« Les profits d’Amazon seront bien taxés »


Alors que les grands pays du monde avancent sur la création d’un impôt mondial, Pascal Saint-Amans, le grand architecte du projet à l’OCDE, revient pour BFM Business sur les grands principes de ces futures taxes.

Amazon va-t-il échapper à l’impôt mondial? Alors que les pays du G7 avancent sur la taxation des bénéfices des sociétés au niveau mondial, des doutes ont surgi sur le fait qu’Amazon, une des plus grandes entreprises du monde, puisse y échapper.

En effet, outre un impôt mondial de 15% sur les sociétés, la réforme négocié au G7 Finances prévoit de taxer à hauteur de 20% les bénéfices des entreprises au-delà du seuil de 10% du chiffre d’affaires réalisés par les multinationales. Or la marge bénéficiaire d’Amazon n’est « que » de 6,3% de son chiffre d’affaires. Ce qui laisserait entendre que la société de Jeff Bezos en serait exonérée.

Ce que dément Pascal Saint-Amans, grand architecte de cette fiscalité mondiale au sein de l’OCDE qui était invité ce lundi sur BFM Business.

« C’est un faux débat qui a été lancé […] par des gens mal informés, assure-t-il. Il y a une négociation en cours. Les gagnants de la mondialisation sont les entreprises les plus grandes et les plus profitables. Or, Amazon ne fait pas partie des entreprises les plus profitables. Donc se partager les profits d’Amazon ça ne veut rien dire car ils font très peu de profits. En revanche, ce qui est important et qu’on a anticipé c’est qu’il y a une partie d’Amazon qui est extrêmement profitable, c’est ce qu’on appelle le cloud, là il y a une profitabilité de plus de 30%. Dans l’accord, il a été prévu que les profits du cloud feraient partie de la solution et seraient répartis entre les Etats. »

Une réforme qui risquerait par ailleurs d’être un jeu à somme nulle selon ses détracteurs et ne permettrait qu’une répartition différente des rentrées fiscales selon les pays. Certains Etats touchant plus, d’autres moins.

Une vision que dément Pascal Saint-Amans. Si avec le premier volet qui consiste à taxer localement les entreprises là où elles réalisent leurs profits, il s’agit avant tout d’une répartition différente (la France taxerait plus le numérique américain mais moins le luxe français), le second est différent.

« Depuis 100 ans, les entreprises sont taxées dans l’Etat où elles sont résidentes et elles ne sont pas taxées dans ce pays-là sur les profits qu’elles font à l’étranger, décrit l’économiste de l’OCDE. Mais avec la mondialisation, certains pays ont cessé de taxer car il y a une concurrence qui s’est mise en oeuvre. Aujourd’hui les profits réalisés à l’étranger sont sous-taxés car il y a une course à l’échalote des Etats pour réduire le taux d’imposition. »

5 à 10 milliards pour l’Etat français

Cette réforme de l’impôt mondial consiste à mettre fin à ces pratiques de dumping fiscal.

« Le principe qu’on a discuté il consiste à mettre en place un filet de sécurité en disant « Les profits des entreprises réalisés à l’étranger seront au moins taxés à 15%. Au lieu d’être à une moyenne de 6-7%, parfois 0%, on va remettre les compteurs à 15% et ça ça rapporte des recettes supplémentaires. »

Ce filet de sécurité permettrait aux Etats dans le monde d’engranger 150 milliards de dollars de recettes supplémentaires au niveau mondial. Selon Emmanuel Macron, cette réforme pourrait rapporter à l’Etat français entre 5 et 10 milliards d’euros par an.

Pour y parvenir, les 139 pays doivent se mettre d’accord d’ici la fin juin mais les promoteurs du projet sont confiants.

« On n’a jamais été aussi près d’un accord, constate Pascal Saint-Amans. Il y a de la lassitude de la part des Etats, une dynamique Biden qui est extrêmement forte, les Européens veulent un accord, je pense que tout le monde pense qu’un accord c’est mieux que pas d’accord car pas d’accord ce sont des « taxes Gafa », des taxes unilatérales, des mesures de rétorsion américaines… »

Une réforme que l’OCDE estime juste dans la période d’après-Covid. L’organisation se défend en tout cas de tout zèle fiscal.

« L’idée ce n’est pas seulement d’être des taxateurs fous, les Français sont champions du monde de l’impôt donc on peut être accusé de vouloir toujours plus d’impôt, reconnaît Pascal Saint-Amans. L’idée c’est qu’après le Covid, on fasse en sorte que tout le monde paie sa juste part d’impôt, que les entreprises qui ont bénéficié du chômage partiel et autres ne mettent pas demain leurs profits dans des paradis fiscaux. »

Frédéric Bianchi



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