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Travailler dans des conditions difficiles facilite la propagation du Covid


Parmi les 18 % d’actifs occupés qui indiquent avoir eu le Covid-19, un peu plus d’un quart (28 %) estime avoir « très probablement » contracté le virus dans un cadre professionnel. S’y ajoutent 21 % qui jugent cette source de contamination « possible ». Voici ce que dévoile l’enquête Tracov, publiée fin mai par la Dares, le service statistique du ministère du Travail. Conduite entre le 1er janvier et le 7 mars 2021 auprès de 17 261 personnes, cette étude – la première à être statistiquement représentative de la population française – cherche à mieux comprendre les mécanismes de transmission du virus, en comparant les déclarations des interrogés et leurs conditions de travail.

Premier point : les suspicions d’une infection d’origine professionnelle sont fortement associées à l’intensité et la fréquence des contacts avec d’autres personnes (collègues, clients ou usagers) dans le cadre de l’activité, ou au moment des transports. Ainsi, 10 % des salariés contaminés et exposés à ces contacts jugent très plausible cette origine de la transmission, contre 1 % pour ceux qui travaillent de manière isolée. Et pour cause : la distanciation physique, parmi les gestes barrières les plus importants, est mal respectée.

Si les actifs ont majoritairement intégré le lavage des mains (94 % des répondants) et, dans une moindre mesure, le port permanent du masque (77 %), seuls 38 % d’entre eux arrivent « toujours » à s’éloigner des autres. Logiquement, cette pratique est plus difficile à appliquer pour celles et ceux qui sont le plus régulièrement au contact de personnes : 74 % reconnaissent « ne pas toujours » se tenir à distance.

Problème de distanciation physique

Mais, d’autres facteurs jouent aussi un rôle dans la difficulté à maintenir la distanciation sociale. Ainsi, l’intensité du travail – à savoir le travail sous pression, multitâche, avec interruptions non prévues ou ordres contradictoires – y est « très défavorable ». Selon l’étude, « 68 % des salariés qui cumulent au moins trois contraintes d’intensité du travail disent ne pas toujours maintenir une distance d’au moins un mètre avec les autres personnes, contre 48 % de ceux qui n’ont pas de contrainte ».

Par ailleurs, la distanciation physique apparaît moins souvent respectée quand le salarié estime ne pas avoir les moyens suffisants et adaptés pour effectuer correctement sa tâche ou quand « le soutien du supérieur vient à manquer, ou bien en cas de tensions avec le public ou de conflit éthique ».

L’ambiance sonore a aussi un impact : 73 % des salariés travaillant dans un environnement bruyant ne gardent pas leurs distances. Ces derniers sont incités « pour pouvoir communiquer pendant le travail à se rapprocher des collègues ou clients, ainsi qu’à parler fort ou à crier », commente la Dares qui éclaire, sous cet angle, les cas de « multiplication de clusters dans les abattoirs lors de la première vague ».

Des télétravailleurs… davantage contaminés

Autre révélation marquante de l’étude : le télétravail « ne semble pas protéger du risque global de contamination ». Ainsi, 19 % des actifs qui ont télétravaillé indiquent avoir contracté le virus, contre 17 % pour les autres.

« Mais l’enquête présente des limites, notamment sur le fait qu’on ne renseigne pas la situation propre de la personne en télétravail au moment de la contamination », indique l’économiste Thomas Coutrot, un des auteurs de l’étude. « Et on ne peut pas exclure un effet collectif du télétravail : il pourrait moins contribuer à la transmission du virus hors de la sphère familiale. »

De fait, 8 % des salariés exerçant à distance plus de trois mois indiquent une contamination d’origine extra-professionnelle, contre 4 % pour les salariés sur site.

L’enquête Tracov propose quelques pistes d’explication. Le « temps de présence plus important dans le domicile, au contact de la famille » constitue une première hypothèse, avec un impact renforcé en cas de cohabitation dans des espaces exigus ; est également avancée une autre cause, celle de « comportements de sociabilité hors du cercle familial ». Les télétravailleurs ont pu compenser le manque de contacts avec les collègues par des rencontres dans la sphère personnelle, a fortiori dans les villes où « la proximité rend cette sociabilité plus aisée et favorise la propagation du virus ».

Une telle hypothèse paraît en effet cohérente avec « le constat selon lequel le risque de contamination non professionnelle est accru pour les actifs les plus diplômés et d’autant plus qu’ils résident dans une zone urbaine dense ».

 

Cet article est publié en partenariat avec Santé et Travail

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