Après Glasgow : et si on boycottait la COP27 ?


A peine la déclaration finale de la COP26 était-elle adoptée, samedi à Glasgow, par les représentants de 196 Etats, que les déclarations indignées ont fusé, à juste titre.

« Le bilan de la COP26 tient en trois mots : criminel, indécent, dilatoire », titre une réaction de l’économiste Maxime Combes. Pour Greenpeace, c’est « un petit pas pour les négociateurs et un rendez-vous raté pour l’humanité ».

Le communiqué du député écologiste du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin emploie un ton plus sobre mais ne dit pas autre chose : « Après un texte final vraiment a minima, il reste tant à faire… » Et de développer : « Le décalage reste immense entre les compromis de langage finalement actés dans le texte adopté et les attentes de financement des pays en développement et la frilosité des pays riches, les alertes des scientifiques, les demandes d’actions concrètes de la société civile et de la jeunesse et la nécessité de sortir des énergies fossiles et du charbon en priorité. Les changements de dernière minute imposés par l’Inde, la Chine et d’autres sur une « réduction du charbon » au lieu d’une « sortie du charbon » sont déplorables. »

Le Réseau Action Climat dénonce, de même, l’abandon des pays du Sud par les pays riches et une COP26 qui « n’aura pas permis l’adoption de décisions suffisantes pour répondre à l’urgence et aux défis des pays les plus impactés par le changement climatique ».

Le bilan de cette COP26 est indécent. La somme des engagements climatiques des Etats nous conduit à la catastrophe d’un réchauffement climatique de près de 3 °C à la fin du siècle

On n’en finirait pas de recenser ces commentaires exprimés un peu partout dans le monde. Le bilan de cette COP26 est indécent. La somme des engagements climatiques des Etats nous conduit à la catastrophe d’un réchauffement climatique de près de 3 °C à la fin du siècle, non à leur promesse collective de rester bien en dessous de la barre des 2 °C, qui sera déjà très compliquée à gérer. On voit déjà ce qu’il en est aujourd’hui avec un réchauffement moyen de 1 °C par rapport au XIXe siècle. Ceux qui espéraient que le choc du Covid allait pousser les dirigeants à penser autrement le monde d’après n’ont contemplé que la triste répétition du monde d’avant.

Cette indignation s’exprime de COP en COP depuis plus de vingt ans. Ce qui a été écrit et dit au lendemain de Glasgow aurait pu être écrit et dit au lendemain de tant d’autres COP. Inutile de se fatiguer, on peut ressortir les mêmes éditoriaux et commentaires à chaque numéro.

Même le grand élan de la COP21 en 2015 au Bourget ne fait pas exception. Le succès de l’accord de Paris ne doit en effet pas masquer ce qu’il est en réalité : la déclinaison pratique d’une faillite de la négociation collective des engagements de baisse d’émission de gaz à effet de serre définitivement reconnue en 2009 à Copenhague (COP15), après l’échec du grand élan du protocole de Kyoto adopté en 1997 (COP3).

Partis comme nous sommes partis, il n’y a pas vraiment de raisons pour lesquelles l’indignation qui s’exprime au lendemain de Glasgow ne s’exprime pas exactement dans les mêmes termes l’an prochain au lendemain de la COP27.

Grève des plumes

Après l’Europe, c’est à présent au tour du continent africain d’accueillir l’événement et, seule en lice, l’Egypte s’est portée candidate. La COP27 pourrait donc se tenir dans un Etat policier et dictatorial qui écrase et réprime toute opposition politique. Tout un symbole. L’Egypte a déjà proposé un lieu pour accueillir l’événement : la station balnéaire de Charm el-Cheikh. Touristes et plongeurs du monde entier y viennent en avion s’offrir un ersatz de luxe à pas cher, loin des clameurs de la misère égyptienne, laissant en cadeau à l’humanité des tonnes de CO2 dans le ciel. Tout un symbole, encore.

Et si on boycottait la COP 27 ? Non pas à cause de l’Egypte et de Charm. Mais à cause de l’inertie des gouvernements. Histoire de leur dire qu’on en a marre d’user notre salive et nos crayons à redire la même chose COP après COP. Pas boycotter systématiquement, mais juste une fois. Juste la COP27. Histoire de marquer un coup. Histoire de faire comprendre aux dirigeants de ce monde que l’on attend autre chose d’eux.

Aucun relais dans les médias. Rien. Nada. Un électrochoc. Et on se recause après, pour la COP28, avec prière aux gouvernements d’apporter entretemps des réponses sérieuses à la hauteur du sujet

Imaginez tout d’un coup une COP27 où n’erreraient dans les couloirs d’un centre de conférences clairsemé que les délégations des Etats. Pas d’ONG pour venir leur parler ou les écouter. Pas de parlementaires, ni d’industriels pour exprimer leurs vues. Pas de journalistes pour leur tendre un micro. Pas de télévisions ni de radio. Pas de photos de poignées de mains. Aucun relais dans les médias. Rien. Nada. Un électrochoc. Et on se recause après, pour la COP28, avec prière aux gouvernements d’apporter entretemps des réponses sérieuses à la hauteur du sujet.

Au point où on en est, aucune chance que cette grève n’aggrave le cours des négociations. Et au contraire, cela pourrait secouer les négociateurs.

Lysistrata avait bien compris que faire la grève du plumard était un bon moyen pour amener les fauteurs de guerre à résipiscence. Pourquoi ne pas faire la grève des plumes pour adresser un message fort à nos fauteurs de guerre qui ont besoin que l’on parle d’eux pour exister ? Car la dérive climatique ne peut conduire qu’aux violences et aux guerres.

Peut-être que ces gouvernements qui ont le fuel sentimental prêteraient-ils alors plus attention à la foule en soif d’idéal ?





Lire la suite
www.alternatives-economiques.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *