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Un Van Gogh dans la nature après le cambriolage d’un musée néerlandais


Au premier coup de masse, la vitre extérieure du Musée Singer Laren cède. Des éclats de verre ricochent sur le trottoir désert. Ce 30 mars 2020, à 3 h 14 du matin, un homme encagoulé fait exploser une première porte, puis une seconde, également vitrée, avant de repartir quelques minutes plus tard à moto, un Van Gogh sous le bras. Dans cette ville cossue de 11 000 habitants, à 30 kilomètres d’Amsterdam, les voisins n’ont rien entendu. Confinés depuis dix jours dans leurs demeures aux haies manucurées, ils ont perdu toute notion du temps. Même la maisonnée d’en face, aux buis taillés en boule et au toit de chaume, dormait d’un sommeil de plomb.

Pour Corrado Catesi, coordinateur de l’unité œuvres d’art d’Interpol, basé à Lyon, ce vol est « le meilleur exemple de crime contre les biens culturels durant le confinement ». Une catégorie d’infractions qui a explosé durant la pandémie. Aux Pays-Bas, on dénombre ainsi six vols d’œuvres d’art dans les musées. « Du jamais-vu ! », s’exclame l’inspecteur Richard Bronswijk, à la tête de la brigade néerlandaise spécialisée dans ce domaine, près de La Haye.

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Singer Laren veut tourner la page. La vie a repris son cours, à l’image des clématites et des géraniums qui ont éclos dans le magnifique jardin intérieur du musée. Les mesures de sécurité ont été renforcées, une porte métallique a été ajoutée. Jan Rudolph de Lorm, élégant directeur des lieux, préférerait nous parler de l’histoire du musée, fondé en 1956 par les Singer, un couple d’Américains de Pittsburgh. Ou évoquer l’énorme donation de la collection d’Els Blokker, qui a financé l’extension inaugurée en mars. Intarissable sur ses projets, Jan Rudolph mentionne non sans fierté la prochaine rétrospective, en 2023, du fauve néerlandais Kees Van Dongen, se targuant de prêts du Centre Pompidou et du Musée d’Orsay. « C’est le signe qu’ils nous font confiance », insiste le directeur, comme pour nous inviter à passer à autre chose.

Le cadre sur le trottoir

Le vol du Van Gogh, ce dernier l’a vécu comme un séisme. « C’est la pire chose qui peut arriver à un directeur de musée », soupire-t-il dans un français impeccable. Jan Rudolph de Lorm se souvient de l’appel des agents de sécurité, le 30 mars à 6 heures du matin. « C’était comme si le sol s’ouvrait sous mes pieds », raconte-t-il, les traits tirés derrière ses fines lunettes. Un vol ? Mais comment est-ce possible quand, un an plus tôt, la compagnie d’assurances avait validé le système de sécurité ? Surtout, comment annoncer la nouvelle au musée néerlandais de Groningue, qui, en janvier, lui avait prêté ce tableau évalué à 2,5 millions d’euros ? « Jan était autant déprimé que nous », se souvient Andreas Blühm, le directeur du musée de Groningue. Dépêché quelques heures plus tard sur les lieux du crime, il a eu cette vision amère : le cadre du Van Gogh gisant sur le trottoir.

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