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à La Roque-d’Anthéron, duel au piano de deux prodiges anglais


Benjamin Grosvenor, à La Roque d’Anthéron, le 31 juillet 2022.

Après deux années freinées par le Covid-19, la 42e édition du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) a retrouvé sa pleine vitesse de croisière. Du 18 juillet au 20 août, la manifestation accueille 106 concerts répartis sur treize scènes de la région PACA, avec plus de cinq cents artistes invités. Ce 31 juillet aurait pu célébrer le D-Day du piano britannique en terre provençale : les deux seuls virtuoses anglais du festival, Martin James Bartlett et Benjamin Grosvenor, étaient en effet programmés le même jour. Tous deux ont été biberonnés dans les grandes écoles de musique londoniennes, avant d’être distingués par le prestigieux BBC Young Musician of the Year. Une récompense – obtenue pour le premier à l’âge de 18 ans (2014), pour le second à 11 ans seulement (2004) –, qui a propulsé leur carrière, relayée par des maisons de disques de renom. Déjà cinq albums au compteur pour Grosvenor (30 ans), premier pianiste anglais signé en exclusivité chez Decca Records en soixante ans ; deux publications chez Warner Classics pour Bartlett (26 ans), invité en 2016 à la cathédrale Saint-Paul de Londres pour les 90 ans de la reine.

Musicien pionnier, Grosvenor cartographie des contrées vierges, connues de lui seul

Le soleil est déjà haut lorsque s’étire la file matinale venue découvrir le plus jeune, Martin James Bartlett, en récital dans le « gymnase acoustique » du centre Marcel-Pagnol. Costume sombre, chemise blanche et chaussettes d’un violet ecclésiastique, le jeune pianiste à l’abondante chevelure bouclée a choisi un programme éclectique, balayant un spectre musical allemand, français et russe, du XVIIIe au XXe siècle. Le récital s’ouvre avec deux adaptations de cantates de Bach, réalisées par l’Italien Ferruccio Busoni pour le « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » et l’Anglaise Myra Hess pour le fameux « Jésus que ma joie demeure ». Le jeune homme y déploie un jeu au front lisse, égal et concentré. La danse de Rameau (« Gavotte et ses six doubles », extraits de la Suite en la mineur), puis la Sonate n° 31 de Haydn l’inspireront davantage, faisant miroiter un piano articulé avec précision, mais sans dureté, au brio fantasque et malicieux, ainsi qu’en témoignera le coup d’œil rieur du musicien glissé vers le public à la fin de l’envoi.

Benjamin Grosvenor, à La Roque d’Anthéron, le 31 juillet 2022.

Le vent tournera avec la transcription lisztienne de la « Mort d’Isolde » qui clôt dans une extase d’amour sublimé la scène finale du Tristan et Isolde de Wagner. Nulle emphase dans ce clavier subtil quoique contrasté, qui semble exploiter davantage les éléments novateurs du discours que l’expressivité romantique, comme si cette musique s’ouvrait résolument sur l’avenir. Deux pièces vocales de Rachmaninov, elles aussi transcrites pour le piano, cette fois par l’Américain Earl Wild, filent le train du XXe siècle. Après avoir conféré une souplesse aérienne, quasi impressionniste, au Where Beauty Dwells, le pianiste aborde le tube qu’est la Vocalise op. 34 n° 14 sans la moindre sentimentalité, absorbant la mélodie dans le grand tout dynamique, d’implacables déchaînements virtuoses appelant un naturel retour au calme.

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