« Jacques et son Matre » Stphane Hillel & Nicolas Brianon en verve au Montparnasse


« En avant ! » ainsi se termine la pièce de Milan Kundera d’une manière un peu similaire à celle dont se termine « Oncle Vania » de Tchekhov par la fameuse injonction « se remettre au travail ! ».

Il s’agit, dans les deux cas, de ne surtout pas baisser les bras et, dans un élan volontariste, de relancer le manège de la vie…

 

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JACQUES ET SON MATRE
FABIENNE RAPENNEAU

  

Cependant, ici, cet « En avant ! » ne veut pas présumer de la direction à prendre. Pas de consignes, ni de directives a priori, car l’ensemble de cet hommage à  » Jacques le fataliste  » de Diderot table sur une destinée écrite à l’avance par le grand ordonnateur dont il serait présomptueux, en tant qu’ « être humain », de vouloir réécrire le plan voire même de tenter simplement de le modifier ou de l’infléchir.

Il arrive ainsi ce qui doit arriver comme lorsque l’on est enclin d’attendre Godot :

En effet, c’est très bien d’être à l’écoute pourvu que continue, malgré tout, la progression sur le chemin où le destin vous a orienté jusque-là…

C’est au prix de ce mouvement perpétuel, pouvant sembler se répéter à l’infini, que la légèreté peut imposer sa bienveillance et son baume sur les esprits sans cesse tentés de complexifier le vécu.

L’on comprend aisément qu’avec un tel vade-mecum, il puisse sembler nécessaire à certains de pratiquer des doses de rappel à intervalles réguliers, ne serait-ce que pour s’assurer qu’ils ne font pas fausse route ou sur le point de dévier de l’axe nominal. 

C’est ainsi, sans doute, que le jeune réalisateur Nicolas Briançon s’était promis de recréer toutes les décennies cette pièce de Milan Kundera dont il lui semblait d’emblée qu’un éclairage nouveau périodique devrait être profitable tant aux comédiens qu’aux spectateurs.

 

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JACQUES ET SON MATRE
Theothea.com

  

En proposant son Théâtre Montparnasse pour ce projet récurrent, parvenu au cycle numéro quatre, Myriam Feune de Colombi lui remettait le pied à l’étrier à Paris mais c’est, hélas, sans elle qu’en septembre 21, cette saison théâtrale post confinement Covid débuterait cette nouvelle production avec une très brillante distribution de onze artistes sur scène dont deux musiciens.

Stéphane Hillel serait, pour la première fois, le « Maître » succédant à Yves Pignot, quant à Nicolas Briançon il incarnerait à nouveau fort généreusement son « Jacques ».

Lisa Martino jouerait l’aubergiste impériale se situant au croisement des multiples « variations » sur les histoires racontées.

Car si l’amour adossé à ses nombreuses variantes contradictoires serait bel et bien le moteur d’une logorrhée exubérante partagée par tous, c’est par l’entrecroisement des récits, des conquêtes, des échecs et même des vengeances que devrait progresser de manière métaphorique la connaissance de l’homme par lui-même.  

C’est fort brillant, c’est hyper frénétique, c’est divinement spirituel mais c’est également très nostalgique, mélancolique et peut-être même quelque peu déroutant en ces périodes d’incertitude existentielle… 

Tel un monsieur Loyal, Nicolas Briançon règle le tempo par ses prestations enjouées mais aussi par ses silences observateurs.

 

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JACQUES ET SON MATRE
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Stéphane Hillel reste en arrière de la main, en incarnant le Maître qui pourrait intérieurement tout aussi bien se ressentir « Valet ». 

Aux confins de la séduction autoritaire Lisa Martino, en maîtresse femme, met quasiment tout le monde à ses pieds.

Chacun des rôles contribue à un happening festif d’où il ressortirait que la vie est un banquet à partager au mieux de ses propres potentialités.

Et ainsi chacun de fantasmer ce qu’il aurait envie de comprendre « ici et maintenant » quitte à modifier son point de vue lors de la prochaine décennie accompagnée forcément d’une nouvelle création de Nicolas Briançon… d’avance en pleine mue rédemptrice. 
  

  
photo 1 © FABIENNE RAPENNEAU
photos 2 à 4 © Theothea.com

  
  
JACQUES ET SON MAÎTRE – ***. Theothea.com – de Milan Kundera – mise en scène Nicolas Briançon – avec Stéphane HILLEL, Nicolas BRIANCON, Lisa MARTINO, Pierre-Alain LELEU, Camille FAVRE-BULLE, Maxime LOMBARD, Philippe BEAUTIER, Elena TERENTEVA et Jana BITTNEROVA. Musiciens : Marek CZERNIAWSKI au violon et Boban MILOJEVIC à l’accordéon – Théâtre Montparnasse

 
 

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