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Une histoire de l’architecture des villes vues sous le prisme du soin


Extraits de l’installation « Virus » (2020), d’Antoine d’Agata.

En 2020, au plus fort de la première vague de l’épidémie de Covid-19, Antoine d’Agata a passé des mois à photographier la ville en état de stase et la vie en état d’alerte maximale au sein des services de réanimation. Dans ce contexte hanté par la peur de la contagion, par la mort qui frappe au hasard, il a exploré le potentiel artistique de la prise de vue thermique, cette technologie qui traduit en images les contrastes de température. Trois couleurs seulement, le noir, le rouge, et un ocre aux reflets d’or, se répandent ainsi dans les contours des formes photographiées brûlant sur leur passage tous les détails visuels.

Virus, l’installation née de ce travail, réunit plusieurs centaines de photographies dans une grande fresque abstraite, chaude comme un rêve enveloppant, aveugle comme un cauchemar. Des silhouettes aux contours mal définis se révèlent lorsqu’on s’en approche, ballet d’âmes errantes qui se consument dans la nuit de l’épidémie. Certaines sont solitaires, d’autres reliées entre elles par des gestes qui évoquent le soin. Mais qui est soignant ? Qui est malade ? Et cette tendresse qui affleure au détour d’un geste, qui imprègne comme dans une peinture de Goya la noirceur incandescente des images, que nous dit-elle de notre humanité ? Libre à chacun d’écrire son propre script.

Riche corpus

Présentée pour la première fois à la Fondation Brownstone, à Paris, à l’automne 2020, Virus est aujourd’hui visible au Pavillon de l’Arsenal dans le cadre de l’exposition « Soutenir » et c’est une raison suffisante pour s’y rendre. Mais ce n’est pas la seule. La manière très politique qu’a eue d’Agata de représenter l’épidémie comme infiltrée dans les murs de la ville, de mettre tous les corps à égalité, de faire ressentir de manière sensible la part de don que recèlent les gestes du soin, résonne avec le projet des commissaires de l’exposition, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury et les architectes de l’agence SCAU.

Lire aussi : Cynthia Fleury et Eric de Thoisy, « Architecture et soin sont consubstantiels »

« Quelle place la cité accorde-t-elle à l’acte du soin et à l’ensemble de ses acteurs – le soigné, le soignant et les autres ?, écrivent-ils dans l’avant-propos de leur beau catalogue. Il s’agit (…) de penser et de construire l’avenir des villes et, plus globalement, l’avenir des espaces habités et non habités. Voire de penser l’habitabilité même du monde, puisqu’il s’agit désormais de cela. » Structurée par la question du rapport entre la normalité et la marge, l’exposition revient, à partir d’un corpus particulièrement riche, sur l’histoire de l’implantation des institutions de soin dans la cité et sur celle de leur architecture.

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