fbpx

portrait de la cantatrice fauve


Patricia Petibon et Anthony Gregory dans « Alcina », de Haendel, en juin 2015, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

FRANCE 5 – VENDREDI 6 MAI À 22 H 25 – DOCUMENTAIRE

La soprano colorature n’est pas une spécialité française, mais la France vit naître parmi les plus fameuses représentantes de cette tessiture, la plus aiguë des gosiers humains : il y eut Lily Pons (1898-1976), Mado Robin (1918-1960) et Mady Mesplé (1931-2020), avant que Natalie Dessay (née en 1965) ne devienne la coqueluche des plus grandes scènes internationales où elle régna quasiment sans partage.

Patricia Petibon (née en 1970) est l’oiseau rare suivant dont, très vite, en sus des frisures rousses, sont remarquées la voix fruitée et la fine musicalité, cultivées auprès des « baroqueux » William Christie (né en 1944) et Nikolaus Harnoncourt (1929-2016), avec qui elle collabore dès les premières années de sa carrière, avant d’aborder un répertoire beaucoup plus large.

Lire le portrait : Article réservé à nos abonnés Patricia Petibon, colorature de feu

C’est à elle que France 5 consacre un joli portrait, Patricia Petibon, le chant des étoiles, cosigné Marie Guilloux et Pierre de Vilno, dont le titre pourrait passer pour un cliché un peu facile en matière de voix stratosphérique. Mais il s’explique par l’une des passions extra-musicales de la chanteuse, qu’on voit répéter avec la cheffe de chant Erika Guiomar tout en gardant un œil sur l’écran d’un téléviseur qui transmet l’embarquement, en 2021, de Thomas Pesquet pour la Station spatiale internationale (ISS).

Le documentaire s’attarde sur la relation personnelle et professionnelle de Patricia Petibon et d’Olivier Py, le metteur en scène avec lequel elle a le plus collaboré pour des rôles essentiels : Olympia dans Les Contes d’Hoffmann (1881), de Jacques Offenbach (1819-1880), la Lulu (1937), d’Alban Berg (1885-1935), Manon (1884), de Jules Massenet (1842-1912).

Lieu de « la défaite des femmes »

Après avoir incarné Constance puis Blanche dans les Dialogues des carmélites (1957), de Francis Poulenc (1899-1963), toujours avec Olivier Py, Patricia Petibon, la maturité venue, a voulu enfin aborder La Voix humaine (1958), le monodrame de Francis Poulenc d’après la pièce de Jean Cocteau, créée par Berthe Bovy en 1930 à la Comédie-Française.

Sans que le propos ne soit vraiment développé, on entend Olivier Py souligner la difficulté de faire accepter, en période post-#metoo, ce rôle d’une femme brisée par l’amant qui la quitte : à ce compte-là, c’est le répertoire presque tout entier de l’opéra – ce lieu de « la défaite des femmes », pour reprendre le titre du fameux essai de Catherine Clément paru en 1979 chez Grasset – qu’il faudrait réviser idéologiquement…

D’où Point d’orgue (2021), une réponse à La Voix humaine, voulue par Py et le compositeur et organiste Thierry Escaich (né en 1965) : le metteur en scène devenu librettiste affirme avoir souhaité « corriger rétroactivement certains aspects qui ne [lui] plaisent pas complètement dans La Voix humaine. » On voit Patricia Petibon préparer avec le compositeur ce rôle écrit pour elle.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Point d’orgue », un opéra en forme de miroir inversé

Autre décision de l’âge de maturité : la chanteuse a voulu aborder Salomé (1905), de Richard Strauss (1864-1949), un rôle tellurique qui n’est a priori pas pour sa voix – même si Patricia Petibon insiste sur le fait qu’elle n’est pas un soprano léger. Après y avoir travaillé pendant de nombreux mois, elle a dû se plier à la décision – Covid-19 et confinement obligeant – du Théâtre des Champs-Elysées d’annuler cette production mise en scène par Krzysztof Warlikowski. Mais, elle le jure, elle aura un jour la tête de Iokanaan…

Patricia Petibon, le chant des étoiles, de Marie Guilloux et Pierre de Vilno (Fr., 2021, 52 min).



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.