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Great Reset : rsum – AgoraVox le mdia citoyen


Ce résumé est un condensé voulu le plus neutre et respectueux possible du texte initial en français (pdf en circulation régulière sur la toile)

Désolé c’est long mais il n’est pas possible de résumer en 3 pages un texte qui en compte 200.

Note : le livre est publié à l’été 2020. La numérotation des chapitres et sous-chapitres renvoie au document original en français (pdf en circulation régulière sur la toile) ainsi que les numéros de page. Les «  italiques » sont des citations directes.

Introduction

La crise déclenchée par le COVID est d’une ampleur telle qu’elle entraînera des perturbations économiques déclenchant une instabilité profonde sur tous les fronts. C’est le moment idéal pour faire émerger une monde nouveau. Il n’y aura pas de retour à la situation antérieure, il y a un avant et un après. Le livre tente d’identifier les changements les plus souhaitables et durables, qui ne seront pas linéaires.

Les pandémies ont toujours produits des changements de cap, impliquant des mesures autoritaires ; confinements et fermetures ne sont pas nouveaux. Elles alimentent peurs et hystéries de masse, sources de divisions et de traumatismes. La Covid n’est pas une menace existentielle mais exacerbe des problèmes préexistants. Elle n’est comparable à rien d’autre en termes de souffrance humaine et de pertes économiques. Parmi les changements systémiques : retrait de la mondialisation, accélération de l’automatisation et de la technologie.

Découpe en trois chapitres : effets macro (5 volets : éco, sociétal, géopolitique, environnement et technologie), effets micro (entreprises et industries), et individuels.

1.1Cadre conceptuel

Le cadre conceptuel de la crise Covid19 comporte trois forces : interdépendance, vitesse et complexité.

L’interdépendance est le sous-produit de la mondialisation et de la technologie : un monde hyper-connecté, tout le monde est dans le même bateau. Les risques des cinq volets macro s’influencent mutuellement (effet domino avec amplification, mal évalué en 2008).

La vitesse, à l’image d’internet, l’internet des objets connectés, adoption de technologies, marchés financiers. A l’image de la propagation de la pandémie «  tsunami  », « engloutissant la plus grande partie du monde  ». Nous ne savons pas mesurer une augmentation exponentielle, comme pour les grands changements : ce sera le cas pour la réinitialisation « macro ». Les décideurs disposent de beaucoup de données mais de peu de temps pour décider.

La complexité selon 3 paramètres : quantité d’informations, interconnexion et non-linéarité (effet papillon ou cygne noir).

La pandémie est un système adaptatif complexe nécessitant un réseau de surveillance mondial et de grandes infrastructures informatiques. La complexité totale est supérieure à ses composantes individuelles, et son efficacité est celle de son maillon le plus faible. Elle est telle qu’elle crée des limites à notre compréhension et notre capacité à la résoudre.

1.2Réinitialisation économique (p.34)

La réinitialisation économique dans l’économie contemporaine. La catastrophe actuelle est sans précédent en termes de vitesse. Les épidémies ont toujours été à l’origine des grandes réinitialisation économiques. Mais pour le covid19, peu probable que ce soit en faveur du travail et au détriment du capital, car cette fois la technologie change la donne. L’incertitude qui entoure la dangerosité de l’épidémie rend difficile l’élaboration de stratégie de santé publique et économique concomitante.

Les trois scenarios pandémiques tablent sur l’hypothèse qu’elle nous affectera jusqu’en 2022. Des trois (ndlr : c’est le 2ième qui s’est produit) nécessitant des mesures d’atténuation vers le 4ième trimestre 2020 pour contenir la propagation et éviter la saturation des systèmes de soins. Les décideurs devront faire avec 18 à 24 mois de points chauds dans diverses zones géographiques. Une reprise économique à part entière n’est pas envisageable avant victoire sur le virus.

Le débat Économie vs. Santé est un faux débat, car ne pas sauver des vies n’améliorera pas l’économie : la peur de mourir nuira au travail et inhibera la consommation. Les mesures de confinement ont d’après plusieurs études permis d’éviter des millions de morts.

Sur la croissance et l’emploi, le choc a été grave et rapide, 3 semaines en mars 2020. La récession dépend de la durée et gravité de la pandémie, l’aptitude à la contenir et la cohésion face aux mesures sanitaires prises ; ce sont 3 inconnues à l’heure actuelle (ndlr : été 2020). Dans les services, les plus durement touchés, les revenus non générés sont définitivement perdus. Un retour à la normale passera par un vaccin, au plus tôt premier trimestre 2021, en supposant la capacité politique de vacciner suffisamment de personnes. Beaucoup de services auront moins de clients, dépensant moins car épargnant plus, et coûtant plus cher à servir ; ce qui soulève la question d’un effet boule de neige avec un effondrement des investissements.

Le niveau de chômage sera à la mesure du creux d’activité économique. Les situations sont très différentes aux USA et en Europe en raison des mesures prises et de la culture de protection sociale. Une reprise durable « n’arrivera pas avant qu’un vaccin ou un traitement soit trouvé ». Deux catégories resteront plus durablement en difficulté : les jeunes et « les travailleurs susceptibles d’être remplacés par des robots  ». L’accroissement de l’automatisation très probable sera préoccupante : avant la richesse créée seulement à terme, il peut y avoir perte massive d’emplois, dans un marché polarisé entre hauts et bas salaires. A l’inverse, il pourrait y avoir création d’une myriades de micro-industries et d’emplois.

La croissance future pourrait être faible, avec un déclin de la population, remettant en cause le concept de croissance : quelle direction pour les progrès et quels moteurs d’une économie inclusive et durable ? La définition du PIB doit être remise à jour, incluant par exemple le travail au sein du ménage, en excluant certains produits financiers et prenant en compte les inégalités creusées par les développements technologiques. La résilience économique de chaque pays passera par le contrôle régulier du capital « financier, physique, naturel et social ». Les valeurs humaines seraient à réévaluer par rapport à la consommation matérielle.

L’économie verte (énergie, tourisme, économie circulaire, seconde vie) peut être motrice, de même que l’économie sociale (enfants, personnes âgées, soin) avec les répercussions sur les formations et l’enseignement. La décroissance -vivre mieux avec moins- peut aussi participer grâce à la technologie à condition qu’elle nourrisse l’emploi.

Face à la pandémie, la réponse des politiques fiscales et monétaires a été massive, réduction des taux et création de liquidités, qui ont creusé des déficits très importants. Les conséquences seront très différentes selon les pays. Pour les économies avancées, les banques centrales rachètent les montants nécessaires d’obligations avec un taux d’intérêt bas. Avenir bien plus sombre pour les émergents, qui ne pourront compter que sur allègement ou moratoire sur leurs dettes. Une préoccupation majeure reste que la collusion entre politiques fiscales et monétaires produise une inflation incontrôlable : les banques centrales rachètent des obligations émises par les gouvernements, une facilité dont ils pourraient abuser (augmentation de masse monétaire sans valeur ajoutée). D’autres craignent au contraire une déflation par effondrement du marché du travail et chute des prix des matières premières. Un scénario inflationniste modéré reste le plus probable.

Concernant le dollar US : l’hégémonie qui a permis aux américains d’emprunter à taux faible sur tous les marchés pourrait prendre fin, en raison d’un endettement rendu encore plus insoutenable du fait de la crise covid. Les alternatives viendraient de la création de monnaies numériques (Chine ?).

1.3Réinitialisation sociétale (p.64)

Sur des années voire des générations, ce bouleversement est induit par une défiance envers des gouvernements révélés inefficaces dans la crise. Sur ce point les disparités sont notables même entre pays à niveau élevé, et inexpliquées. Les pays qui s’en sortent le mieux étaient «  préparés  », ont pris des « décisions rapides et décisives », « disposent d’un système de santé rentable », avec des sociétés fondées sur la confiance envers l’état et capables de solidarité ; ces 3 derniers points sont sociétaux.

Il y aura une «  redistribution massive des richesses vers les pauvres et du capital vers le travail », ce glas du néolibéralisme sonnant l’avènement de l’intervention gouvernementale. La covid a aggravé les inégalités entre classes supérieures et ouvrières, par exemple le télétravail possible seulement pour les premiers quand les bas salaires se sont révélés réellement indispensables. Aux USA, la pauvreté s’accompagne d’une mauvaise santé qui aggrave la covid19. « Les inégalités pourraient donc diminuer mais, si l’on se fie à l’histoire, ce scénario optimiste a peu de chances de l’emporter s’il n’est pas précédé de troubles sociaux conséquents ».

L’absence de perspective d’une vie meilleure, accrue dans l’ère post-pandémique, peut conduire à la violence et créer de l’agitation sociale, déjà en hausse avant la crise, notamment aux USA (Black lives matter, George Floyd, …). Le déclenchement de tels mouvements est de type « non-linéaire » (ndlr : effet papillon). Son motif principal reste les inégalités.

C’est ainsi que se renforce le rôle du « Grand gouvernement  ». L’imposition va augmenter, comme le montrent de nombreux exemples d’après-guerres. L’idée « selon laquelle les gouvernements peuvent promouvoir le bien public (…) pourrait maintenant devenir la norme », par un façonnage actif des marchés, en veillant au respect de l’intérêt public dans les partenariats privés, en ré-écrivant les règles du jeu et accroissant leur rôle de façon permanente. De multiples mesures sociales avec un engagement syndical renouvelé favoriseront un recul de la financiarisation du monde. Les gouvernements encourageront les partenariats public-privé. La fiscalité va augmenter pour financer le secteur public et les « progrès de la science  » (cit. J.Stiglitz).

Cela amènera à la redéfinition du contrat social (relations individus – institutions). Depuis longtemps érodé, laissant les individus se débrouiller tout seuls, sa faiblesse est une cause des montées nationalistes. Différent selon les pays, un bon contrat social se caractériserait par une large palette de services sociaux et une protection des plus vulnérables. Le sous-investissement des systèmes de santé a montré toutes ses faiblesses. La crainte actuelle porte sur les libertés, avec l’avènement de « sociétés de surveillance en permanence  ». La réaction de la jeune génération à un nouveau contrat social devra être explorée, car leurs aspirations diffèrent et associent à la crise le climat et les inégalités.

1.4Réinitialisation géopolitique (p.85)

Fin du multilatéralisme, absence de gouvernance mondiale et montée des nationalismes compliquent la lutte contre une pandémie qui « n’épargne personne  » et avivent la compétition pour les ressources. Dans notre monde interconnecté, les risques de la mondialisation sont apparus et déclenché la montée des populismes. Mettre un terme à la mondialisation est impossible, mais la ralentir ou la faire reculer résulte déjà du traitement de la pandémie par les nations : contrôle aux frontières et protectionnisme, conduisant à un « risque que la renaissance de l’État-nation conduise progressivement à un nationalisme beaucoup plus grand ».

Le trilemme de Rodrik montre qu’à l’heure actuelle, la mondialisation doit être contenue pour conserver la démocratie et « une certaine souveraineté nationale  ». Raccourcissement des chaînes de production et relocalisation sont encouragées par les entreprises et les gouvernements, mais ne se fera pas du jour au lendemain. Compte-tenu du montant des investissements que ça représente, une position intermédiaire sera la «  régionalisation  », comme le montre le succès de l’UE, donc au sens Amérique du Nord, Europe et Asie. Un retour au protectionnisme est à craindre, avec l’affaiblissement récent de l’OMC et l’OMS ; il dépendra de ces institutions, du commerce et des flux de capitaux. « Instaurer une forme de mondialisation beaucoup plus inclusive et équitable qui la rendrait durable, tant sur le plan social qu’environnemental, est la seule façon viable de gérer ce retrait », comme sur la santé publique ou les paradis fiscaux, via une meilleure gouvernance mondiale. Ce n’est pas le chemin actuellement suivi.

La covid19 nous rappelle que les plus grands problèmes actuels sont mondiaux. Or leur non-traitement entraîne la défiance des populations à l’égard de gouvernements dont l’autorité et les ressources se trouvent de fait diminuées. L’approche fragmentaire de la pandémie a compromis un redémarrage de l’économie mondiale, alors que l’OMS même imparfaite avait seule la capacité d’enrayer la pandémie, ce que Bill Gates a souligné, et qui pointe l’absence de gouvernance mondiale.

Chine et USA  : La pandémie a creusé le fossé qui les sépare que ce soit politique ou idéologique. Qui est ou sera le vainqueur de la pandémie ? En faveur de la Chine : la force militaire ne compte pas, la réponse américaine est désordonnée et révèle voire creuse de nouvelles inégalités. USA : même en perte d’hégémonie, conserve une grande attractivité, le dollar restant une référence, faiblesses structurelles chinoises dont vieillissement de la population, influence limitée en Asie, sa dépendance énergétique. Statu quo entre les deux : dommages économiques identiques, repli probable commercial des USA de la Chine.

Globalement, il est probable que la situation empirera pour les pays pauvres, particulièrement en Afrique (économie, corruption, conflits). On estime à presque 2 milliards le nombre de personnes vivant dans des états fragiles, nombre qui augmentera post-pandémie en raison d’un incapacité à assurer les services publics de base. C’est pire pour les états défaillants («  déliquescents  »), sujets aux catastrophes humanitaires dont une criminalité forte liée aux conflits. Tous ces pays seront confrontés à l’effondrement des échanges commerciaux, à pertes d’emplois et de revenus, au recul de la diplomatie de paix. Effondrement du prix des matières premières, du tourisme, pénuries alimentaires seraient causes de manifestations antigouvernementales massives. (ndlr : les auteurs citent le Liban). Ces instabilités provoqueront une nouvelle vague de migration massive vers les pays riches.

1.5Réinitialisation environnementale (p.108)

Pandémie, effondrement des écosystèmes et changement climatique sont des sujets liés et comparables : systémiques, non-linéaires, évolutifs et difficiles à prévoir, planétaires et pires pour les entités vulnérables. Par contre, ils diffèrent sur la causalité (la covid-19 est due au virus SARS-COV2) et la temporalité (la pandémie est comparativement très rapide).

Au-delà, l’origine de beaucoup de nouveaux virus est due à la destruction de la biodiversité (faune et flore). La perte de l’habitat naturel (déforestation) et le commerce d’animaux sauvages nourrissent les zoonoses, « les chauve-souris et les pangolins avec le coronavirus ».

La pollution atmosphérique est un tueur silencieux, aggravant l’impact de tout coronavirus. La baisse très relative des émissions de CO2 suite aux confinements révèle que les plus gros émetteurs sont l’énergie, l’agriculture et l’industrie. Une stratégie imposerait donc un changement systémique radical de production d’énergie et des changements structurels dans les comportements de consommation.

L’impact de la pandémie peut prendre deux directions : une mise de côté temporaire du climat et l’environnement pour soutenir une économie qui restera carbonée, ou à l’opposé, sous la pression activiste et de la population générale, profiter de « cette fenêtre d’opportunité unique pour redessiner une économie plus durable pour le bien de nos sociétés ». La mise de côté s’expliquerait par une volonté de croissance retrouvée, avec un pétrole restant à bas prix comme source d’énergie industrielle. A l’opposé, des dirigeants et décideurs pourraient profiter du choc pandémique en faveur de l’énergie propre, en sensibilisant au risque et en appliquant le traitement pandémique au risque climatique, avec des changements sociétaux à la clé. Ceux-ci évolueraient vers une meilleure durabilité qui se diffuserait dans les habitudes de la population. L’activisme y aurait sa carte à jouer. Quatre exemples à l’appui : BP en juin 2020, le Green Deal européen, des enquêtes montrant une opinion favorable à une reprise verte, et Séoul.

Le changement systémique viendra des décideurs politiques et des chefs d’entreprise, sur des capitaux publics et privés. Ces actions démarrent mais il faudra convaincre « que ce n’est pas seulement une nécessité impérieuse, mais aussi une opportunité considérable », représentant plus de 10 000 milliards de dollars par an, générant des millions d’emplois rentables. Les conséquences climatiques seront plus graves et de plus long terme que la pandémie.

1.6Réinitialisation technologique (p.123)

IA, mobiles, automatisation, robots, génétique, vaccins : innovations et technologies se sont succédées avec « des rendements d’échelle inconcevables  » et « ouvrant la voie à des développements révolutionnaires dans le domaine des soins de santé », dont la vitesse et l’ampleur caractérisent la quatrième révolution industrielle. La pandémie en sera un catalyseur.

« Nous verrons comment le traçage de contacts a une capacité inégalée et une place quasi-essentielle dans l’arsenal nécessaire pour combattre la COVID-19, tout en étant capable de devenir un outil de surveillance de masse. » (ndlr:p.123)

Le bond de plusieurs années dans l’adoption des technologies numériques est considéré significatif et durable par le pdg de Google, dans une grande variété de secteurs. Beaucoup de consommateurs y ont été contraints, ces comportements « deviendront plus naturels car plus familiers ». Si la santé devient primordiale, « nous pourrions décider, par exemple, qu’une séance de vélo devant un écran à la maison ne vaut pas la convivialité et le plaisir de le faire avec un groupe dans un cours en direct, mais est en fait plus sûr (et moins cher !) ». Même raisonnement auquel s’ajoute le critère écologique pour assister à les réunions (Zoom, Whatsapp), assister à un cours ou formation.

Les confinements ont amené une dérégulation des technologies pourtant déjà disponibles (télémédecine, livraison par drone, paiements mobiles), qui va perdurer en raison des avantages induits. Les exigences d’authentification des paiements, réduites pour être facilitatrices, vont accélérer la prévalence numérique en dépit des risques de cybersécurité.

La persistance probable des mesures sanitaires (contact et distanciation) conduisent beaucoup d’entreprises à accélérer leur automatisation. Une étude de 2016 prévoyait une mutation majeure d’ici 2035 dans la restauration (86%), le commerce de détail (75%) et le divertissement (59%), trois secteurs des plus touchés par la pandémie. Cette tendance vaudra dans la vie personnelle comme professionnelle, où le sans contact primera pour l’approvisionnement, la livraison, le nettoyage. La robotisation « rend les entreprises plus efficaces en installant des logiciels qui rivalisent avec les actions d’un travailleur humain et les remplacent. ». Elle permet de réduire les coûts au détriment probable de l’emploi. Les preuves d’efficacité pendant la pandémie favoriseront une accélération post-pandémique.

Le traçage numérique des contacts s’est avéré le plus efficace dans la lutte contre la pandémie (pays asiatiques). La limite acceptable des confinements rend indispensable un traitement ou un vaccin efficace pour lutter contre la covid-19. En attendant, la technologie de traçage permet de contenir l’épidémie avant sa propagation, même si elle suscite de vives inquiétudes en termes de vie privée. Le suivi temps réel intrusif a été déployé (Israël, HongKong, Corée du Sud, Chine, Singapour étant la moins intrusive). L’Europe a misé sur la confiance envers une technologie qui n’annonce pas une nouvelle ère de surveillance. La limite d’efficacité repose sur le volontariat et donc la confiance envers le gouvernement et l’autorité publique. Allemagne, Italie, Norvège et Royaume-Uni se sont rangés à la solution proposée par Apple et Google, contrairement à la France dont l’application n’a pas décollé. Tous ces systèmes posent de nombreuses questions exacerbées par la surveillance en entreprise et la durée possible de la pandémie. La préoccupation exprimée de tous bords concerne la persistance de ces outils de surveillance même après la crise ou l’avènement d’un vaccin, avec le précédent des attaques du 11 septembre 2001.

Le risque de dystopie provient de cette possibilité d’anticipation de nos comportements via les outils numériques quotidiens. Yuval Noah Harari « affirme que nous aurons un choix fondamental à faire entre la surveillance totalitaire et l’autonomisation des citoyens » (ndlr : argumentation détaillée en p.136). Ce qui s’exprime en termes de solutionnisme (E.Mozorov), l’un progressiste dans l’intérêt de la population et acceptée comme telle, l’autre punitif utilisant l’infrastructure de surveillance numérique pour limiter nos activités quotidiennes et punir les transgressions, à côté d’un modèle réussi qui s’exporte notamment au climat. Il appartiendra à nous et nos gouvernants de peser les avantages sécuritaires au regard des valeurs et libertés individuelles.

Le retour du fonctionnement habituel « n’arrivera pas car cela ne peut pas arriver  ». La récession économique planétaire due à la pandémie imposera une nouvelle normalité via le numérique notamment dans l’industrie manufacturière ou l’alimentation. Les grandes entreprises auraient l’avantage de leur réserves financières, les petites de leur réactivité, mais les questions posées seraient identiques : travail à distance, réunions virtuelles, numérisation.

2.1Micro-tendances (p.142)

Le mantra de l’accélération numérique est devenu un impératif. Les confinements nous ont rendus totalement dépendants de services en ligne qui en ont évidemment bénéficié. Les entreprises déjà présentes en ligne vont bénéficier d’un avantage durable. Tous les services proposés en ligne sur portables et ordinateurs vont prospérer, le secteur de la consommation ayant fait le premier pas en proposant une expérience numérique de bout-en-bout, de la vitrine virtuelle au paiement. Les réunions physiques ont laissé la place à une «  téléportation  » (Zoom), la télémédecine et le télétravail ont désormais peu de chances de reculer, avec une certaine déréglementation, une facilitation diagnostique « comme des toilettes intelligentes capables de suivre les données de santé et d’effectuer des analyses ». Le développement de l’enseignement en ligne mettra une pression accrue sur l’enseignement traditionnel. Tout s’est fait avec une rapidité époustouflante. (…)« à mesure que l’habitude de faire des achats en ligne se répand, elle va davantage faire décroître le commerce de détail traditionnel (dans les grandes rues et les centres commerciaux) »(…).

Les chaînes d’approvisionnement vont se raccourcir, renforçant leur résilience par rapport à l’efficacité pure. Le modèle de mondialisation a trouvé ses limites, celle du juste à temps et du flux tendu engendrant une complexité. Ces chaînes représentant les 3/4 du commerce mondial vont diminuer, car les principes d’engagements tarifaires ne seront plus à l’abri de protectionnismes. Les entreprises devront donc sacrifier les profits à la résilience, en diversifiant les fournisseurs et détenant des stocks ; les coûts de production augmenteront donc forcément. En première ligne : l’automobile, l’électronique et l’outillage industriel.

« Dans l’ère post-pandémique, les entreprises seront soumises à une ingérence gouvernementale beaucoup plus importante que par le passé ». Cette intrusion prendra des formes différentes en fonction des pays : sauvetage financier, marché public, marché du travail. Tous les plans de relance limiteront la liberté des emprunteurs, notamment à licencier et verser des dividendes injustifiables, induisant un « « changement de régime » »1 des politiques assumant une part du risque de défaillance privé : une forme d’alignement entre politique publique et privée qui sera à surveiller.

Partout montera la pression en faveur d’une meilleure protection sociale et des bas salaires, entraînant très probablement pour les entreprises une augmentation des impôts et charges jusqu’à fragiliser certaines (Uber, Deliveroo, …).

L’ESG (Environnement, Social, Gouvernance) est devenu la référence du capitalisme des parties prenantes. Les entreprises doivent désormais servir toutes les parties prenantes et pas seulement les actionnaires. Climat, consommateur, travail, mobilité deviendront des priorités du processus d’investissement. Les ignorer menace la viabilité des entreprises : les conseils d’administration en sont aujourd’hui convaincus, entre autres en portant attention au bien-être global de leurs collaborateurs, ce qui se traduit en matière de valeur boursière.

Pour autant le débat reste ouvert sur l’avenir post-pandémique de l’ESG : il peut être sacrifié sur l’autel de la reprise, ou au contraire être favorisé par un activisme d’une part social mais aussi venant des investisseurs ou salariés.

2.2Réinitialisation industrielle (p.154)

Du aux confinements, la pandémie a eu un impact immédiat sur les entreprises du monde entier, qui va continuer. Cette section est un perçu des tendances probables spécifiques à certaines industries.

L’univers des loisirs, du tourisme, du commerce de détail et l’enseignement vont être (re-)conditionnés par l’évolution des interactions sociales, qui ne peuvent pas se contenter d’un monde virtuel. Ces activités resteront soumises à des mesures sanitaires jusqu’à diffusion d’un vaccin, et devront s’adapter : plus d’espaces, nettoyages , … . Les petites entreprises souffriront particulièrement et beaucoup n’éviteront pas la faillite, or ce sont les plus gros employeurs du secteur privé dans les économies avancées ce qui pourrait engendrer un effet domino sur leurs fournisseurs. Par exemple, en France et au Royaume-Uni, plusieurs voix estiment que 75 % des restaurants indépendants pourraient disparaître, scénario qui verrait se renforcer les grandes chaînes. De grandes entreprises comme le transport aérien pourraient être aussi fragilisées par une demande amoindrie (loisir et affaire), de façon durable et avec des conséquences pour les aéroports, l’aérospatiale et la location de voitures.

Certains changements de comportement pourraient perdurer. La consommation pourrait redémarrer mais à un autre rythme, favoriser les achats en ligne au détriment du détail, évoluer vers la mobilité verte. La baisse de fréquentation des restaurants pourrait favoriser les supermarchés urbains et le vivre à la maison. L’obsession de l’hygiène va modifier aussi les comportements et induire l’arrivée de nouveaux emballages. La question de l’attrait des grandes villes est un autre sujet de débat, entre l’avantage du dynamisme et l’inconvénient de logements hors de prix et peu spacieux.

Le secteur de l’immobilier commercial (ndlr : bureaux) est un moteur économique essentiel, qui souffrait déjà d’une trop grande offre, tendance probablement amplifiée par la pandémie. Entre les entreprises en faillite et le développement du télétravail, des promoteurs vont ainsi faire faillite ; les conséquences systémiques amèneront les gouvernements à intervenir pour les sauver, mais le prix de l’immobilier va baisser durablement en perçant la bulle pré-existante. Dans le secteur résidentiel, les grands centres pourraient perdre en influence au profit de villes plus petites et moins chères.

Dans l’enseignement supérieur, les universités, notamment haut-de-gamme, devront modifier leur modèle économique, car si les cours en ligne devaient se pérenniser, certains étudiants refuseraient de payer des frais élevés pour un enseignement virtuel. Un niveau de chômage élevé attiserait cette tendance. Un modèle hybride pourrait voir le jour : développement massif du virtuel mais en maintenant un campus pour une population différente. A l’été 2020, le virtuel va être massivement développé.

La résilience est devenue à la mode, elle est quasiment acquise aux industries de la Big Tech, la santé et le bien-être, qui vont prospérer. Ce n’est pas le cas pour la bancassurance et l’automobile par exemples.

Pour la Big Tech, il s’agit même évidemment de nouvelle prospérité. Pour d’autres raisons : le besoin de se sentir en forme physique, c’est aussi le cas de l’industrie du bien-être, mais par ricochet de celui de la planète, comme l’ESG et l’économie circulaire et les industries de la dépollution. Là aussi le numérique va jouer un rôle important via l’IA, l’IoT (ndlr:internet des objets connectés), capteurs et technologies portables, qui surveilleront notre bien-vivre au point de rendre floue la limite entre systèmes de santé publique et systèmes personnels. Toute notre activité personnelle va être évaluée et générer des progrès de prise de conscience du bien-être général. Le sport va en conséquence être encouragé, les règles de distanciation avantageront les « sports électroniques ».

Pour les autres industries : la banque doit se tourner vers le numérique, l’assurance se préparer aux litiges à venir, l’automobile au raccourcissement des chaînes d’approvisionnement, l’électricité à la transition énergétique inévitable. Pour les banques, « le test de la résilience se fera lorsque le volume de prêts non productifs commencera à augmenter ». Elles devront aussi résister aux risques de cybersécurité. Le secteur de l’assurance doit avec la crise covid-19 faire face à un événement très coûteux en raison de l’explosion des demandes d’indemnisation, et à l’avenir se préparer à des chocs réputés non assurables jusque-là comme les pandémies, événements climatiques et terrorisme. L’automobile devra gérer une baisse des ventes, des pénalités CO2, des risques d’approvisionnement et les nouvelles mobilités (électrique, hybride, …). Le secteur de l’électricité a joué un grand rôle lors des confinements pour assurer un mode de fonctionnement globalement numérique. Reste un défi en termes d’investissements dans les infrastructures (renouvelables, électrification de la production chimique) qui peut soutenir la reprise économique.

La pandémie a obligé chacun de nous à s’interroger sur nos projets, faiblesses, défauts. Pour certains, les changements opérés pourraient devenir une réinitialisation individuelle.

3.1Redéfinir notre humanité (p.172)

La pandémie peut faire surgir le pire comme le meilleur. A première vue, une certaine solidarité s’est dégagée face à « la catastrophe COVID-19 qui engloutissait le pays » (ndlr : ici l’Italie). Coopération, sacrifice de l’intérêt personnel, générosité ont nettement dominé l’attrait pour le riche et célèbre, entraînant une recherche de sens et amenant au questionnement pour un monde meilleur. Historiquement, la plupart des grands événements rapprochent les gens tandis que les pandémies les séparent. Elles durent plus longtemps et créent un sentiment d’insécurité du à la complexité des risques, susceptible de nous amener à un repli sur soi qui devient « une profonde source de honte  », celle de ne pas avoir fait ce qu’il fallait -une exception notable : celle des soignants-. Cette « fermeture cognitive » serait à l’origine d’une pensée radicale simpliste, propice aux théories du complot, aux fausses nouvelles. La confiance devient critique : envers qui ? La contrepartie d’un rapprochement du clan familial serait la montée des patriotismes et nationalismes.

La pandémie nous a révélé un degré élevé d’interconnexion, mais dépourvu de solidarité entre les nations. Pourtant cette pandémie nous apprend que sans une collaboration internationale, les défis à relever resteront hors d’atteinte.

En terme de choix moraux, la notion de bien commun est discutée, de même que son application. Il a des politiques pour penser qu’il fait privilégier l’économie par rapport à l’humain. Il s’agit toujours finalement de savoir si on privilégie l’individu ou la collectivité, et politiquement de trouver une compromis entre sauver le plus possible de vie et faire tourner l’économie. Un paramètre mis en avant serait de compter le nombre d’années de vie perdues plutôt que le nombre de vies perdues, avec des considérations éthiques sous-jacentes sur les différentes tranches d’âge. En condition de pandémie et en laissant la loi de l’offre et de la demande opérer, une hausse des prix sur certains produits très demandés par crainte de pénurie est considérée comme injuste d’un point de vue sociétal.

3.2Santé mentale et bien-être (p.182)

La pandémie a aggravé une situation déjà préoccupante dans le monde, à des degrés divers, mais par exemple au Royaume-Uni en 2017-2018, stress, dépression et anxiété ont représenté 57 % des journées de travail perdu pour maladie. La pandémie aura rajouté un traumatisme personnel qui pourrait durer des années. Pendant des mois il n’a été question que de covid-19 et de décès, de conséquences à envisager, formant une atmosphère désastreuse pour la santé mentale et amplifiée par les media. Solitude et isolement ont découlé des confinements et distanciations. La survenue potentielle d’autres vagues épidémiques (ndlr : le livre est publié juste après la première), la difficulté de faire des projets, de rendre visite à la famille crée un état d’angoisse collective. S’y ajoutent les pertes de revenu et les problèmes de violence domestique, toutes difficultés pires pour les personnes vulnérables.

Les problèmes mentaux ont explosé lors des premiers mois de pandémie et ils continueront d’augmenter, les confinements ayant notamment induit des problèmes traumatiques, de confusion et colère, y compris chez des personnes n’en ayant jamais eu. L’augmentation des cas de violences domestiques et conjugales est avérée. Anecdotiquement, il semble que l’interaction virtuelle (zoom) à haute dose produise une forme d’épuisement mental, obligeant les interlocuteurs à se concentrer sur les mots car privés d’une part importante de messages physiques non verbaux, « vitaux en termes de communication et compréhension mutuelle », phénomène augmenté par les écrans mosaïque.

La prise de conscience de ces problèmes pose la question de la priorité de leurs prise en compte. Cet aspect constituerait une réinitialisation vitale.

3.3Changement de priorités (p.188)

Les questions fondamentales surgies de la pandémie pourraient nous faire « réinventer notre carte mentale ». Elles peuvent nous rendre plus créatifs dans nos réponses, à revoir en profondeur nos croyances et nos convictions ainsi que nos priorités : importances de la carrière, consumérisme.

Par exemple à propos de la créativité, « il ne fait guère de doute, par exemple, que dans les prochaines années, nous assisterons à une explosion de la créativité des start-ups et des nouvelles entreprises dans les espaces numériques et biotechnologiques ». Il pourrait en être de même pour les sciences et les arts, comme Newton a compris sa pomme pendant une période d’isolement due à une épidémie. Des exemples similaires existent en littérature (Shakespeare, Pouchkine).

La pandémie a aussi modifié notre notion du temps. Sauf les travailleurs essentiels maintenus en activité, le temps confiné est devenu amorphe et indifférencié. Ce constat est-il susceptible de modifier notre empressement permanent, dû à une culture de l’immédiateté produite par la technologie ? Certains moments familiaux ou en rapport avec les saisons et la nature, qui demandent un peu de temps, contribuent au bien-être.

Qu’en sera-t-il de notre consommation, sera-t-elle modérée par notre conscience de ses conséquences ou au contraire augmentée par esprit de revanche ? La réinitialisation environnementale déjà évoquée laisserait penser à une retenue. Une consommation ostentatoire ne serait plus signe d’un statut mais d’une déconnexion de la réalité, voir relever de l’obscénité. Un exemple nous serait donné par le Japon, avec une consommation ostentatoire plus faible et un niveau d’inégalité des plus faibles. Ce pourrait être une autre réinitialisation personnelle.

La science est unanime pour reconnaître que la nature est un bienfait pour la santé mentale, et démontre aussi que son absence «  a un effet négatif sur notre esprit, notre corps, notre vie émotionnelle et notre santé mentale  ». Les autorités sanitaires ont insisté lors des confinements comme en France sur la nécessité de l’exercice « à l’extérieur chaque jour ». Si l’immunité et l’inflammation contribuent à nous protéger des infections virales, l’inflammation est atténuée après deux heures passées en forêt. La nature, l’alimentation et l’exercice physique ont toutes le pouvoir d’améliorer l’immunité et de supprimer l’inflammation. La pandémie a attiré notre attention sur l’importance de la nature.

Conclusion (p.197)

La crise du coronavirus et la « débâcle de la covid-19 » a exacerbé les défis majeurs auxquels nous étions déjà confrontés, au point que ne rien faire pour réinitialiser le monde d’aujourd’hui touchera profondément celui de demain. La pandémie nous donne cette opportunité. Il s’agit de rendre le monde moins clivant, polluant, destructeur et plus inclusif, équitable et juste. Ne rien faire n’est pas une option viable.

Mais ce mouvement n’est pas acquis. « Presque tous les indicateurs clés qui mesurent notre bien-être collectif (comme le nombre de personnes en situation de pauvreté ou mourant en raison de conflits, le PIB par habitant, l’espérance de vie ou le taux d’alphabétisation, et même le nombre de décès causés par des pandémies) n’ont cessé de s’améliorer au cours des siècles passés, et ce de manière impressionnante au cours des dernières décennies ». Mais il s’agit de moyennes qui ne concernent pas les exclus. A l’instar des grandes manifestations de juin 2020, deux points sont favorables à la Grande réinitialisation : nos actions et réactions humaines ne dépendent pas de statistiques mais d’émotions et de sentiments, et l’augmentation du niveau de vie nous fait tendre vers une vie meilleure et plus juste.

L’avenir devra traiter des risques économiques, géopolitiques, sociétaux, environnementaux et technologiques qui découleront de la pandémie. Même si cette pandémie est, ramenée à la population mondiale, une des moins meurtrières depuis 2000 ans, elle comporte des perspectives inquiétantes en termes d’équité, « allant de la stagnation des revenus réels pour une grande majorité à la redéfinition de nos contrats sociaux », de préoccupations environnementales et de questions sur le déploiement de la technologie au profit de la société.

La condition préalable à cette réinitialisation est une collaboration et une coopération accrues au sein des pays et entre eux. Elle n’est pas acquise, mais cette crise pourrait être une prise de conscience de nos risques existentiels : menaces nucléaires, changement climatique, ressources non durables et les différences de niveau de vis dans le monde. Plusieurs études et enquêtes montrent un appel à un passage à un système économique qui priorise le bien-être collectif plutôt que le PIB.





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