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Le Gstaad Menuhin Festival reprend en beauté


« Missa in tempore belli », de Haydn, sous la direction de René Jacobs, en ouverture du Gstaad Menuhin Festival (Suisse), le 15 juillet 2022.

Le vert comme s’il en pleuvait, une explosion de prairies et de forêts, de chalets en bois ponctués de volets et de balcons couleur pomme, olive, sapin ou céladon : s’il existe un seul endroit sur la planète où le réchauffement climatique ne saute pas encore aux yeux, c’est bien dans le magnifique Saanenland, qui vit le grand Yehudi Menuhin (1916-1999) poser sa boîte à violon et fonder, en 1957, le festival d’été qui porte toujours son nom. Comme partout, le Covid a fait son œuvre. « Pour ne pas disparaître en 2020, nous avons maintenu une édition très resserrée en version numérique, puis repris en 2021, avec une jauge réduite de 50 % », explique Christoph Müller, directeur de la manifestation depuis 2002. C’est dire si les sept semaines de festival reconquises cette saison symbolisent l’espoir.

Intitulée « Vienne : Beethoven Delayed », en hommage au compositeur allemand, dont l’édition 2020 n’a pu honorer le 250e anniversaire de la naissance, cette 66e édition, consacrée à Vienne (après Paris en 2019), imaginait la pandémie jugulée. Mais la septième vague a eu raison de la monumentale Missa solemnis, prévue en ouverture. Trop de musiciens positifs au SARS-CoV-2 parmi les choristes du RIAS Kammerchor de Berlin et les instrumentistes du Freiburger Barockorchester. Réduction des effectifs et nouvel exil beethovénien. C’est la rare Missa in tempore belli, de Haydn, suivie du Requiem, de Mozart, qui ont finalement résonné, le 15 juillet, dans la belle église de Saanen, sous la direction du chef baroque René Jacobs.

Aura philanthrope

Un concert magnifique, d’une puissance d’évocation d’autant plus émouvante que la « Messe pour un temps de guerre », également baptisée « Paukenmesse » en raison des timbales qui rythment ses élans guerriers, a été écrite par Haydn en 1796, alors que la première campagne d’Italie du général Bonaparte faisait craindre aux troupes autrichiennes l’invasion de Vienne. La beauté de chaque pupitre choral, d’une homogénéité et d’une précision sans égales, l’excellence de l’orchestre sur instruments d’époque, l’incandescente sobriété du maestro, qui dirige assis, mais déclenche d’un regard salves patriotes et profond recueillement, tout cela galvanise et saisit au point de couper le souffle. A l’instar de ces points d’orgue poussés au paroxysme de la rupture apoplectique.

Tendue comme un arc dans une déferlante de tempos plus rapides qu’à l’accoutumée, cette « Messe des morts » témoignera des mêmes qualités de rigueur, de virtuosité et d’engagement de la part des interprètes

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