Les voyagistes seront-ils en mesure de rembourser les avoirs Covid?



Les voyagistes seront-ils en mesure de rembourser les avoirs Covid?

D’ici quelques mois, les voyagistes vont devoir commencer à rembourser les avoirs non consommés par leurs clients dont les séjours ont été annulés. Mais les plus petits d’entre eux ne seront pas toujours en capacité de le faire.

La chute du voyagiste Thomas Cook en septembre 2019 n’était-elle que le début d’une longue série dans l’industrie du tourisme? Assommés par l’épidémie de Covid-19, les tour-opérateurs ont connu une année plus que difficile, marquée par un effondrement de leur activité sans précédent. Et si la reprise des voyages qui se profile cet été fait naître un brin d’optimisme, certaines agences pourraient faire face à de nouvelles difficultés dans les prochains mois alors que les avoirs accordés à leurs clients au début de la pandémie arrivent à échéance.

Retour quelques mois en arrière. Lorsque le secteur du tourisme a été mis à l’arrêt en mars 2020, les opérateurs ont délivré des avoirs à leurs clients dont les voyages étaient annulés. Ces derniers avaient le choix entre deux possibilités: attendre leur fin de validité pour obtenir un remboursement, ou les utiliser pour effectuer un voyage plus tard dans l’année. Problème, la crise sanitaire s’est prolongée, si bien que les détenteurs d’avoirs n’ont pas forcément eu l’occasion de les consommer. Dans le même temps, la paralysie durable de l’activité n’a pas permis aux tour-opérateurs de refaire leur trésorerie.

Conscient de cette situation délicate, le gouvernement a accepté de reporter la période de validité des avoirs à 18 mois. Ce qui signifie que les premiers avoirs accordés arrivent à échéance en septembre et que ceux qui n’ont pas été consommés devront être remboursés à cette date. Reste à savoir si les voyagistes concernés seront financièrement en mesure de respecter leurs obligations.

1,5 milliard d’euros

Selon l’Association professionnelle de solidarité du tourisme (ASPT) qui représente 70% des agences de voyage et tour-opérateurs, 1 milliard d’euros d’avoirs serait actuellement en circulation. A quoi il faut ajouter 500 millions d’euros d’avoirs supplémentaires accordés par les autres acteurs du secteur. Soit 1,5 milliard au total.

Dans un communiqué en date du 2 juin, l’ASPT, en tenant compte par ailleurs de 600 millions d’euros d’acomptes déclarés par ses adhérents, estimait le risque de non remboursement à 500 millions d’euros. Un montant largement surestimé selon Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage:

D’abord, « une partie des avoirs va être transformée en voyage. Les Français qui en possèdent ont envie de voyager cet été. Je pense qu’au moins la moitié des avoirs en circulation sera consommée. Donc il resterait 750 millions d’euros à rembourser entre septembre 2021 et avril 2022 ». Ensuite, « la plupart des opérateurs, notamment les gros, ont la capacité de rembourser ces avoirs, ils les ont sanctuarisés », affirme-t-il.

Les tour-opérateurs concernés ont également pris soin de « reporter d’un an le remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE) » et « on est en train de travailler avec les pouvoirs publics pour les transformer en prêts participatifs », de telle sorte qu’ »il n’y aura pas de cumul de remboursement des avoirs et des PGE », poursuit le président des Entreprises du Voyage.

Si Jean-Pierre Mas se veut plutôt rassurant, il reconnaît tout de même qu’ »il y aura quelques faillites », mais rien de comparable à la vague redoutée par certains. « Il y a des petits opérateurs qui ont utilisé ces avoirs parce qu’ils n’ont pas demandé ou pas obtenu de PGE en 2020, donc ceux-là auront du mal à les rembourser », souligne-t-il. Avant d’estimer que le montant total des avoirs non remboursés par les agences ne devrait pas excéder « 100 millions d’euros, grand maximum ».

Le consommateur protégé

Même si certains voyagistes se déclaraient en faillite, et donc dans l’impossibilité de rembourser les avoirs qu’ils ont accordés, le consommateur sera protégé. Car contrairement aux compagnies aériennes, les tour-opérateurs qui proposent des voyages en formule disposent de caisses de garantie qui assurent un remboursement au client, même si le fournisseur de son voyage se retrouve en situation d’insolvabilité.

C’est l’ASPT qui gère le principal fonds de garantie et se charge du remboursement. Mais avec la faillite de Thomas Cook France qui lui a déjà coûté près de 20 millions d’euros (sur 42 millions à décaisser) pour dédommager plus de 11.000 voyageurs, ses réserves abondées par les cotisations des adhérents ont nettement fondu.

Autrement dit, l’ASPT ne sera probablement plus en mesure de jouer pleinement son rôle financièrement si une nouvelle faillite d’ampleur devait arriver: « Elle aura besoin d’être recapitalisée et notamment s’il y avait un autre sinistre comme c’est arrivé avec Thomas Cook ou si le montant des avoirs à rembourser dépassait une quinzaine de millions d’euros », estime Jean-Pierre Mas, qui siège également au conseil d’administration de l’association.

En interne, l’ASPT a déjà engagé une réforme pour mieux se protéger face aux risques de défaillances à venir en adoptant notamment une « nouvelle stratégie durable et solide d’adhésion, tant en termes de cotisations que de contre-garanties ». Elle préconise de surcroît la création d’une taxe qui serait payée par le voyageur lors de sa réservation et abonderait un nouveau fonds de garantie qui serait utilisé en cas de crise majeure. Une proposition déjà balayée par Bercy qui rejette toute hausse des taxes.

Mais pour les clients, pas de panique. Dans l’hypothèse où l’ASPT ne serait plus capable de couvrir tous les voyageurs dont l’agence a fait faillite, ce sera à l’Etat de prendre le relai pour s’assure que l’intégralité des consommateurs lésés soient remboursés.



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