Le futur avion supersonique a-t-il encore un avenir?



Le futur avion supersonique a-t-il encore un avenir?

L’entreprise américaine Boom Supersonic a signé un accord avec United Airlines pour livrer 15 appareils avant même de finaliser sa conception. Pourtant, la crise a fragilisé encore un peu plus ce projet qui se heurte à de nombreuses barrières.

Ceux qui ont eu la chance de voyager en Concorde en parlent avec émotion. Ceux qui ont assisté au passage du mur du son du célèbre avion s’en souviennent encore… Mis au rebut en 2003, trois ans après le terrible accident du 25 juillet 2000, le supersonique fait pourtant encore rêver. Mais le retour d’un tel appareil dans les airs est-il possible?

Du côté des deux grands constructeurs, l’affaire semble pliée. Airbus avait mis quelques pions au sein de l’américain Aerion Supersonic avant de laisser sa place à Lockheed Martin. En mars dernier, Aerion a jeté l’éponge faute de financement. De son côté, Boeing avait présenté un concept d’avion hypersonic, le X-51, qui ne verra le jour (s’il le voit) que dans un futur lointain et obscur.

Mission impossible?

Reste donc en lice l’entreprise Boom Supersonic qui a reçu un coup pouce de la compagnie United Airlines avec la signature d’un contrat de 15 appareils (et 35 autres en option). Le tout pour un avion qui n’existe que sur le papier et qui est censé sortir d’usine en 2025. Evidemment, il s’agit d’un engagement de United qui ne sortira réellement son chéquier que si l’appareil existe et s’avère fiable.

Pour Boom Supersonic, cela ressemble un peu à une mission impossible. L’avionneur s’est allié avec Rolls-Royce (le fabricant de moteurs d’avions, pas le constructeur de voiture) pour mettre au point le successeur du Concorde, baptisé Overture. Car pour voler à Mach 1,7 et traverser l’Atlantique en 3h30, il manque encore cruellement un moteur !

Ensuite, il faudra surmonter plusieurs challenges, devenus incontournables. D’abord la consommation en kérosène et la pollution émise. Le Concorde a particulièrement souffert du coût astronomique de fonctionnement puisqu’il consommait près de 4 fois plus de carburant qu’un avion de ligne, avec comme conséquence davantage d’émissions de CO2. La fin de l’A380, lui aussi très gourmand en kérosène, et le développement des appareils à hydrogène (contrepartie obligatoire aux aides publiques avec la crise) rendent le projet supersonique un peu à contre-courant. Boom fait néanmoins le pari du carburant « durable » mais là encore c’est le flou total sur l’efficacité des biocarburants, faute de test grandeur nature.

Bruit inconcevable

L’autre problème majeur, c’est le champ d’action de l’avion, comme l’explique le Financial Times. La traversée du Pacifique (Sydney-Los Angeles) impliquerait ainsi un ravitaillement au milieu, à Tahiti par exemple. Même chose pour un San Francisco-Tokyo qui nécessité une escale de 30 minutes en Alaska…

Enfin, le dernier obstacle de taille est celui du bruit. Les avions supersoniques sont bruyants. Le décollage du Concorde avait été mesuré à près de 120 décibels, pas loin du seuil moyen de la douleur auditive. Sans parler évidemment des « bang » lorsque l’avion passe le mur du son. Si Boom Supersonic ne parvient pas à résoudre ce problème, difficile de l’imaginer au-dessus des Etats-Unis (où le Concorde était d’ailleurs interdit de survol) ou de l’Europe, ce qui limite fortement son champ d’action.

Finalement, la fin du Concorde a entrainé un report vers les jets privés, dont le succès ne se dément pas. Compte tenu des contraintes actuelles, cela devrait continuer. D’autant qu’il sera probablement plus facile de rendre les petits appareil (comme les jets) écolo que les plus puissants. Mais peut-être Boom Supersonic fera taire les critiques…

Thomas Leroy Journaliste BFM Business



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