Naftali Bennett, Premier Ministre d’Isral la place de Benyamin Netanyahou


« Nous qui mourrons peut-être un jour disons l’homme immortel au foyer de l’instant. » (Saint-John Perse, 1957).


Naftali Bennett, Premier Ministre d'Isral la place de Benyamin Netanyahou

Journée historique et insolite à Jérusalem ce dimanche 13 juin 2021 à la Knesset. Le scrutin a été très serré : 60 voix sur 120 en faveur de la nouvelle majorité, contre 59 votes et 1 abstention. Naftali Bennett (49 ans), le leader du parti d’extrême droite Yamina, a été élu Premier Ministre d’Israël à la tête d’une coalition hétéroclite qui a donc mis en échec le Premier Ministre sortant Benyamin Netanyahou (71 ans) qui est resté Premier Ministre malgré l’absence de majorité depuis plus de deux ans, et cela malgré quatre nouvelles élections législatives plus éclatées les unes que les autres.

Naftali Bennett, ancien membre du Likoud avant 2012, et Yaïr Lapid (57 ans), principal opposant à Benyamin Netanyahou depuis ces dernières élections, ont trouvé un terrain d’entente : ils seront chacun Premier Ministre par rotation. D’abord Naftali Bennett de juin 2021 à août 2023, puis Yaïr Lapid d’août 2023 à novembre 2025 (à la fin de la législature), l’autre étant Ministre des Affaires étrangères. Cette alternance de Premier Ministre ne serait possible que dans le cas où la coalition n’éclaterait pas avant la fin de la législature.

Pour Benyamin Netanyahou, par ailleurs concerné par une affaire judiciaire, c’est la fin d’une présence de douze ans sans discontinuer à la tête d’Israël, détenant désormais le record de longévité au pouvoir (quinze ans et trois mois en tout).

Il y a une certaine injustice à ce scrutin de la Knesset, ne serait-ce que pour deux raisons, même si l’affaire judiciaire en cours, l’impossibilité à réunir une coalition stable et l’usure du pouvoir ont encouragé ce réflexe TSN, tout sauf Netanyahou, de nombreux députés israéliens.

En effet, Benyamin Netanyahou a remporté les dernières élections législatives qui ont eu lieu le 23 mars 2021 avec 24,2%, obtenant 30 sièges sur 120. C’est certes peu, et même en perte de vitesse, (5 points de moins en suffrages, 7 sièges de moins), mais le parti qu’il dirige, le Likoud, est pourtant le premier parti du pays, et de loin, puisque le deuxième, Yesh Atid, dirigé par Yaïr Lapid, n’a obtenu que 13,9% des voix et 17 sièges, soit représentant presque deux fois moins que le Likoud.

Benyamin Netanyahou fut donc chargé le 6 avril 2021, par le Président de l’État Ruven Rivlin, de trouver une nouvelle majorité. Son problème était le suivant : la division entre le sionisme laïc d’Avigdor Liberman (Israel Beytenou) et les partis orthodoxes (Shas et Judaïsme unifié de la Torah) qui constituaient alors les partenaires traditionnels du Likoud depuis une dizaine d’années. Benyamin Netanyahou a cherché à remettre Yamina dans sa sphère d’influence en proposant à Naftali Bennett d’être Premier Ministre la première année de la législature.

Après l’échec du Premier Ministre sortant, ce fut Yaïr Lapid qui fut désigné le 5 mai 2021 pour chercher une nouvelle coalition après l’échec. Un accord fut finalement trouvé in extremis, le soir du 2 juin 2021, dernière limite pour la recherche d’un compromis avant retour aux urnes.

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Et c’est par l’accord entre Yaïr Lapid et Naftali Bennett que cette nouvelle coalition a pu se dégager, contre toute attente. Yesh Atid est un parti centriste et libéral. Yaïr Lapid a été Ministre des Finances de Benyamin Netanyahou du 18 mars 2013 au 2 décembre 2014. Naftali Bennett, lui aussi, fut plusieurs fois ministre de Benyamin Netanyahou (Économie, Affaires religieuses, Éducation, Défense, etc.). Il est à la tête d’un parti d’extrême droite qui rassemble Le Foyer juif et le Parti sioniste religieux. Ce parti est explicitement nationaliste et de mouvance coloniale radicale. Il ne représente que 6,2% des voix et 7 sièges.

Cette première injustice, c’est que le nouveau Premier Ministre dirige un parti qui a eu moins du quart des sièges du Premier Ministre sortant, cela par le jeu d’une coalition hétéroclite dont la stabilité est peu crédible durablement.

La seconde injustice est la situation sanitaire du pays qui est l’exemple marquant de ce qu’il faut faire pour gérer la pandémie. La politique de vaccination massive de la population a porté ses fruits. Au 12 juin 2021, Israël est le pays qui a le plus vacciné : 63,3% de sa population a reçu au moins une dose de vaccin. En tout, 10,6 millions de doses ont été injectées (même si c’est finalement peu par rapport à la France : 43,8 millions de doses le 11 juin 2021). Par exemple, dans la journée du 13 juin 2021, seulement 2 décès ont été à déplorer, et 5 nouveaux cas. Sur les sept derniers jours, il y a eu seulement 95 nouveaux cas (-16% par rapport à il y a une semaine) et 12 décès. Seulement 213 personnes sont hospitalisées en service de réanimation pour le covid-19 en Israël. Israël a institué un passe vaccinal et fermé ses frontières, mais la situation est tellement positive que ce passe vaccinal est en cours d’être abandonné.

Benyamin Netanyahou a vaincu l’épidémie de covid-19 dans son pays et se retrouve ainsi dans la position de Churchill gagnant la guerre mais perdant les élections. Pas renvoyé par le peuple mais par une combinaison de petits partis.

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Je reviens sur la coalition qui s’est révélée (en tout cas à ce jour) positive puisqu’elle a réussi à trouver une majorité de rechange à la Knesset. Déjà, insistons sur l’impossible Knesset depuis deux à trois ans, dont les élections se succédaient sans parvenir à trouver une majorité. Ce paysage éclaté couplé au mode de scrutin de proportionnelle intégrale a rendu Israël durablement ingouvernable. Peu d’observateurs donneraient cher sur la durabilité de la nouvelle majorité même si l’union anti-Netanyahou peut être une motivation très solide et insoupçonnablement gagnante.

Cette coalition est composée de Yamina (7), Nouvel espoir (6), Yesh Atid (17), Bleu et blanc (8), Parti travailliste (7), Israel Beytenou (7) et Meretz (6). Nouvel espoir est un nouveau parti dirigé par un ancien ministre du Likoud, Gideon Sa’ar dont l’objectif est de dégager Benyamin Netanyahou. Cela fait en tout 58 députés. En fait, cela fait 57 députés, car un député de Yamina est favorable à Benyamin Netanyahou.Or, il faut en obtenir au moins 61 pour que le nouveau gouvernement puisse être investi. C’est la raison pour laquelle la coalition a besoin du soutien d’un parti arabe, Liste arabe unifiée, qui a 4 sièges. Le dirigeant de ce parti arabe, Mansour Abbas avait pourtant été approché par Benyamin Netanyahou pour faire partie du nouveau gouvernement. Yaïr Lapid a promis à la Liste arabe unifiée un certain nombre de gages (responsabilités nationales et aides budgétaires) pour soutenir le nouveau gouvernement de la majorité de remplacement. Notons que le vote de la Knesset du 13 juin 2021 n’a réuni que 60 voix et pas les 61 attendues. Une voix s’est abstenue au lieu d’approuver la nouvelle coalition. Il suffirait de quelques voix supplémentaires pour faire voler en éclats cette coalition.

Après l’accord de principe le 2 juin 2021, une répartition des postes a été conclue le 11 juin 2021. Dans le nouveau gouvernement Bennett-Lapid, les principaux partenaires sont représentés : Benny Gantz à la Défense, Avigdor Liberman aux Finances, Gidieon Sa’ar à la Justice, Ayelet Shaked (de Yamina) à l’Intérieur, Merav Michaeli (travailliste) est, elle, aux Transports et Nitzan Horowitz (du Meretz) à la Santé. Sur les 27 ministres, il y a 9 femmes.

La majorité est très hétérogène notamment sur les colonies : des partis d’extrême droite (dont un est à la tête du gouvernement), qui réclament l’annexion pure et simple des territoires occupés côtoient ainsi des partis de gauche et pacifistes.

Parallèlement, ce même 2 juin 2021 a eu lieu l’élection présidentielle. Le Président de l’État sortant, Neuven Rivlin, du Likoud, achève son mandat de sept ans et la Constitution lui interdit de demander son renouvellement. Le Président de l’État est élu à la majorité absolue par les députés de la Knesset. Seulement deux candidats indépendants ont postulé : Miriam Peretz, enseignante, qui a obtenu 26 voix sur 113 suffrages exprimés face à l’ancien ministre travailliste (devenu indépendant) Isaac Herzog élu avec 87 voix sur 113 (soit 76,3%). Isaac Herzog est par ailleurs le fils du général Chaim Herzog qui fut Président de l’État du 5 mai 1983 au 13 mai 1993. Il prendra ses fonctions le 9 juillet 2021.

Le Président français Emmanuel Macron a salué cette élection : « Le Président de la République adresse ses plus chaleureuses félicitations à M. Isaac Herzog pour son élection (…). À cette occasion, le Président de la République réaffirme sa volonté de continuer à travailler avec Israël dans tous les domaines qui font la richesse de notre partenariat. Il rappelle, également, comme il l’a fait lors de la spirale de violence qui vient de frapper le Proche-Orient, son attachement indéfectible à la sécurité de l’État d’Israël, et à la détermination de la France à rester engagée à ses côtés pour assurer la sécurité et la stabilité régionales. ».

Je reviendrai ultérieurement pour évoquer plus précisément la situation politique d’Israël entre mars 2020 et mars 2021, son impasse parlementaire et le maintien de Benyamin Netanyahou malgré l’absence de majorité.

Dans tous les cas, les difficultés de désignation d’un nouveau gouvernement (qui a mis plus de deux ans et quatre élections !) montrent à l’évidence qu’Israël est une démocratie, sans doute « trop grande » pour avoir un gouvernement stable ou reposant sur une majorité stable et cohérente. Dans la région, il suffit de regarder ses voisins pour voir à quel point la démocratie est rare et précieuse. L’exemple de la Syrie est très éloquent : le 26 mai 2021, Bachar El-Assad a été réélu Président de la République arabe syrienne avec 95,1% des voix. Il dirige la Syrie d’une main de fer depuis… le 17 juillet 2000 (c’est à peu près à cette date que sont arrivés au pouvoir Vladimir Poutine en Russie et Recep Tayyip Erdogan en Turquie, tous les deux démocratiquement élus et réélus…).

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Naftali Bennett, Premier Ministre d’Israël à la place de Benyamin Netanyahou.
Israël 2020 : Benyamin Netanyahou vs Benny Gantz (3e round).
Benyamin Netanyahou a 70 ans.
Les élections législatives israéliennes du 17 septembre 2019.
Poisons et délices de la proportionnelle.
Les enjeux des élections législatives israéliennes du 9 avril 2019.
Golda Meir.
La lutte contre l’antisémitisme est l’affaire de tous !
Les Accords de Camp David.
La naissance de l’État d’Israël.
Massacre à Gaza.
Emmanuel Macron et le Vel d’Hiv (16 juillet 2017).
Tentative de paix en 1996.
Un géant à Jérusalem.
Shimon Peres.
Israël est une démocratie.
Yitzhak Rabin.
Le Président Peres.
Ariel Sharon.
Ehud Olmert.
Benyamin Netanyahou.
Yasser Arafat.

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