les grands groupes voient la vie en plus petit pour des maxi profits



les grands groupes voient la vie en plus petit pour des maxi profits

En l’espace d’une semaine, le laboratoire Johnson & Johnson, le conglomérat General Electric ou encore l’équipementier électronique Toshiba ont tous trois décidé de scinder leurs activités en plusieurs groupes distincts. Une tendance qui peut étonner, à l’heure où certains géants – comme les stars de la Silicon Valley – cherchent à devenir toujours plus gros, mais qui ouvre une autre voie pour dominer le marché.

Diviser pour mieux régner ? De plus en plus de grands groupes décident d’opérer des scissions afin de gagner plus ou de mieux s’adapter aux attentes des investisseurs. Dernier exemple en date, la laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson a annoncé, vendredi 12 novembre, son intention de se diviser en deux entités cotées. L’une s’occupera, notamment, de vendre son vaccin anti-Covid, tandis que l’autre supervisera la distribution des produits grand public, comme les shampoings.

Deux jours plus tôt, le conglomérat américain General Electric avait dévoilé son intention de se diviser en trois groupes distincts. Ce géant historique de l’économie américaine qui, depuis ses débuts en 1892, n’avait jamais fait que grossir a finalement décidé une cure d’amaigrissement pour créer une entité spécialisée dans l’électricité, une autre dans les énergies renouvelables et une troisième dans la santé. 

Scissions en série

Au Japon, c’est un autre groupe historique – l’équipementier informatique Toshiba – qui a rendu publics, le 8 novembre, ses plans pour se scinder en trois. Après plus de 150 ans passés à racheter des concurrents tous azimuts, Toshiba voit dorénavant l’avenir en plus petit avec une société spécialisé dans les infrastructures électriques, une autre dédiée aux produits informatiques comme les ordinateurs portables et une dernière amenée à fabriquer les très convoités semi-conducteurs.

Si la semaine passée a été particulièrement chargée pour les annonces de scissions, elle « est symptomatique d’une tendance plus profonde », assure Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements pour la société de gestion Vega IM, contacté par France 24. 

Ces derniers mois, IBM, par exemple, s’est séparé de sa branche spécialisée dans la gestion d’infrastructures informatiques, le distributeur textile L Brands a permis à sa marque de lingerie Victoria’s Secret de voler de ses propres ailes boursières, tandis que l’Allemand Siemens a créé des entités séparées pour ses activités dans la santé et l’énergie.

Trois des dix plus importantes opérations de scission de ces 40 dernières années – Johnson & Johnson, IBM et General Electric – sont intervenues en 2021, note Reuters. 

« On recommence à parler, comme dans les années 1980 et à la fin des années 2000, du déclin des grands conglomérats », souligne le Financial Times. Les marchés financiers semblent d’ailleurs ravis de cette tendance, puisque chaque groupe annonçant une scission voit son action en Bourse bondir de plusieurs points, note la chaîne d’information américaine CNN.

À l’heure des géants du Net qui, comme Facebook ou Google, n’en finissent plus de grossir à force de racheter des concurrents et de petites start-up, cette multiplication des scissions peut surprendre et apparaître comme un mouvement à contre-courant.

Des géants qui accouchent d’autres géants

Pourtant, elle serait une conséquence indirecte de l’établissement de ces nouveaux monopoles tech, perçus comme des dangers économiques et démocratiques par les gouvernements du monde entier, assure le Washington Post. Pour le quotidien américain, les révélations en série de ces dernières semaines sur Facebook ont montré aux marchés financiers qu’on ne savait souvent pas ce qu’il se passait au sein de ces multinationales et qu’il pouvait être plus risqué d’investir dans ces grosses structures opaques plutôt que dans des entités plus petites dont la mission est plus clairement définie.

« Nous diviser en trois permettra d’être plus transparent et mieux assumer nos responsabilités envers les investisseurs », a d’ailleurs reconnu Larry Culp, le PDG de General Electric. Mais pour Jean-Jacques Friedman, de Vega IM, cet « effet Facebook » ne « joue qu’à la marge » sur le désir des grands groupes de se diviser pour plaire aux investisseurs.

Ces géants n’accouchent, en effet, pas tous de souris tellement plus transparentes. Ils donnent plus souvent naissance à d’autres géants tout aussi opaques. C’est le cas, par exemple, d’IBM, dont la nouvelle société spécialisée dans la gestion d’infrastructures informatiques – Kyndryl –emploie déjà 90 000 salariés dans le monde et pèse près de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires.  

En un sens, ces grands groupes opèrent des scissions pour mieux régner. Ils créent des nouvelles entités très spécialisées et déjà puissantes, qui peuvent « rapidement racheter les vraies petites start-up, ce qui permet à ces groupes d’établir des oligopoles », résume Jean-Jacques Friedman.

Cette mode des scissions permet aussi de trouver des nouveaux moyens de faire gagner plus d’argent aux actionnaires. La Bourse connaît déjà une période très faste, et il n’y a plus beaucoup de marges de manœuvre pour faire grimper davantage le cours des actions de ces multinationales. 

D’où l’idée de se scinder en plusieurs nouvelles entités. Cela « peut permettre aux marchés de mieux valoriser certaines activités qui passeraient sinon inaperçues au sein d’un grand groupe », note Peter Choi, analyste au cabinet suisse de gestion d’actifs Vontobel, interrogé par le Washington Post. 

Des miettes pour les plus petits

Johnson & Johnson peut ainsi espérer qu’une division indépendante pour commercialiser ses vaccins lui rapportera plus en Bourse que si elle était noyée dans l’océan de ses autres activités au sein du groupe. D’autres géants, comme Google, pourraient être tentés de faire de même. « On estime ainsi que Waymo – la division de voitures autonomes de Google – vaudrait au moins 100 milliards de dollars si elle était cotée séparément du géant du Net », note Gregori Volokhine, gestionnaire d’actifs pour le cabinet international de services financiers Meeschaert Financial Services, interrogé par le site américain Tech Xplore.

C’est aussi une manière pour tous ces mastodontes de tirer profit d’une autre tendance sur les marchés financiers : la création de fonds thématiques. « Il y en a de plus en plus dans des secteurs très différents – énergie renouvelable, santé, etc. – et ils seront plus enclins à investir dans des entités spécialisées que dans des grands groupes qui font un peu de tout », résume Jean-Jacques Friedman.

Pour lui, toutes ces scissions n’ont pas forcément pour but de créer de nouvelles entités cotées en Bourse. « Cette tendance s’inscrit aussi dans le mouvement de privatisation du marché financier », souligne-t-il. Il s’agit des grandes boîtes qui, comme certains fabricants de cigarettes, ont décidé de retirer des indices boursiers publics « les activités les moins politiquement correctes », explique ce spécialiste. 

Avec la montée des investissements dits responsables en Bourse, « il y a des pans entiers d’activités qui demeurent rentables mais n’attirent plus les investisseurs, sauf en dehors des marchés financiers publics », résume-t-il. Les grands groupes – comme par exemple dans les énergies fossiles – peuvent ainsi isoler leurs activités les moins éthiquement acceptables, les retirer de la Bourse et les proposer à des investisseurs privés.

Pour tous ces grands groupes, ces scissions en série représentent donc un nouveau moyen d’attirer un maximum d’argent des investisseurs. Et de ne laisser que quelques miettes pour les petites start-up.



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