COP26 : « La lenteur des Etats nous force à accélérer nos actions sur le terrain »



COP26 : « La lenteur des Etats nous force à accélérer nos actions sur le terrain »

Président de Climate Chance et sénateur de Loire-Atlantique, Ronan Dantec dresse le bilan d’une COP26 sans avancée majeure, mais identifie plusieurs dynamiques positives dans la lutte contre le réchauffement.

Cette COP26 a-t-elle résulté en des « promesses qui sonnent creux », comme l’affirme le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres ?

Oui, très clairement. Cette COP est un échec car elle devait crédibiliser un scénario de stabilisation des émissions de gaz à effet de serre permettant de limiter le réchauffement entre 1,5 et 2°C. Or, à ce stade, si les engagements pris sont tenus, le monde se dirige vers un réchauffement de plus de 2,5°C au XXIe siècle. L’accord entre la Chine et les Etats-Unis, qui a surpris tout le monde, a abandonné l’objectif d’1,5°C. Plus globalement, la demi-douzaine d’engagements pris lors de cette COP ont en commun de ne pas avoir été signés par les premiers concernés : la Chine et les Etats-Unis sont absents de l’accord sur le charbon, la France n’a pas signé l’accord sur les véhicules propres, et l’accord sur la déforestation n’inclut pas l’Indonésie.

Le refus final de l’Inde et de la Chine d’inscrire la sortie du charbon dans le texte illustre le fait qu’on ne peut plus raisonner simplement en deux blocs – les pays du Nord et ceux du Sud – mais en trois blocs : les pays anciennement industrialisés occidentaux ; les grands pays émergents qui font passer leur développement en premier ; et les vrais pays en développement, qui restent des spectateurs impuissants d’une négociation qui ne leur octroie toujours pas les moyens de leur adaptation. La lenteur des Etats nous force à accélérer nos actions sur le terrain

L’engagement de plus de cent pays de réduire de 30 % leurs émissions de méthane d’ici 2030 constitue-t-il cependant une bonne avancée ?

Oui. Le fait que le méthane remonte en haut de la liste des préoccupations est une très bonne chose. Il y a une prise de conscience sur ce gaz qui renforce beaucoup l’effet de serre, et dont la réduction dans un temps court peut permettre d’infléchir le réchauffement. Il y a toujours des petites avancées dans les COP. Cette mesure en fait partie.

L’un des enjeux de cette COP était d’obtenir des engagements sérieux pour l’année 2030. Est-ce le cas ?

Non. Le texte final annonce toujours un objectif de – 45 % d’émissions en 2030 et la nécessité d’agir fortement pour y parvenir. Il faut faire attention à ne pas se donner un objectif ambitieux à moyen terme – le zéro émission nettes en 2050 – sans fixer d’objectif à plus court terme. Or la Chine, plus grande émettrice de gaz à effet de serre, annonce qu’elle compte atteindre son pic d’émission en 2030, et la plupart des pays n’annoncent pas d’accélération de leur action ces prochaines années. Même l’administration Biden est fragilisée car le Congrès américain a réduit son plan de relance. Sans parler de l’Inde, où l’enjeu du développement est considérable.

Restons-nous bloqués dans un décalage entre promesses et actions ?

Ce que cette COP montre, c’est que les Etats sont d’abord garants de leurs intérêts propres. La Chine dit par exemple qu’elle ne peut pas remettre en cause son pacte social, et tant pis si les classes moyennes chinoises émettent plus que les classes moyennes européennes. Ce sont évidemment des raisonnements de court terme car les déstabilisations des sociétés causées par la crise climatique seront bien supérieures à celles liées à une accélération de l’effort.

Que penser des engagements français ? Sont-ils aussi ambivalents ?

En se prenant les pieds dans le tapis avec ses atermoiements sur le financement des énergies fossiles à l’étranger, la France est restée très en retrait alors que sa responsabilité va être grande ces prochains mois, quand elle prendra la présidence de l’Union européenne. Le pays est confronté aux mêmes contradictions que les autres. La ministre Barbara Pompili affirme par exemple que la France ne peut sortir des véhicules thermiques aussi vite que ce que prévoit l’accord volontaire signé à la COP, du fait de la taille de son industrie automobile. Mais ne perdons pas vue que c’est l’Europe qui reste le principal moteur de l’application de l’Accord de Paris, et qui a pris l’un des seuls engagements robustes : réduire ses émissions de – 55 % en 2030.

Comment aller plus loin désormais ? Faut-il compter sur l’action de la société civile ?

Le jeu entre société civile et dirigeants est installé depuis quelques années maintenant. Si la montée en puissance des jeunes est très significative, on voit que ça ne suffit pas à déstabiliser les Etats dans la défense de leurs intérêts économiques. Mais l’échec de Glasgow n’est pas un constat d’impuissance, et il faut se demander où porter le fer, comment intervenir sur le terrain, quel levier de régulation économique activer. Sur ce point, la taxation carbone aux frontières me semble être un premier levier important.

Au-delà des COP, quels signaux positifs distinguez-vous dans la lutte contre le réchauffement ?

Il y a selon moi trois grands sujets d’intérêt. Le premier, c’est que les énergies renouvelables sont désormais les plus compétitives à l’échelle mondiale et représentent la majorité de l’investissement dans la production d’électricité. Il n’y a aucune raison que ce phénomène n’accélère pas.

Deuxièmement, on peut maintenant mesurer l’impact de l’action des territoires sur la trajectoire climat : la baisse des émissions de gaz à effet de serre dans les territoires membres de la Convention européenne des maires pour le climat et l’énergie représente 28 % de la baisse totale des émissions de l’UE, alors que ces territoires ne représentent que 16 % de la population. Il faut également noter l’action forte des régions, notamment dans les États fédérés : la Californie ou l’Ecosse sont devenues des moteurs.

Troisièmement, nous sommes actuellement dans une phase post-Covid où les Etats veulent gagner en robustesse et relocaliser leur activité économique, ce qui entraînera une réduction des émissions liées au transport, des investissements sur des productions moins émissives, et une transition vers une économie plus circulaire. Enfin, il reste l’article 6 de l’accord de Paris, qui doit créer un marché mondial du carbone. Ce dispositif peut mener au pire – un prix du CO2 beaucoup trop faible – comme au meilleur, c’est-à-dire des aides financières sérieuses pour protéger les forêts et des flux financiers qui permettent un vrai développement des pays plus pauvres. Il faut donc être vigilant sur le greenwashing.





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