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Après deux ans de silence lié au Covid-19, le Maroc renoue avec les grands festivals de musique


Le musicien marocain Hamid El-Kasry sur la scène du Festival gnaoua et musiques du monde, à Essaouira, en juin 2019.

Après deux années de passage à vide imposé par le Covid-19, le Maroc relance les grands festivals de musique qui ont fait sa réputation et servent son influent « soft power » culturel sur la scène internationale. A Fès, Essaouira ou Casablanca, de la musique soufie du nord de l’Inde aux chants gnaouas du sud marocain, en passant par le funk cubain et le tropicalisme brésilien, le royaume s’ouvre de nouveau aux sonorités du monde à partir de début juin.

Emanant souvent d’initiatives privées, ces festivals, qui drainent des centaines de milliers de fans étrangers et marocains, offrent une vitrine inestimable au pays. « Au Maroc, la vie culturelle, notamment certains festivals devenus emblématiques, repose sur un socle solide et prometteur », explique à l’AFP Neila Tazi, l’organisatrice du Festival gnaoua et musiques du monde, lancé en 1997 à Essaouira (sud). « Elle représente un “soft power” considérable pour le pays », souligne Mme Tazi, qui préside la Fédération des industries culturelles et créatives.

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De fait, pour la reprise de la saison festivalière après une absence de deux ans, les programmateurs ont soigné leurs affiches. C’est à Essaouira, le 3 juin, que va s’élever la première note du Festival gnaoua, un incontournable du calendrier des musiques du monde, présenté comme un « projet culturel de résistance ». Pour la première fois de son histoire, les organisateurs ont opté pour un « festival itinérant » qui, après une première escale dans le port d’Essaouira, conduira les musiciens à Marrakech, Casablanca et Rabat jusqu’au 24 juin.

Au fil du temps, cette manifestation gratuite a réussi le pari de mettre en valeur et décloisonner l’art ancestral gnaoua en créant des ponts avec le jazz ou le blues et en attirant un public jeune et urbain (jusqu’à 300 000 spectateurs en trois jours). Cette musique spirituelle, portée initialement par des descendants d’esclaves au Maghreb, a été inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019.

Au programme, des concerts de mâalems (« maîtres ») gnaouas, mais aussi de jeunes artistes s’appropriant cette tradition musicale, comme Asmaa Hamzaoui, l’une des rares femmes dans un milieu presque exclusivement masculin. Parmi les invités : le chanteur folk anglais Piers Faccini, le Cubain Cimafunk et la star du jazz israélien Avishai Cohen.

Gilberto Gil, Mulatu Astatke, Ben Harper…

Autre rencontre qui résonne au-delà des frontières marocaines : le Festival des musiques sacrées de Fès, du 9 au 12 juin. Fidèle à sa tradition culturelle et spirituelle, il a bâti son édition 2022 autour de « l’architecture et le sacré ». « Tout, dans la musique, est une histoire d’architecture, de formes et d’ornements. Tout est question de constructions, de lignes, de pleins, de vides, de superpositions, de hauteurs », explique Bruno Messina, directeur artistique de ce festival fondé en 1994.

Salué par l’ONU en 2001 comme un événement majeur ayant contribué au dialogue entre civilisations, le festival de Fès a accueilli par le passé Björk, Patti Smith ou Barbara Hendricks. Les chants sacrés s’incarneront cette année à travers les voix des Roohani Sisters (musique classique indienne), de la Kazakhe Saniye Ismail, interprète de musique traditionnelle ouïghoure, et des polyphonies sardes.

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Si le festival Mawazine-Rythmes du monde, à Rabat – le plus grand d’Afrique –, n’aura pas lieu, le Jazzablanca lui volera la vedette, du 1er au 3 juillet, pour sa 15e édition dans la capitale économique du royaume, grâce à un programme étincelant, avec le légendaire Gilberto Gil, Mulatu Astatke, le père de l’éthiojazz, Ben Harper, Ibrahim Maalouf, Asaf Avidan, figure du folk-rock israélien, etc.

Placée sous patronage royal, cette effervescence musicale n’est pas seulement destinée à l’étranger. Elle a aussi pour ambition de faire accéder le plus grand nombre de Marocains à la culture. Mais sur le terrain, malgré « un soutien marqué à l’organisation de manifestations et d’événements d’envergure nationale et internationale […], cette attention ne s’est pas traduite en politiques publiques, comme en témoigne la faiblesse des ressources budgétaires et humaines qui leur sont dédiées », selon la commission sur le Nouveau modèle de développement (NMD), un plan impulsé par le roi Mohammed VI et fixant les principaux objectifs à atteindre par le Maroc d’ici à 2035.

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Le Monde avec AFP



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