En finir trop vite avec les aides Covid pourrait coûter cher à l’Europe



En finir trop vite avec les aides Covid pourrait coûter cher à l'Europe

« Il sera plus difficile de mener une bonne politique budgétaire que de lutter contre l’inflation. » C’est par ce titre, élaboré sous forme de mise en garde, qu’Alfred Kammer, le directeur Europe du Fonds monétaire international (FMI), analyse le défi qui attend les gouvernements européens pour la fin progressive de leurs mesures d’urgence après la pandémie.

« Si les responsables politiques se trompent, ils risquent de retrouver la croissance morne qui a suivi la grande crise financière de 2008 », avertit-il dans un billet de blog publié fin octobre sur le site du FMI.

En mettant la focale sur la baisse des déficits, Alfred Kammer fait passer au second plan l’inflation, pourtant érigée en sujet majeur par l’économiste en chef de l’organisme international, Gita Gopinath. A la mi-octobre, l’institution alertait en effet sur la nécessité d’être « très, très vigilant » face à l’inflation galopante (4,1 % en octobre 2021 en Europe et 2,6 % en France) et à prendre des mesures rapides pour resserrer la politique monétaire. « Bien qu’il y ait une incertitude considérable au sujet de l’inflation, les banques centrales en ont une riche expérience et peuvent déployer leurs outils rapidement et avec agilité », relativise Alfred Kammer.

« En revanche, mettre fin aux mesures prises par les pouvoirs publics pour soutenir de toute urgence leur économie relève d’une démarche complexe et d’envergure », anticipe-t-il. En 2022, les déficits publics des économies européennes avancées baisseront d’environ 4 points de PIB, prédit l’institution. C’est bien plus que le recul qui avait suivi la crise financière de 2008.

La dynamique est à la mesure du soutien budgétaire sans précédent des Etats en 2020 et 2021. Mais il ne s’agit pas pour autant d’austérité. « Cette réduction résulte principalement du retrait des aides liées à la pandémie et du fait que seule une partie des ressources dégagées a été réaffectée en faveur de la promotion de l’embauche et de l’investissement », précise l’économiste allemand. Les politiques budgétaires semblent en effet plutôt rester expansionnistes dans tous les pays. Cette dynamique s’explique dans le relais pris par les mesures de relance.

Toutefois, « seulement une partie des ressources seront réallouées à la stimulation de l’emploi et de l’investissement », indique le FMI. L’impact sur la croissance de 2022 de cette baisse des déficits sera également peu compensé par les versements du plan de relance européen Next Generation. Les gouvernements font donc l’hypothèse que la demande privée a repris assez de poil de la bête pour pallier la fin des stimulus.

La crainte d’une croissance morne

Or, on ignore si la consommation des ménages et l’investissement des entreprises seront suffisants l’année prochaine. Les risques sont nombreux, avance Alfred Kammer :

« Pour être clair, nous ne craignons pas de voir les pouvoirs publics rester inactifs en cas de nouvelles vagues du virus ou d’autres chocs majeurs. Ce qui nous préoccupe, c’est la possibilité que la croissance des pays avancés se stabilise vers la fin de l’année 2022 à un taux dérisoire de 1 %, voire encore plus faible, au lieu des taux de 2 à 3 % que nous prévoyons actuellement. »

Avec des taux déjà très bas, les banques centrales ne seraient pas d’une grande aide. L’institution suggère donc « d’opter pour un retrait trop lent plutôt que trop rapide du soutien budgétaire, en particulier dans les pays disposant d’un espace budgétaire élevé, afin de se prémunir contre le risque d’affaiblir la dynamique de la reprise ».

Le FMI estime que ces efforts devraient s’orienter vers « des transferts additionnels vers les ménages dans le besoin, de davantage d’incitations aux recrutements, et de réductions de taxes sur les investissements ».

En France, l’exécutif, qui a déjà commencé à freiner ses dépenses, prévoit 4,8 % de déficit public en 2022, soit 3,6 points de moins qu’en 2021

En France, l’exécutif, qui a déjà commencé à freiner ses dépenses, prévoit 4,8 % de déficit public en 2022, soit 3,6 points de moins qu’en 2021. La hausse des dépenses publiques avait atteint 61,8 % du PIB en 2020, contre 55,4 % en 2019, relève la Cour des comptes dans son rapport rendu public le 9 septembre.

Malgré une récession de 8 %, ce soutien a permis de limiter les pertes essuyées par les ménages durant la crise : le taux de pauvreté (14,6 %, soit 9,3 millions de personnes) n’ayant pas augmenté entre 2019 et 2020 selon l’Insee.

Certes, le FMI a longtemps indiqué que la réduction du déficit ne devait pas être une source de préoccupation pendant la crise, mais l’institution et son directeur Europe n’ont pas changé de paradigme : à moyen terme, cette relance accrue devra être suivie d’une consolidation budgétaire plus soutenue, prônent-ils.

« Il est nécessaire de diminuer la dette, appuie Alfred Kammer. La prochaine crise est toujours au coin de la rue et la nécessité de créer des coussins d’amortissement est un sujet en France. »





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