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la Sérénissime n’est pas éternelle


Venise sous les eaux, en 2009.

« Le Naufrage de Venise », d’Isabelle Autissier, Stock, 266 p., 20,50 €, numérique 15 €.

Les civilisations sont mortelles et, tandis que les peintres du Quattrocento exploraient cette vérité historique à travers les ruines de la Rome antique (temples, tombeaux, thermes, palais, remparts, ponts), les architectes échafaudaient des plans pour prévenir toute destruction. Ainsi en a-t-il été de Venise, merveille minérale suspendue sur des millions de pieux dans la vase et la boue ; Venise, fleuron de la Renaissance, vouée à renaître jusqu’au jour de sa disparition.

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Le nouveau roman d’Isabelle Autissier imagine ce péril mille fois prophétisé : la mort de la Sérénissime. Son effondrement. Son engloutissement par les eaux. Le Naufrage de Venise s’ouvre, en effet, sur la catastrophe tant redoutée : la cité des Doges réduite à l’état de décombres, sous l’effet conjugué d’une puissante tempête et d’une haute marée (acqua alta) exceptionnelle. Autant de vestiges d’une splendeur déchue, d’une ambition humaine aussi fragile qu’arrogante. Et le système MOSE (ensemble de barres escamotables visant à protéger la lagune des excès de l’Adriatique), entré en service en octobre 2020, a peut-être même aggravé les choses.

Le passé, le présent et l’avenir

Mariant histoire et actualité (la pandémie de Covid-19, les poissons et les dauphins de retour dans la lagune), Isabelle Autissier retrace le désastre et sa généalogie, émaillée de scandales. « Nous avons péché par orgueil en pensant réussir à tout maîtriser. Il y a des siècles, avec peu de connaissances, ce pouvait être excusable, mais aujourd’hui c’est imbécile », dit l’un des personnages du roman, faisant le compte des erreurs et des causes : le pompage de la nappe phréatique à des fins industrielles dans les années 1950, l’assèchement des sols pour construire des zones portuaires et aéroportuaires, le creusement de profonds chenaux, la hausse du niveau de la mer due au réchauffement climatique global. Sans parler des 30 millions de touristes annuels charriés par des avions ou des paquebots, ceux-ci déchaussant les fondations des bâtiments vénitiens.

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Le passé, le présent et l’avenir de Venise sont incarnés ici par trois protagonistes : Maria Alba, descendante d’une lignée aristocratique désargentée, dont les ancêtres figurent dans les musées ; Guido, son mari, fils d’un paysan de Vénétie, qui a fait fortune dans l’immobilier et était, avant la tragédie, conseiller aux affaires économiques de la ville ; enfin, leur fille rebelle, étudiante en art, activiste engagée dans la défense de l’environnement.

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