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pour protéger ses richesses, le lagon turquoise vire au vert


Des panneaux solaires équipent les bungalows d’hôtels de luxe à Bora Bora (Polynésie française). « Bora Bora, le laboratoire du futur » (2022), d’Antoine Laguerre.

FRANCE 3 ET LA 1ÈRE – LUNDI 18 AVRIL À 00 H 00 – DOCUMENTAIRE

Paradis sur terre, Jardin d’Eden… Depuis qu’elle a été découverte, en 1722, par le navigateur néerlandais Jacob Roggeveen, puis baptisée « Pora Pora », en tahitien, par le Britannique James Cook, en 1769, Bora Bora invite au rêve. Encadrée par un lagon unique au monde, l’île volcanique offre un paysage entre eau turquoise translucide, palmiers et sable blanc. Moins romantique mais essentiel, Bora Bora a hérité d’un aéroport, après le passage des troupes américaines, de 1942 à 1946. Et elle a fini par ouvrir son premier hôtel, en 1961. Elle en compte plusieurs dizaines aujourd’hui.

Les lodges sur pilotis sont, eux aussi, devenus emblématiques, à l’image de la clientèle visée : le très haut de gamme. Quelque 100 000 touristes annuels pour 10 000 habitants : une manne de 300 millions d’euros de retombées économiques pour ce petit territoire de 44 kilomètres carrés sans ressources naturelles, à condition de la protéger. Le maire de l’île et ses concitoyens l’ont compris, comme en témoigne le reportage d’Antoine Laguerre, qui fait le tour des innovations environnementales mises en place, parfois avant-gardistes, tout en valorisant l’engagement des îliens. Même si son enthousiasme mérite d’être gentiment modéré.

Tout d’abord, le film n’évoque pas, malgré sa thématique environnementale, les retombées des essais nucléaires menés en Polynésie française de 1966 à 1996. Pas plus que Paul-Emile Victor, venu s’y installer à sa retraite, en 1976, avant d’y mourir, le 7 mars 1995, et qui fut l’un des quatre grands précurseurs de l’écologie en France (avec Alain Bombard, Haroun Tazieff et le commandant Cousteau).

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Bouturage de coraux

Ensuite sont occultées les péripéties de Gaston Tong Sang. Allié, puis opposant de Gaston Flosse, ex-sénateur et président de la Polynésie française, il est ici simplement présenté comme « maire de Bora Bora depuis trente ans » et même « homme vigie » de l’environnement. Oubliant, au passage, son scepticisme affiché à l’égard du vaccin contre le Covid-19 : « J’ai l’impression que plus on vaccine, plus on est malade », déclarait-il, mi-septembre 2021, alors que la Polynésie, faiblement vaccinée, présentait une surmortalité sans précédent.

Sur fond de poissons tropicaux Dascyllus rayés noir et blanc, les caméras partent à la rencontre d’habitants engagés, tels David Lecchini, biologiste, qui prend des notes sous l’eau ; Milton Doom, membre de Reef Check, une association de protection des récifs adepte de la science citoyenne participative ; ou Alice, qui compte les raies mantas et sensibilise les touristes en les faisant plonger au côté d’un des 145 spécimens recensés à Bora Bora. Les images de l’animal surgissant des eaux troubles impressionnent toujours.

Faute d’espace, le tourisme n’est jamais très loin. Les récifs artificiels de coraux sont ainsi positionnés devant les bungalows « sous le regard émerveillé des touristes », souligne le commentaire, et le centre de protection de tortues marines jouxte un hôtel de luxe. On s’attend à une séquence gastronomie en voyant un homme préparer des bâtons de calmars, des sardines et des brocolis… Il n’en sera rien.

Le film se fait scientifique lorsqu’il détaille la technique de dessalinisation utilisée depuis 2006 ou le bouturage de coraux. Puis pédagogique lors des débats organisés sur le retour du rahui, une jachère ancestrale, ou sur l’ambitieux projet de devenir le premier lagon connecté au monde. Les yeux s’illuminent. A Bora Bora, le futur se conjugue entre tradition et modernité et entend bien faire toujours rêver.

Bora Bora, le laboratoire du futur, d’Antoine Laguerre (Fr., 2022, 52 min).



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