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A Besançon, l’artiste Roman Signer fait entendre sa petite musique discordante


« Klavier », 2010, de l’artiste suisse Roman Signer.

Capitale horlogère, Besançon a, depuis le XIXe siècle, un rapport viscéral au temps. Celui-ci imprègne la ville depuis l’horloge astronomique de la cathédrale jusqu’au Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Franche-Comté, qui a fait de cette question un axe majeur de collection depuis une quinzaine d’années. Ne manquait donc à cette institution que Roman Signer, un sculpteur du temps, spécialiste ès accidents poétiques. C’est chose faite depuis que le Covid-19 a mis les projets sur pause et ralenti la course du monde.

En deux ans, le FRAC a acheté coup sur coup deux œuvres de l’artificier suisse. En particulier Klavier, un drôle de piano dont les cordes vibrent sous l’effet de balles de ping-pong mues par le souffle de deux ventilateurs. Cet achat a donné à Sylvie Zavatta, directrice du lieu, l’envie ­d’exposer plus ­amplement l’œuvre de cet esprit farceur, méconnu des Français. Quoi de plus (im) pertinent, quoi de plus circonstancié, en effet, que ce travail qui a transformé l’échec et l’accident en outils créatifs ? Sylvie Zavatta le reconnaît : « Roman Signer était une évidence dans notre époque traversée de crises multiples. »

Signer avait demandé à un ami de larguer un piano d’un hélicoptère. Le son du crash aurait été enregistré pendant la chute. Une idée audacieuse. Trop pour la police.

Dans ses photos immortalisant ses actions, comme dans ses installations, l’artiste savoure le hasard, ce grain de sable qui grippe la mécanique du quotidien et plus encore dans un pays comme la Suisse, où tout est réglé comme du papier à musique. La musique, justement, Roman Signer la connaît bien. Son père fut directeur de différents ensembles. Lui-même a appris à jouer du basson. Mais Signer était trop visuel pour devenir musicien. Et, plus que les sons, ce sont les bruits qui l’intéressent : la chute d’un objet, le souffle du vent, la déflagration d’un ballon. Quand il conçoit, en 2010, ce piano désaccordé par le souffle de ventilateurs, il a, bien sûr, en tête les artistes du mouvement Fluxus. Le compositeur John Cage a fait rouler des oranges sur les touches d’un clavier, tandis que Joseph Beuys a emballé de feutre un piano à queue.

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Avant d’imaginer cette installation, Signer avait d’abord demandé à un ami de larguer, près de Lucerne, un piano d’un hélicoptère. Les cordes auraient été équipées de capteurs sonores et le son résultant du crash aurait été enregistré pendant la chute. Une idée audacieuse. Trop pour la police, qui a interdit l’action. Roman Signer imagine alors une autre performance mettant en scène un pianiste jouant un morceau du compositeur russe Alexandre Scriabine sur un radeau à la dérive, pendant qu’un hélicoptère s’en rapproche dangereusement.

« C’était comme si un gros insecte venait perturber le piano », explicite Signer, qui décide de prolonger l’action avec Klavier. Il songe d’abord à des balles de tennis pour titiller les cordes, avant d’opter pour des balles plus légères, des balles de ping-pong. Aux pales d’hélicoptère, il substitue des ventilateurs dont le souffle génère stridences et pizzicati. Un pur moment de poésie désaccordée.

« Roman Signer, tombé du ciel », jusqu’au 25 septembre. frac-franche-comte.fr



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