Covid : la rcration et le bouffon


Covid : la rcration et le bouffon

La pandémie dure, perdure et reviendra. Alors, que faut-il faire : maintenir la société sous cloche, lâcher les brides ?

La première option est insensée au regard de l’état mental d’une grande partie de la population française mais, il faudra que nous nous posions la question de savoir pourquoi un « demi-confinement » peut entraîner une telle dépression. Quant à la deuxième option, celle choisie par le président Macron, elle n’est pas sans risque et constitue un incroyable pari où j’entends le mot pari dans son acception philosophique courante telle qu’indiqué par le dictionnaire Robert : argument selon lequel en pariant sur l’existence de Dieu on n’a rien à perdre mais tout à gagner. Toutefois, le pari de Macron n’a ni la teneur ni l’intelligence du « pari de Pascal ». Le philosophe voulait convaincre l’incroyant de l’existence de Dieu et proposez : « Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. » Le gain ou la perte demeuraient dans une sorte de métaphysique et n’avaient guère d’influence sur la vie terrestre. Macron a gagné le pari : il est Dieu, omniscient, superhéros de l’épidémiologie et de la virologie ; il sait donc il ne nous propose que la première partie du pari de Pascal : si vous gagnez, vous gagnez tout. La deuxième partie n’est pas de mise ici dans la mesure où si nous perdons le pari nous perdrons tout, notamment pour beaucoup d’entre nous nous perdrons la vie.

Qu’est-ce que la vie d’un humain au regard de la vie économique ? C’est bien de cela dont il s’agit dans les décisions politiques : la vie économique avec ses corollaires que sont la production de produits (matériels ou culturels), la vente, la croissance et l’enrichissement plus particulièrement celui des déjà riches (les dividendes distribués en 2020 ont pourtant atteint des sommets). Pour autant ne soyons pas naïfs, sans vie économique pas de salaires, pas de retraites, pas d’hôpitaux, etc. Alors, de grâce, que les gouvernants cessent de nous considérer comme des abrutis, comme des êtres incapables de réfléchir et de comprendre ; nous comprenons très bien qu’il ne s’agit pas ici de vie sociale, de convivialité, de lien social, ni même vraiment de « nous faire plaisir » et nous savons qu’il ne s’agit que d’économie. Nous sommes là à l’articulation entre les deux options de gouvernement : maintenir la société sous cloche, lâcher les brides.

Il fallait lâcher les brides sinon nous prenions le risque d’engendrer une dépression mentale considérable. La première question est donc de savoir pourquoi un « demi‑confinement » peut provoquer autant de dégâts sur la santé mentale des Français, des autres aussi. On remarquera cependant que c’est essentiellement dans les pays économiquement développés qu’a été relevée cette incidence. Depuis des lustres les conséquences de l’isolement sur la santé mentale sont connues, mais ici de quel isolement s’agit-il ? Les confinements, dur en mars 2020, puis celui extrêmement souple en mars 2021, peuvent-ils être considérés comme des mesures d’isolement ? Non, dans la mesure où, même limitées, les sorties et les rencontres étaient possibles. Au-delà des vraies situations difficiles dues notamment à l’exiguïté des logements. Que dire de ces étudiants enfermés dans leur petite chambre et incapables de profiter de l’heure de sortie autorisée, de ces grands-parents incapables de vivre et de faire vivre une relation à distance avec leurs petits-enfants ? Ont-ils pensé aux « isolés permanents » : la personne âgée ou en situation de handicap sans internet et sans relations qui toute sa vie ne voit le monde qu’à travers sa fenêtre, aux grands-parents dont les enfants et les petits-enfants vivent à des milliers de kilomètres et qui, ni les uns et les autres, n’ont les moyens de s’offrir un voyage annuel ? Il faudra, au-delà des constats, que psychiatres et sociologues, analysent ce phénomène dû, vraisemblablement, à la difficulté des humains à être « soi avec soi‑même » qui de nos jours est devenue une impossibilité. Les gens apparaissent comme ne pouvant vivre que de brouhaha, d’hyperactivité, de consommation de biens (matériels et culturels) et dans une quête de plaisir perpétuellement inassouvie parce que sans cesse renouvelée au gré des propositions des marchés de biens matériels ou culturels. C’est dans ce bazar d’« an-humanité » qu’évoluent les humains et leur société, et où « l’économie » puise son essence, sa matière et sa force. Donc, pas plus Biden, dont l’enthousiasme contrarie les scientifiques de son pays, que Macron n’ont vraiment tort de lâcher les brides et d’autres pays l’ont fait comme le Gabon à propos duquel RFI nous informe : « Au Gabon, le couvre-feu dès 18h, entré en vigueur, depuis février, pour éviter la propagation du Covid-19, est repoussé à partir de 21h. L’annonce a été faite au soir du vendredi 28 mai par le président Ali Bongo Ondimba dans un message à la Nation. »

Toutefois, le pari est risqué : moins en Israël, aux USA qu’en France. Dans les premiers tous les indicateurs sont bas : taux d’incidence, taux de mortalité, taux d’occupations des lits de réanimation, et surtout pour Israël le taux de vaccination est haut ; ce n’est pas le cas en France ou, malgré des baisses indéniables, les indicateurs demeurent élevés sauf pour la vaccination. Donc, force est de constater que le président français nous impose un vrai pari dont il fait reposer la probabilité de réussite sur la vaccination. C’est là une erreur stratégique monumentale : la vaccination n’est efficace contre un virus que lorsqu’elle a été réalisée totalement pour chaque personne (soit deux doses). C’est presque le cas en Israël où 59 % des habitants sont vaccinés, à Bahreïn avec 43 %, au Royaume Uni où 37,7 % des habitants sont vaccinés les autorités demeurent extrêmement inquiètes du fait de la propagation du variant « indien », alors qu’aux USA le taux de vaccination n’est que de 18 % le président Biden fait tomber les masques au grand désespoir des scientifiques, en France seulement 14,7 % des Français sont vaccinés et Macron ouvre grand les vannes. Faute d’un taux de vaccination suffisant, malgré les « gestes barrières » et les diverses contraintes qui seront plus ou moins suivis, nous prenons le risque d’une résurgence de la pandémie à l’automne. L’été, sans doute agréable, pourrait n’être que l’antichambre d’une quatrième catastrophe sanitaire.

En outre ce pari ne tient aucun compte du reste du monde, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un président disruptif qui voulait inscrire la France dans l’orchestre de la mondialisation. Tant que le virus circule quelque part, il peut revenir et mettre les « parieurs » en difficulté. Or si les pays ont déjà acheté 8,9 milliards de doses, les pays pauvres n’auront à leur disposition que 28 % de ces doses quand ils représentent la moitié de la population mondiale. Au-delà de l’aspect moral de l’affaire, il s’installe un déséquilibre préjudiciable à la stratégie de lutte contre l’épidémie, compte tenu des voyages, des migrations, etc. Alors que le Canada va disposer de 10 doses par habitant, les États-Unis de 8, l’Union européenne de 4,7, l’Afrique du Sud, ne dispose que de 0,7 dose par habitant, et le Sénégal de seulement 0,01 dose par habitant. À cela s’ajoute le fait qu’il faudra sans doute une troisième dose pour que la vaccination soit complète et totalement efficace, et à la restriction près qu’une vaccination n’est jamais efficace à cent pour cent. En outre, selon les scientifiques il faudrait que le taux mondial de vaccination atteigne au moins 70 % pour qu’on puisse espérer éradiquer la pandémie, certains aujourd’hui parlent de 90 %. Pour autant peut‑on garder les Français sous cloche ?

Confirmant leur philosophie de la vie les Français, dès le déconfinement déclaré, se sont rués vers leurs habitudes comme le titrait le journal le Monde du 29 mai : « Déconfinés, les Français se ruent dans les magasins ». Ainsi, ils sont au rendez-vous fixé par les commerçants, les lieux de culture et surtout les débits de boissons et les restaurants en n’hésitant pas à braver le froid pour un « apéro » voire un repas en terrasse. Donc, Macron a eu raison de déconfiner pour faire plaisir aux gens et s’assurer un électorat. Mais ce déconfinement a été teinté de minauderies : un peu, un peu plus, aujourd’hui, dans quinze jours, dans trois semaines, seulement les terrasses, les demi-jauges, les « territoires loufoques » à l’intérieur des magasins (8m² par client, bientôt 4), un siège sur deux au cinéma sauf pour les couples (mais on ne dit pas si ça vaut pour les couples constitués pour cette occasion) … Finalement tout sera ouvert, grand ouvert et accessible dès la fin du mois de juin c’est-à-dire dès le début des congés d’été tant attendus par la population. Et il fallait bien qu’il le fasse pour ne pas ternir son image et celle de son parti à la veille des élections départementales et régionales et se constituer un électorat « acheté » par les mesures de déconfinement pour faire plaisir aux masses et satisfaire les demandes des lobbies. Qui peut lui reprocher cette stratégie ? Pas moi, mais qu’il ne nous prenne pas pour des abrutis (une fois encore) : bien joué Monsieur le président. Cependant il n’y a rien de scientifique dans sa décision. Il n’y a qu’une décision qui n’est que l’expression d’un pari politique d’un dirigeant au regard des composants de la société, et, moins génial, une stratégie électoraliste dans un écrin de marketing politique.

D’évidence le pari s’imposait au vu du fonctionnement de la société et de ces composants structurels et humains. Fallait-il qu’il soit posé maintenant ? Au vu des chiffres d’évolution de la pandémie il eût été prudent de différer le déconfinement au moins jusqu’à ce que le nombre d’hospitalisation et le taux d’occupation des lits de réanimation soient très bas comme au Royaume‑Uni : d’après l’université John Hopkins le 2 mai 2021 le taux d’incidence au Royaume Uni est à 32,4, alors qu’en France il était signalé à 323,4. Pour l’heure la situation sanitaire de la France n’est toujours pas bonne, même si elle s’améliore, et ne permet ni d’aller aussi vite pour déconfiner, ni au président Macron de se poser en Dieu de l’épidémiologie pour nous faire croire que « les chiffres » autorisent sa décision et qu’il agit en « scientifique » là où il n’est qu’un « joueur » qui parie.

Il est fort probable, notamment quand on regarde l’avancée de la pandémie au Japon qui s’apprête à prolonger l’état d’urgence, en Thaïlande jusqu’alors épargnée, au Chili où 43 % de la population est vaccinée, sans oublier l’apparition à Bordeaux puis dans les Deux‑Sèvres d’un nouveau variant (le variant bordelais), ce déconfinement, comme celui organisé par l’actuel Premier ministre en juin 2020, risque bien de n’être qu’une récréation. C’est donc un bouffon qui a sifflé l’heure de la récréation. Le retour en classe à l’automne pourrait être violent et impitoyable. Macron pourrait en payer seul le prix, qui pourtant devrait être partagé avec ceux qui ont permis la bouffonnerie, par leur comportement social, leur goût du lucre pour certains et leur soif de plaisir pour d’autres.





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