Avec 100 millions de masques par semaine, la France en produit désormais trop


Alors qu’ils ont massivement investi, les fabricants français de masques n’arrivent plus à écouler leurs stocks et déplorent que l’Etat achète des produits chinois.

De la pénurie à la surproduction. Quinze mois après le début de la crise du Covid, les fabricants hexagonaux qui se sont mis en ordre de marche en 2020 et ont beaucoup investi sont désormais inquiets.

Alors que la France les produisait au compte-gouttes avant la crise, les industriels du pays ont l’année dernière multiplié leur production par près de 30.

« Nous sommes passés de 3,5 millions de masques sanitaires (chirurgicaux et FFP2) produits par semaine en janvier 2020 avec quatre producteurs à 100 millions début 2021 avec une trentaine de producteurs », assure un porte-parole du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’industrie dans Le Figaro.

Du groupe Chargeurs à LVMH en passant par Intermarché via sa filiale les Celluloses de Brocéliande, ce sont une vingtaine d’industriels qui se sont lancés sur le créneau durant l’année 2020 en investissant des sommes conséquentes.

« Ce sont des investissements lourds, entre 300.000 et 600.000 euros » chacune des lignes de production, indique Charles Odend’hal, patron de la firme normande Lécuyer située à Lisieux dans le Calvados.

Les entreprises historiques comme Kolmi Hopen et Valmy ont investi de leur côté 10 millions d’euros chacune et embauché des centaines de salariés en CDD ou interim.

Or avec la fin de la pandémie qui approche et la fin prochaine du port obligatoire du masque, les débouchés à terme sont limités. L’entreprise Kolmi-Hopen située dans le Maine-et-Loire a déjà réduit la voilure. La société qui produisait exclusivement pour les hôpitaux avant la crise a prévu de diviser sa production par sept d’ici la fin de l’année.

De 3,5 millions de masques produits quotidiennement, la société est désormais passé à 3 millions et compte descendre à 500.000 en fin d’année. D’autres entreprises comme Macopharma ont des capacités de productions surdimensionnées. La société comptre produire 40 millions de masques en 2021 alors qu’elle pourrait en faire quatre fois plus.

70.000 nouvelles usines en Chine

Des sociétés contraintes de se tourner vers l’export pour écouler leur stock. Car dans le même temps, les importations chinoises ont explosé. La production asiatique a explosé en 2020 avec notamment 70.000 nouvelles usines chinoises. Le prix des masques après avoir flambé a désormais presque retrouvé son niveau d’avant-crise.

Dans ce contexte, les masques français peinent à être compétitifs. Ils sont en moyenne 20 à 30% plus chers que les produits chinois.

Si les consommateurs ont privilégié les masques les moins chers vendus notamment en grande ditribution, les industriels déplorent que l’Etat n’ait pas davantage passé commande de masques « made in France. »

« Nous avons joué le jeu et dédié 100% de notre production à Santé Publique France, explique Yvan Malepart, PDG de Macopharma dans Le Figaro. A l’époque, on nous a laissé entendre qu’il y aurait une consultation publique à l’automne 2020. Or les autorités ont acheté des centaines de millions de masques chinois et cette commande de l’Etat n’est jamais venue. »

L’Etat dont la dernière commande remonte à mai 2020 a pu reconstituer son stock stratégique qui comprendrait aujourd’hui plus de 400 millions de masques. Moins compétitive, la filière français demande à être davantage soutenue par les pouvoirs publics qui devraient privilégier la qualité au prix selon elle.

« Nous ne demandons pas de favoritisme mais une concurrence saine, explique Yvan Malepart de Macopharma. On ne peut pas continuer à laisser entrer en Europe des masques qui ne respectent pas les normes. »

Certains fabricants visent désormais le marché professionnel plutôt que le grand public avec la production de masques personnalisés aux couleurs des marques comme Tenthorey a signé un contrat avec un croisiériste. D’autres tentent de se diversifisier comme Kolmi-Hopen qui va construire une usine de gants dans la Sarthe grâce à des subventions publiques.

Frédéric Bianchi



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