Comment ne pas tre esclave du systme ?


Quand j’ai écouté à la radio Alexandre Lacroix qui faisait le promo de son livre « Comment ne pas être esclave du système ?« , intéressé, j’ai immédiatement commandé le livre chez mon libraire.

Préambule : « Nous sommes de plus en plus nombreux à en rêver : échapper au système, à cette maximisation du profit, partout, tout le temps, qui ravage nos sociétés et la planète. Mais rompre avec le mode de vie dominant exige des sacrifices que peu d’entre nous sont prêts à consentir. Entre la pleine adhésion et la fuite, un chemin existe-t-il ?
Alexandre Lacroix répond « oui » et plonge aux racines de notre malaise en dévoilant la logique de notre modernité connectée, ce monde où l’auto-entrepreneuriat, le télétravail et les vérités alternatives déclinées sur les réseaux sociaux effacent les frontières entre sphère publique et sphère privée, temps de travail et temps de loisir, exploiteur et exploité, vrai et faux. Mettre à nu cette mécanique donne à chacun de nouveaux repères et nous permet d’introduire du jeu. En s’affranchissant de l’utilitarisme dominant, en se donnant un idéal non négociable qui guidera notre action, il est possible de reprendre en main les rênes de nos existences« .

Comment ne pas tre esclave du systme ?

1. Les origines du système

« Discours de la servitude volontaire  » d’Etienne de La Boétie, encore jeune homme, est un court réquisitoire contre l’absolutisme qui étonne par son érudition et par sa profondeur.

Dans « Discours de la méthode« , René Descartes vit une expérience de déconnection radicale en prenant du recul pendant une solitude volontaire dans un monde parallèle de modernité sans distractions, sans dialogues pour ne pas se laisser influencer par les idées. Il n’a aucune garantie d’exactitude et de réussir dans son ermitage en s’extrayant de son entourage.

Son jugement se construit sur des bases ancrées, imbriquées entre inné et appris par l’expérience acquise lorsqu’il sort de son décloisonnement.

Le clair et le distinct vu par Nicolas Boileau apportent une solution par l’esthétisme dans le but d’exprimer des idées vraies.

Selon cette vue de l’esprit, la forme prend plus d’importance que le fond dans son discours puisque le critère du beau prend le relais sur le contenu.

Des significations disparates sont non admises dans son application et l’originalité se perd irrémédiablement dans cette conjoncture.

Le patriarcat est le premier modèle des institutions politiques autour du cercle de famille en apportant un lien de stabilité avec des règles autoritaires.

« Esclave, je ne dois l’être que de la raison. Refuser de choisir pour mieux vivre. Je m’excuse volontiers de ne savoir faire autre chose« , écrit Michel de Montaigne avec scepticisme de sa solitude.

Montesquieu invente la séparation et la déconnexion des pouvoirs politiques dans l’Esprit des lois.

Pierre-Augustin Caron de de Baumarcheais apporte l’humour en maniant l’ironie contre les injustices.

Dans « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité », Jean-Jacques Rousseau apporte une brèche à l’humanisme en complexifiant le monde par l’insertion de distinctions naturelles entre tous les êtres vivants. La séparation de la modernité prévaut par une dichotomie parent-enfant, moi-les autres, sujet-objet, âme-corps, dieu-homme, nature-culture, vrai-faux, savant-ignorant, Etat-citoyen, instruction-éducation, travail-loisir, bourgeois-prolétaire.

Cette méthodologie de dichotomie vole en éclat quand elle fusionne.

Dans « L’éloge de la division du travail« , Adam Smith, pour accroître la productivité et la prospérité matérielle, crée la logique du travail parcellaire, divisé par fonctions très réduites.

Frédérick Winslow Taylor ajoute une méthode d’organisation scientifique du travail industriel, par l’utilisation maximale de l’outillage et la suppression des gestes inutiles.

Abolir les complexités et ne plus réfléchir à l’ensemble des opérations du début à la fin du processus de production pourrait être une solution rationnelle pour une machine mais pas pour un homme.

Déconnecter les compétences générales et oublier les concepts généralistes de base, pour arriver à une expertise qui fonctionnera tant bien que mal, tant que la spécialisation ne sera pas vraiment nécessaire.

Dans son film « Les Temps modernes », Charlie Chaplin ironise ces idées dans un portrait sarcastique.   

John Stuart Mill dissocie la vie privée de la sphère publique pour réduire les responsabilités de la catégorie exécutante d’une entreprise et abolir du même coup le bien commun et la stratégie dans une déconnexion cartésienne et sans contacts entre les différentes étapes productivistes et capitaliste avec la fonction pour laquelle a reçu l’enseignement scolaire et rien qu’elle.

Seul le patron de l’entreprise doit la stratégie de l’entreprise qu’il préside, il est là pour réguler les filières et les rendements de chaque succursale d’une maison mère qui peut se trouver à des milliers de kilomètres avec des sous-lieutenants qu’il a choisi.

Dans une première modernité, la dichotomie dans la vision du monde prend ainsi place dans les esprits : moi-les autres, sujet-objet, âme-corps, nature culture, vrai-faux, clair-obscur, état-citoyen, public-privé, instruction-éducation, travail-loisir, capital-salaire, bourgeois-prolétaire…

2. Décoder notre époque

Dans le « Manifeste du parti communiste« , Marx et Engels façonnent une nouvelle humanité radicale en conseillant l’abolition de la propriété, l’annulation des liens familiaux, en confiant l’éducation à des institutions publiques, en détruisant le contrat de mariage, en instruisant une communauté de femmes, en éradiquant les patries et les nationalités.

Ce que les mouvements radicaux collectivistes n’ont pas réalisé, les technologies le réalisent par l’imbrication des tâches, par interconnexion dans une télépathie assistée par les machines loin de la forteresse de l’individualisme mais emprisonné dans un filet collectif en arborescence réduisant l’intériorité, la perte de recul et la singularité.

La verticalité de l’information passe à l’horizontalité dans une logique en étoile dans un réseau de tâches interconnectées.

Les hypertextes en réseaux passent en dimensions et en profondeurs illimitées en sortant du texte papier et une recherche aléatoire d’informations. Sans dichotomie binaire à part dans ses circuits internes, toutes causes ou sources ont des résultantes en chaîne sans fin comme un arbre représentant les espèces vivantes, dans une force géologique à la recherche de la source ultime de l’Anthropocène. Le multitasking répond aux injonctions de plusieurs tâches en parallèle. L’interaction entre les actions remplace l’action unique. La frontière entre le temps de travail et le temps de loisir est poreuse. Des interfaces holistiques entre les systèmes productivistes génèrent le profit. En rapprochant cela avec le cerveau humain, les « gagnants » sont les collapses et non plus les neurones.

3. Dandys et pigeons

A l’ère du Web, il ne s’agit pas d’avoir une attitude réactionnaire qui préfère sauver un ancien monde et imaginer l’inexistence des connections virtuelles. La dynamique des nouvelles technologiques auront tôt fait d’emporter ces raidissements sporadiques. L’objecteur de connexion et de l’indépendance par rapport à l’organisation collective n’est permise qu’aux privilégiés et aux élites déconnectés du monde sur une île déserte par bravade ou pendant un temps court de vacances. Le Covid démontre le caractère vital de l’accès au réseau. Il montre ses limites au niveau social quand les idéologies sont confrontées aux extrémismes. Ceux-ci ont recréé un schisme profond dont l’assentiment inconditionnel aux rites de la Toile est devenu défendable seulement par des raisonnement par l’absurde.

Le totalitarisme numérique laisse entrevoir les risques d’espionnage dans des démocraties occidentales et dans le Système de Crédit Social par la Chine. En Chine, depuis 2018, chaque citoyen se voit attribuer une note de citoyenneté sur base de données personnelles le concernant et en fonction de la critique qu’il pourrait formuler à l’égard du Parti unique avec les conséquences néfastes au sujet de ses libertés dans l’existence. Dans ce cas précis (et d’autres autocraties), les technologies agissent contre le citoyen par une architecture de l’oppression. 

4. Dominant, dominé 

La tendance de liberté à s’écarter de l’oppression d’un patron fait qu’un jour, l’envie de devenir freelance se manifeste.

Dans l’inspiration de l’intime, le projet d’entreprise à créer une startup, pousse à se brancher sur la logique du marché sans beaucoup de « biscuits » par le business de l’énergie des affects.

De dominé, le nouveau candidat à la dominance prend sa part d’ombre de l’être humain avec la magie du désir qui arrive toujours par s’amenuiser dans le temps quand l’étude du marché n’a pas totalement inclus l’infrastructure nécessaire. La séparation du capital et du travail n’existe pas. Il arrive à devenir le plus impitoyable des managers mais cette fois pour lui-même pris par un cauchemar d’ actionnaires qui ont misé sur sa réussite et qui attendent leur retour sur leurs investissements. Les oppositions en provenance de l’extérieur renaissent à l’intérieur dans la course au résultat, à l’auto-perfectionnement, à l’optimisation et à opter pour une face de personnalité au détriment de l’autre. 

5. Quand il est temps de réagir

Le contrôle de notre subjectivité entrant en conflit avec la nature politique qui comporte un risque et une chance.

Quand les sourires deviennent mercantiles et destinés à le faire-valoir et aux faveurs de futurs clients sans autres émotions et pensées, ne subsiste qu’une extension du système de production-consommation dans une civilisation post-humaine de zombies capitalistes en rendant les décisions au seul progrès de l’intelligence artificielle.

L’attrait du modernisme gardant sa maîtrise apporte une autre efficacité dans des revendications collaboratives pour partager les espérances et les échecs imprévisibles.

Avec cette lucidité, il est permis de défendre une autonomie.

Garder des pensées pour soi-même sans être contaminé par le souci de publicité et par une préoccupation d’une stratégie de séduction pour entrer dans la complexité.

Dans une punch line, on tombe dans un labyrinthe de la conscience en mode réseau par l’évitement de la confrontation jusqu’à s’interdire de rêver éveillé.

Le temps réel est une temporalité qui connaît des intermittences, une succession de vagues avec des creux, pour sortir du temps artificiel et réquisitionné.

La satisfaction obsède la conscience en réseau avec une jouissance en court-circuit qu’il faut en permanence réactiver.  

6. Pour un postutilitarisme

En 1780, Jeremy Bentham lance l’idée que « les gens sont convaincus, non sans quelque apparence de raison, que tous les réformateurs et les inventeurs sont fous… Jusqu’ici ma folie, pour autant que je sois capable de m’en apercevoir, n’est pas allée beaucoup plus loin qu’un rêve … J’ai rêvé l’autre nuit que j’étais le fondateur d’une secte ; de toute évidence un personnage d’une grande sainteté et importance. Elle s’appelait la secte des utlilitaristes »

Bentham, opportuniste, avait compris comment utiliser le principe d’utilité susceptible de de devenir une force motrice dans l’espace social qu’il décrit dans « Introduction aux principes de morale et de législation ».

Il a compris que si une action procure du bonheur ou du plaisir, elle est peut être bonne, tandis que si elle cause du malheur ou de la douleur, elle est mauvaise.

Sa morale naturelle, par-delà les contraintes et les recommandations absurdes que la civilisation a empilées, n’est pas égoïste mais s’étend autant à l’échelle individuelle que collective.

Un dirigeant peut être utile s’il s’efforce d’améliorer son bien-être en même temps que pour les personnes dont il est responsable.

En 1971, dans « Théorie de la justice », John Rawls confirme cette forme d’utilitarisme. Les pensées fortes se diffusent par capillarité à travers le grain des rencontres et des conversations dans l’éthique qui propose de maximiser le bien-être du plus grand nombre. Aujourd’hui, elle serait une exorationalité à partager pour tous et endorationalité de l’individu en particulier dans la convergence de chacun des rôles en perdant la manie de l’efficacité ni du résultat à tout prix. 

Les technologies et le Web se trouvent au centre de puissants leviers de maximisation quand une banque de données complexes, compatibles entre elles, est aidée par l’intelligence artificielle dans une zone de flottement en pouvoirs additionnés et redistribués.

La gamme des possibilités va du socialisme au néolibéralisme en accomplissant un affaiblissement de la politique au profit de la gestion sans effort de régulation. La maximisation du confort de l’humanité en réseau dans la principale dynamique de nos sociétés concourent au réchauffement climatique, à la déplétion des écosystèmes et in fine, à des risques de devenir victime soi-même.

Le « calcul félicique » doit comprendre des paramètres d’intensité, de durée, de risque et de proximité qui en arrivent en partie au principe d’ascétisme en ne procurant plus que des plaisirs de qualité. Le bien-être ne saurait être atteint sans un effort de régulation. 

Christ Heathwood soutient des échanges très subtils pour éviter le scepticisme à l’égard du présent en citant une liste d’arguments en opposition comme la jouissance et quelqu’un de bien, de libre et d’amoureux, de bonheur et d’activité créative, de respect et d’importance, de but et d’esthétisme, de volonté et de ce qui en vaut la peine, de bien-être et de profit.

La physiologie s’écarte du matérialisme parce que la capacité d’éprouver de la jouissance reste limitée, par nature bornée, tandis que l’accumulation de biens ne l’est pas. 

Le temps réel de nos comportements de production et de consommation vient en concurrence avec les relations sociales pour maximiser le bien-être matériel.

Une révision du logiciel de Bentham par la maximisation de son profit sous contrainte d’idéal ne se calcule pas dans l’abstraction mais dans les moyens disponibles que l’on s’octroie dans une hiérarchisation appelée postutilitarisme.

Certains écrivent pour arriver en tête des ventes (utilitaristes), d’autres en fonction du plaisir de la qualité de l’écriture et de leurs lecteurs (postutilitaristes).

Faire coïncider la source de la motivation avec un produit fini serait la satisfaction de bel ouvrage pour l’artiste et l’artisan si le produit final n’a d’importance que relative. Cela reste un choix qu’on effectue et qu’on assume soi-même au niveau individuel, indépendamment des collectifs dans lesquels on se trouve engagé. 

La recherche d’idées nouvelles et d’améliorations est un mobile quand il existe une joie intellectuelle de créativité et d’ingéniosité du travail. Elle porte une valeur vivante qui n’est pas strictement rationnelle et permet d’échapper aux programmes d’optimisation.

Cette philosophie s’adresse d’abord aux jeunes qui n’ont pas encore collectionné les compromis.

S’échiner à courir après tous les idéaux à la fois n’est pas pertinent.

Intégralement vertueux, on sombre dans le moralisme et il convient plutôt d’être affûté et tranchant comme une lame de couteau.   

La dernière page du livre est la conclusion de la théorie de l’auteur : « En se donnant un idéal, chaque postutilitariste se déclare responsable du monde où les équilibres naturels ou l’harmonie d’une communauté. Si nous l’abandonnons à la compétition des intérêts égoïstes, le monde a tôt fait de se déliter. Si, au contraire, si chacun entend sauver une parcelle de ce monde dans sa globalité sans une critique et sans recommandations des philosophes, mais par le simple effet du nombre, les choses pourraient aller de l’avant. J’esquisse là un rêve en plaçant mes espérances dans l’existence ordinaire ».  

Allusion, 





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