Le Covid-19 donne à « Roméo et Juliette » une ardeur inattendue à l’Opéra-Comique


Une répétition de l’opéra de Gounod, « Roméo et Juliette », mis en scène par Eric Ruf, le 11 décembre 2021,  à l’Opéra-Comique à Paris.

Quelle soirée ! Louis Langrée, le nouveau directeur de l’Opéra-Comique, avait prévenu, qui avait conclu son discours liminaire d’un « Attachez vos ceintures ! » La première de ce Roméo et Juliette, de Gounod, lundi 13 décembre, témoigne en effet d’une situation inédite : la défection coup sur coup des deux rôles-titres à quelques heures du début de la production. Il y a d’abord eu Roméo : testé positif au Covid-19, Jean-François Borras a dû renoncer à la générale qu’a assurée la Juliette de Julie Fuchs, avant de déclarer forfait à son tour pour les mêmes raisons le matin même du spectacle. Sans parler des cuivres de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, qu’il a fallu aussi remplacer. Mais l’enthousiasme, la volonté et une certaine bonne étoile ont permis à la maison d’opéra parisienne de trouver in extremis des solutions.

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La Juliette se nomme Perrine Madoeuf. Encore une presque inconnue. Elle ne le sera plus. Voix puissante et charpentée, vibrato ardent, la soprano compose un beau personnage d’amoureuse tragique. Dût la grâce de la valse de l’acte I (la fameuse ariette « Je veux vivre ») en pâtir quelque peu, dardée d’aigus dont la vigueur et la robustesse saisissent. Une raideur liée sans doute à l’appréhension, un sentiment bien compréhensible pour la jeune femme (elle et son Roméo n’ont répété, avec piano, que l’après-midi même), qui s’estompera au fur et à mesure, donnant à l’air du poison (« Amour, ranime mon courage ») un relief impressionnant.

Voix puissante et charpentée, vibrato ardent, la soprano Perrine Madoeuf compose un beau personnage d’amoureuse tragique

Plus convaincant encore, le Roméo de Pene Pati, dont la santé vocale n’inspire nulle inquiétude puisqu’il chantait la veille en matinée l’Alfredo de La Traviata de Verdi à l’Opéra d’Amsterdam. Le jeune ténor samoan, qui sortira un premier récital d’airs d’opéras français et italiens chez Warner Classics en mars 2022, est également auréolé de ses débuts fracassants à l’Opéra de Paris, où il a triomphé en Nemorino dans la reprise de L’Elixir d’amour, de Donizetti, mis en scène par Laurent Pelly. Le chanteur jonglera entre Amsterdam et Paris, dont il assurera les représentations des 15, 17 et 21 décembre.

Si la célèbre cavatine « Ah, lève-toi, soleil », qui ouvre la scène du balcon, a laissé paraître quelques infimes instabilités dans le soutien du souffle, la voix ronde et solaire du ténor, ses demi-teintes caressantes, ses aigus ambrés, la beauté de son style et la perfection de sa prosodie ont stupéfié et séduit. Un Roméo nous est né, longuement acclamé aux saluts par une salle éperdue d’admiration et de reconnaissance, un moment de gloire que Pene Pati a justement partagé avec Perrine Madoeuf.

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