Chronique d’un monde occidental en dclin ; le Covid et le climat s’invitent avant le 11 septembre 2021


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 « Es steht schlimmer als je, die Maschine ist doch schon im Gang. »

 « C’est plus grave que jamais, la machine est déjà en marche. » (S. Zweig)

 

 1) Etranges coïncidences que les derniers événements dans la ville de New-York, doublement traumatisée par le Covid et la commémoration prochaine du 11 septembre il y a 20 ans, en 2001, mais aussi 20 ans de tentative de normalisation démocratique en Afghanistan et la déroute soudaine avec une terrible blessure narcissique infligée aux Américains. Les craintes des services secrets se sont réalisées, un des plus terribles attentats a été perpétré le 25 août 2021. La donne a changé, les Talibans sont maintenant face à d’autres ennemis, islamistes eux aussi.

 Les Newyorkais avaient toute autre chose en tête lorsqu’ils se rassemblèrent par dizaines de mille pour fêter la fin du Covid. Ordre de repli fut annoncé, avec une terrible tempête et comme si un malheur n’arrivait jamais seul, le variant delta annonce le retour du Covid. Nous Européens et Français sommes aussi interloqués par les trois menaces pensant sur nos consciences, le climat, les migrants venus d’Afghanistan et le Covid-delta qui risque de pourrir la rentrée. Trois menaces et quelques autres pour servir de prétexte à des bavardages interminables. On ne dit plus chaine d’info mais chaine de bavardage en continu. Signe d’une sorte de décadence pour ne pas dire déclin. La fragilité du monde a été amplifiée par la crise sanitaire. Les incendies, séismes, tempêtes, dôme de chaleur, records de températures, s’ajoutent au chaos mondial affectant quelques pays. La nouvelle pandémie de Covid n’épargne plus les pays d’Asie. La stratégie du zéro virus réalisée au prix de l’isolationnisme ne tient plus.

 

 2) Le monde a considérablement changé depuis 50 ans. Les anciens né avant la cinquième république peuvent le noter, traversés qu’ils sont par les manifestations contre la guerre au Viêt-Nam, l’effervescence du mouvement hippy, les luttes sociales, les aspirations à l’émancipation et l’incroyable inventivité dans tous les secteurs de l’art et de la culture. De Béjart à Pink Floyd, de Easy Rider aux valseuses et des personnages hauts en couleur et ces interminables réunions politiques dans les cercles intellectuels alors que les étudiants refaisaient le monde chaque soir, avec une pinte de mousse ou un ballon de rouge à la main. D’autres se perdaient dans les volutes de fumées et les interminables solos de Jerry Garcia alors que le Jefferson n’évoquait pas forcément un ancien président des Etats-Unis. En 2021, quel contraste, avec les événements du monde des créateurs marqués au sceau de la normalité esthétique et bien pensante, de la routine industrielle, du carriérisme culturel, de l’opportunisme médiatique, les prestations formatées diffusées dans les médias de masse. En plus de cette culture moyenne nous assistons à une soumission d’une masse de Français face à des mesures sanitaires qui n’auraient jamais été acceptées il y a 50 ans. Cette soumission est causée en partie par une perception erronée des menaces, entretenues par une cohorte de spécialistes scientifiques et de journalistes auto-promus experts en tout. Le style de l’époque est fait de défiances, de soupçons et d’inquiétudes, combinés aux frustrations et aux colères.

 

 3) Un écrivain comme Zweig saurait dépeindre bien mieux que moi le contraste entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui, contraste qui ne saute pas forcément aux yeux. Zweig, auteur d’un livre édité après sa mort et qui raconte le contraste entre la Vienne foisonnante de 1900 et celle de 1940, traversée par la peste du nazisme. Le monde contemporain s’est transformé avec un rythme soutenu, marqué par les innovations techniques, les inventions culturelles et les idéologies politiques utilisées par les régimes successifs. Il suffit d’une à deux générations pour voir le monde changer, autrement dit, 30 à 50 ans. Un œil sensible parvient à capter les changements d’esprit qui ne sautent pas aux yeux. Lorsque je fus élève ingénieur, j’ai eu l’occasion de fréquenter cinq promotions et de constater la transition entre la génération marquée par les braises de 68, les rêveries gauchistes, les musiques alternatives et la génération suivante, moins politisée, plus policée, vite captée par des médias inventant une formule pour la désigner ; la beauf génération.

 Le monde d’hier était à l’image de la Vienne des années 1900 et pour nous, de la Belle Epoque. Un monde d’hier achevé dans les années 1980 sous la présidence Mitterrand, avec l’apogée de l’automobile, de la presse, de la hauteur de vue dans les textes publiés, en science, littérature, philosophie, critique d’Art, psychologie. Pour en être convaincu, ouvrez donc les revues de cette époque, Best, Rock n’Folk, Psychologie Magazine, La Recherche. Les textes étaient d’une densité et d’une longueur incomparable rapportée à celle des publications actuelles.

 L’avènement de l’Internet domestique puis mobile n’a pas été forcément une chose salutaire et comme souvent, chaque technologie est un Janus, recélant son cortège de pratiques douteuses. C’est le même moteur à explosion qui équipait les chars de la Wehrmacht en 1940 et les grosses berlines conduites par les jeunes Américains pour se rendre à Altamont ou les vieilles deuches utilisées pour traverser l’Europe d’est en ouest, du sud au nord. La 5G permet d’avoir en temps réel des tonnes d’informations pour discuter sur un sujet et avoir des précisions en cas de doute. Cette même 5G est utilisée à des fins de contrôle. Sans la 5G il n’y aurait pas eu de passe sanitaire.

 Cela étant, la situation en 2021 ne peut être comparée à celle de 1940. Les amalgames sont vite captés et nourrissent les ressentiments et les colères. La seule certitude c’est que l’arrivée de la pandémie de coronavirus a eu un impact considérable sur les sociétés et nous ne savons pas si cette pandémie catalyse une série de changements dans le monde avec un tournant autoritaire et sécuritaire appuyé, amplifié, ou alors si un monde lumineux pourrait surgir après une traversée du désert plus ou moins longue. Pour l’instant, le spectre du déclin, du déclassement, de l’affaiblissement moral, intellectuel et spirituel, se dessine tel un nuage assombrissant le Dasein en marche dans le temps, souillant notre cosmos d’amitié et d’espérances.

 





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