Variant Omicron : un retour à mars 2020 ?


Souvenez-vous, c’était il n’y a pas si longtemps : les jours heureux étaient revenus. Il devenait possible de relâcher les mesures de lutte contre la covid-19, la croissance retrouvait des couleurs et les débats sur l’élection présidentielle pouvaient oublier la question de l’organisation du système de santé. Il suffisait de pousser la vaccination pour que soit vaincue la cinquième vague de la pandémie.

La détection le 26 novembre 2021 d’un nouveau variant en Afrique du Sud et la mise en garde par l’OMS des risques très élevés impliqués par l’omicron remettent en cause cet optimisme. Quels sont les enjeux de la période qui s’ouvre ?

A nouveau la panique se propage rapidement dans le monde entier alors même que les cas avérés sont encore très peu nombreux. Tout comme en mars 2020, les responsables doivent à nouveau prendre des décisions en situation d’incertitude. Ils ne savent pas quelle est la contagiosité de l’omicron, si les risques de troubles graves sont accrus ou encore si les divers vaccins disponibles seront efficaces pour limiter les pertes humaines. Les experts de l’OMS avertissent qu’il est nécessaire d’enquêter, de rassembler les informations et les études donc que de premières réponses ne seront disponibles que d’ici une à deux semaines.

Le désarroi des gouvernements est d’autant plus aigu que les bons élèves des vagues précédentes (l’Allemagne ou Israël) prennent conscience des limites de leur stratégie : le front de la lutte contre la pandémie ne cesse de se déplacer et les solutions d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui.

Des marchés désorientés

Les nouvelles sur la pandémie, qui avaient disparu de la Une des médias, reviennent au premier plan tout comme lors de la première Covid-19. Le processus de diffusion et de mutation du virus impose son tempo aux marchés financiers, à la formation du prix des matières premières et de l’énergie et dicte l’agenda gouvernemental.

En effet les financiers anticipent et redoutent que des restrictions à la mobilité puissent enrayer le retour à une croissance durable. Par ailleurs la montée des hospitalisations liées à la cinquième vague révèle à nouveau la fragilité du système de santé, qui n’a pas été surmontée malgré la sévérité de la pénurie révélée par les premières vagues.

Troisième similitude, les bourses s’affolent et les indices chutent brutalement avant de récupérer une partie des pertes. C’est le retour de la volatilité et de l’instabilité financière puisqu’en situation d’incertitude les marchés oscillent, d’un jour à l’autre, d’un noir pessimisme à un optimisme irraisonné.

La référence à une valeur fondamentale devient illusoire car c’est le mimétisme et le jeu du concours de beauté analysé par John Maynard Keynes qui s’impose. Sous les indices boursiers agrégés se manifeste une fracture entre les secteurs réputés d’avenir (les GAFAM hier, les bio-tech aujourd’hui) qui enregistrent des hausses de leur cours et ceux qui sont les principaux perdants (les activités d’hospitalité, de loisir, de transport).

Au niveau national, la fracture du système productif s’accentue et repose la question de la mobilité et de la requalification des salariés. Au niveau mondial, se consolident des monopoles ou oligopoles transnationaux que les Etats Nations, même les plus puissants, peinent à contrôler. Ainsi, la persistance de la pandémie accélère encore les tendances observées depuis la décennie 2010.

L’Etat, maître du long terme

La nécessité de fixer un cap souligne une fois encore la centralité de l’Etat : il doit fixer un horizon et des règles, même imparfaites, pour coordonner les réponses à la menace des pandémies. Son rôle de garant de la sécurité sanitaire vient s’ajouter à celui d’assureur des risques systémiques qui dépasse très largement sa contribution à la stabilisation des cycles économiques. Face à l’imbrication d’incertitudes probablement sans précédent, il doit dégager un horizon pour que les acteurs privés puissent se projeter dans l’avenir.

Ce qui fut considéré comme un intermède pour traverser une période difficile pourrait bien signifier le retour de l’Etat co-défenseur du long terme. Clairement la limitation du changement climatique appelle aussi ce dépassement du court-termisme porté par la toute-puissance des marchés financiers.  

La coopération internationale souffre à nouveau de la montée du nationalisme sanitaire

Hélas la coopération internationale souffre à nouveau de la montée du nationalisme sanitaire. Immédiatement l’annonce des premières contaminations déclenche un mouvement de fermeture des frontières aux vols en provenance de l’Afrique australe. Simultanément les responsables de l’Afrique du Sud déplorent que leur franchise dans la déclaration du nouveau virus ait précipité la mise au ban du pays, pénalisant son secteur touristique et donc sa croissance.

On retrouve, a contrario, les raisons du délai qu’avaient marqué les responsables politiques chinois pour déclarer l’apparition d’un virus invasif et dangereux, ce qui lui fut reproché par les autres gouvernements.

Cette non reconnaissance du bien public mondial que devrait être l’information sur les risques de pandémie va de pair avec un nationalisme vaccinal. Les pays riches surenchérissent dans l’achat de vaccins au point de généraliser une troisième dose pour leur population, alors que les autres souffrent de la faible dotation du programme Covax qui vise à mutualiser la répartition des vaccins. Voilà qui prolonge les pertes humaines et favorise l’émergence de mutations du virus qui se propagent vers les pays riches, à l’image d’omicron.

Apprentissages

Pour autant novembre 2021 n’est pas complètement la répétition à l’identique de mars 2020 car les gouvernements ont expérimenté un large éventail de politiques et ils ont pu tester leur pertinence, alors que l’opinion publique prend conscience, dans l’angoisse et la douleur, de l’enjeu sanitaire.

Au fil des vagues successives, les responsables politiques ont connu un processus d’apprentissage afin de mieux adapter les mesures de lutte contre le virus à des contextes locaux. Elles se sont complexifiées et diversifiées au-delà de l’alternative confinement / appel à la responsabilité individuelle : dépistage, isolement, gestes barrière, couvre-feux ont eu pour effet de réduire les pertes économiques et d’impliquer une moindre restriction des libertés publiques.

De leur côté, les acteurs de la santé ont innové en dérogeant aux règles pour répondre à l’urgence, tout particulièrement dans les hôpitaux. Les acquis de la patiente recherche sur les ARN peuvent être mobilisés par d’agiles start-ups pour drastiquement réduire le temps de confection d’un vaccin, quitte à faire un pari sur leurs effets à long terme.

Enfin de premières thérapies sont en train d’être testées. Connaissances et pratiques ont progressé et le variant omicron relance les recherches.

Un puissant mouvement de coopération internationale des chercheurs de toutes disciplines s’approfondit au fil des variants, bien que par nature la recherche soit toujours en retard car le virus ne cesse de muter et de déjouer le pronostic d’une banalisation de la Covid-19 et sa conversion en l’équivalent d’une grippe saisonnière. Ainsi le laboratoire Moderna annonce qu’il espère fournir un vaccin adapté à omicron pour le début de l’année 2022.

Quel contraste avec le débat qui, dans nombre de sociétés, oppose les anti- et les pro-vaccins ! Il semblerait même que la mise sous le boisseau des débats politiques du fait des confinements ait fait de cette opposition le nouveau clivage à partir duquel les partis politiques polémiquent. Comment expliquer qu’aux Etats Unis par exemple les démocrates tendent à accepter les mesures de distanciation et les vaccins et non les républicains ? En France, les partis dans l’opposition sont les plus critiques de la politique sanitaire qui devient un marqueur politique et non l’expression d’une recherche pragmatique de solutions raisonnables. 

Le règne du chacun pour soi

Dès le début de la pandémie, médecins, chercheurs et organisations internationales avaient avancé qu’elle ne serait surmontée que par son éradication, ou tout au moins son contrôle dans tous pays. Cela n’a pas empêché le triomphe du chacun pour soi, mâtiné pour certaines puissances (Chine, Russie) par une géopolitique des vaccins.

Aujourd’hui un virus venu de l’Afrique Australe affole le monde entier et il fait ressortir qu’il n’est « pas de sortie de la crise sanitaire dans un seul pays ». Cela relance la nécessité d’un renforcement du pouvoir de l’OMS, tant la mobilité internationale est devenue une caractéristique de la quasi-totalité des régimes socio-économiques. En fait aucun pays, même la Chine, n’a intérêt ou la possibilité de s’isoler durablement du reste du monde.

Pas de relance de l’OMC sans renforcement de l’OMS !

Les médias évoquent enfin le besoin de prolonger la création en 2001 du réseau d’alerte et de réponse aux pandémies (Outbreak Alert and Response Network) par une convention garantissant un pouvoir d’enquête de l’OMS. Mais c’est une œuvre de longue haleine car les premières tentatives de coordination datent de 1851 et chaque pandémie n’a jusqu’à présent suscité que de modestes progrès dans cette direction qui semble rencontrer l’opposition tant de la Chine que des Etats Unis. Pour faire image :pas de relance de l’OMC sans renforcement de l’OMS !

Enfin la cinquième vague de la pandémie faisait déjà redouter que la pénurie de lits de soins intensifs soit à nouveau l’indicateur par rapport auquel certains gouvernements sont contraints de prendre leurs décisions concernant le degré de sévérité des restrictions à la liberté de mouvement des citoyens. C’est pointer l’intérêt d’une stratégie de moyen-long terme pour le système de santé, incorporant l’anticipation des pandémies mais pas seulement, puisque le traitement des maladies chroniques et du vieillissement, sans oublier la prévention, sont autant de facteurs à prendre en compte.

Mais ces préoccupations trouveront-elles une place dans la tumultueuse campagne électorale française ?





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