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entre Monet et Rothko, un intense pas de deux à Giverny


« Saule pleureur » (entre 1920 et 1922), de Claude Monet, Paris, Musée d'Orsay.

Le premier s’éteignait dans sa maison de Giverny (Eure), en décembre 1926, à 86 ans, au moment où, à 23 ans, le second terminait ses études d’art à New York. Quel est le point de rencontre entre Claude Monet et Mark Rothko, deux géants de la peinture que plusieurs générations et un océan ont séparés ? Déjà pointées par la recherche, les résonances entre l’impressionnisme tardif et les peintres de l’abstraction américains ont de quoi surprendre au premier abord, mais ont donné envie à Cyrille Sciama, le nouveau directeur général du Musée des impressionnismes, arrivé à Giverny en 2019, de tirer ce fil avec ce focus inédit.

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Un autre défi s’est greffé au premier, et que l’on pourrait aussi résumer par une question : cinq Monet et six Rothko suffisent-ils à faire une exposition sur 1 000 mètres carrés ? Bien entendu, le conservateur en souhaitait davantage : dix de chaque. Mais le Covid-19 est passé par là. In fine, des Rothko provenant de la National Gallery de Washington, de la Tate à Londres, du Musée de Houston (Texas) et d’une collection privée sont arrivés à bon port, pour côtoyer des Monet empruntés à Orsay, au Musée Marmottan et à des musées de Normandie. Et la réponse est oui, grâce à une sélection convaincante comme au soin porté à la scénographie.

L’effet attendu est une immersion, au plus près des vibrations qui émanent des œuvres

Le bâtiment lumineux, tout en bois et verre, s’est vu transformé en une boîte obscure qui s’abstrait de son environnement, l’effervescence touristique et fleurie du village : de la moquette molletonne le parquet et le bruit, la lumière naturelle est obstruée. Dans cette pénombre, un banc invite d’emblée à s’asseoir : plein phare sur les toiles, leurs échelles, compositions et folies de couleurs, au point qu’elles semblent rétroéclairées. L’effet attendu est une immersion, au plus près des vibrations qui émanent des œuvres. Car c’est le premier rapprochement qui s’impose, cette commune qualité vibratoire, hypnotique des toiles, introduite par un premier duo particulièrement intense : l’imposante Light Red Over Black (1957) de la star américaine et le Saule pleureur (entre 1920 et 1922) du précurseur français.

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Les deux peintures impulsent un jeu de profondeur, la première avec deux masses noires aux contours incertains, scindées par un fond rouge, qui happent le regard ; la seconde par une sorte de feu d’artifice ondulatoire entre les teintes chaudes et froides des branchages et de la lumière. La palette de chacun rend compte d’un tournant dans leur vie : celle de Rothko commence à s’obscurcir, à l’image de sa mélancolie (l’exposition ne montre que des Rothko tardifs aussi, des années 1950), celle de Monet, éclatante, est le choix d’un homme qui souffre alors d’une vue défaillante. Chez les deux, qui ont par ailleurs défié par leurs innovations picturales les conservatismes de leur époque, les émotions traversent la toile à la manière de miroirs psychologiques.

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