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Paris veut réveiller le souvenir du mythique cabaret bal Tabarin


Le célèbre « french cancan » sur la scène du bal Tabarin.

Anne-Marie Sandrini se considère comme une « miraculée ». Un Covid-19 violent au début de l’épidémie, trois semaines dans le coma, autant en soins intensifs, des mois de rééducation. Au sortir de l’hôpital, l’ancienne danseuse de 79 ans s’est interrogée : « Si je dois vivre encore, que me reste-t-il à faire ? » La réponse s’est imposée : « La priorité, c’est de sauver la mémoire du Tabarin », le fameux music-hall qui fut celui de ses parents, à Pigalle, et où défilèrent Joséphine Baker, Damia, Django Reinhardt, Juliette Gréco… mais aussi nombre d’officiers allemands.

Deux ans plus tard, l’objectif est presque atteint. Une plaque commémorative sera bientôt apposée sur la façade du 36, rue Victor-Massé (Paris 9e). Le conseil municipal de Paris en a voté le principe en juin. Seul manque encore le feu vert officiel des copropriétaires. Pour l’occasion, la mairie prépare aussi trois podcasts afin de faire virtuellement renaître le grand concurrent du Moulin-Rouge. Un lieu, un moment-clé des nuits parisiennes.

De l’ancienne institution montmartroise, tout a disparu, ou presque. L’étonnant bâtiment, avec sa façade ouvragée surmontée d’une lyre et ses sculptures à foison ? Rasé en 1966, il a laissé la place à un immeuble sans grâce. Les fresques d’Adolphe Willette qui ornaient la salle et le bar, comme Le Triomphe de la jambe ? Passées dans des collections privées. Les spectacles ? N’en reste que des photos en noir et blanc, et quelques films muets un peu tressautants. Les clients ? Morts et enterrés, pour la plupart.

Ephémère éden

Le nom même du bal Tabarin semble effacé des mémoires. Patrick Modiano est l’un des rares à s’en souvenir. « Je voudrais bien savoir, moi, ce que sont devenues deux danseuses de cet établissement », Gysèle Hollerich et Lydia Rogers, écrit-il dans Paris Tendresse (Hoëbeke, 1990). « Gysèle, mon père l’a vue une dernière fois en août 1940, aux Sables-d’Olonne [Vendée], glisse-t-il. Elle habitait tout près du Tabarin, au 63 de la rue Pigalle, et son numéro de téléphone était Trinité 05-82. (…) J’attends des nouvelles. »

Ses revues à grand spectacle font recette, grâce à un décor en mouvement, aux affiches signées Paul Colin

Gysèle ? « Oui, je me rappelle, on l’appelait Gysie, je crois », répond Anne-Marie Sandrini. D’un placard de son salon, à Paris, près du Trocadéro, elle extirpe un classeur d’archives. « Regardez cette photo, la jolie blonde aux seins nus qui descend l’escalier en levant les bras, il me semble que c’est elle. » En 1941, un article de L’Œuvre sur la nouvelle « féerie » du Tabarin mentionne effectivement « les belles Gysie et Lydia dont le corps est sans défaut ». La revue, conçue pour faire oublier la guerre, s’intitule alors « Un vrai paradis ». Ephémère éden.

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