu’il doit ou peut faire. Et quand cette voix se fait entendre, c’est généralement pour dire que le masque est facultatif. C’est le cas au Théâtre national de Strasbourg. Tout comme au Funambule, à Paris, où une dame de l’accueil a dit fin septembre au public : « Comme vous avez tous présenté un passe sanitaire, vous pouvez retirer votre masque. »

L’ambiguïté de patrons de salles

Au cinéma, certains gros exploitants l’imposent, comme Pathé-Gaumont, ou MK2, alors que UGC le recommande. D’autres ne disent rien, fatalistes. Outre que beaucoup de spectateurs baissent le bout de tissu une fois la lumière éteinte, il y a aussi l’ambiguïté de patrons de salles qui se disent vigilants sur les gestes barrières tout en vendant une montagne de pop-corn. C’est dans les salles rock (de concerts) que le public jeune porte le moins le masque – qu’il soit de rigueur ou non. Il n’y pense même pas. Ce ne sont pas les agents de surveillance, fatigués d’être en première ligne, qui vont se risquer à intervenir quand la foule heureuse chante, danse, s’embrasse, hurle devant la scène.

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