« La réalité devenait plus folle que mon scénario, écrit avant la pandémie de Covid-19 »


Le cinéaste Adam McKay et l’actrice Jennifer Lawrence.

Que font les vivants quand leur fin approche ? Ils rentrent chez eux, répond Don’t Look Up. Déni cosmique, la tragi-comédie d’Adam McKay sur Netflix. Tandis qu’une comète menace d’anéantir la Terre, l’astronome joué par Leonardo DiCaprio retourne dans ses pénates. L’autoradio diffuse Till Then (1944), une ballade des Mills Brothers, où un soldat se languit de sa mère patrie. Derrière son budget à 100 millions de dollars et son casting stellaire, voici le délicat défi que relève la neuvième réalisation de McKay : exprimer son mal du pays, en mariant le comique et le cosmique.

Commencée dès 2004 avec Présentateur vedette. La Légende de Ron Burgundy, attisée par le trumpisme et la pandémie de Covid-19, sa satire des maux qui minent l’Amérique n’a jamais semblé si actuelle – triomphe de l’idiotie, du mensonge et de la prédation. A quoi McKay oppose des vertus cimentées durant ses années de théâtre, à Chicago, puis au cours de ses travaux pour le cinéma ou la télévision : la jubilation oratoire ; le sens du burlesque ; la fidélité à soi-même et aux siens. Il répond au Monde, de sa maison de vacances, en Irlande, où il a écrit Don’t Look Up et d’où sont originaires ses aïeux.

Lire la critique : Article réservé à nos abonnés « Don’t Look Up. Déni cosmique » : la comète Mckay lancée contre la bouffonnerie de l’humanité

Vous dites avoir augmenté de 15 % le « degré de folie » de votre film, après l’arrivée du Covid-19 et l’invasion du Capitole…

C’est exact ! La réalité devenait plus folle que la première version de mon scénario, écrite avant la pandémie. J’ai retiré des éléments trop proches de l’actualité. Par exemple, j’avais imaginé le vote d’un cadeau fiscal pour les 1 % les plus riches, lié à la comète ; or, Trump a fini par faire pareil. D’un autre côté, le déni de la vérité scientifique, durant la pandémie, m’a marqué. Alors, j’ai choisi d’accentuer cet aspect du scénario.

De quoi se nourrit ce déni ?

Du fait d’avoir placé nos moyens de communication sous l’égide du profit. C’est criant aux Etats-Unis : tout y est monétisé. Et la règle numéro un du commerce, c’est que le client a toujours raison. La plupart des médias sont conçus pour donner aux gens le sentiment de n’avoir jamais tort : si vous voulez qu’ils regardent la pub, mieux vaut ne pas leur apporter de mauvaises nouvelles.

Pourquoi la critique des médias occupe-t-elle une telle place dans vos films ?

De nos jours, l’information est une arme, une science de corrosion. C’est l’une des caractéristiques de notre époque. L’instrumentalisation des données, les algorithmes, la course aux infos virales ont bouleversé nos vies, nos manières de sentir, jusqu’au timbre de nos voix. Le drame, c’est que cette échappatoire au réel nous fait un bien fou, à court terme. C’est l’amplification d’un phénomène déjà ancien : j’étais gamin dans les années 1970, quand la télé câblée est apparue ; j’ai assisté à la multiplication des chaînes, à l’arrivée d’Internet, du portable… Je me sens vieux, même si je n’ai que 53 ans. Sur The Big Short [2015], Vice [2018] et Don’t Look Up, avec mon monteur et mon compositeur, nous avons cherché à faire de l’information un personnage à part entière.

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