Avant les fêtes, les bas salaires de la distribution font entendre leur mécontentement



Avant les fêtes, les bas salaires de la distribution font entendre leur mécontentement

À l’approche des fêtes de fin d’année, des mouvements sociaux ont essaimé au sein de plusieurs enseignes pour réclamer des hausses de salaire.

Face à l’inflation galopante et à la perte de pouvoir d’achat, des mouvements sociaux ont essaimé dans la distribution à l’approche des fêtes de fin d’année, notamment chez Carrefour et Auchan, les syndicats pressant pour des hausses de salaires. Depuis la mi-décembre, des débrayages, barrages filtrants et blocages d’entrepôts ont visé Carrefour et Action, à l’initiative d’intersyndicales ou de la CGT.

Le nom de certaines enseignes a pu étonner: Auchan, Leroy Merlin ou Décathlon, propriétés de la famille Mulliez, ont connu depuis novembre des grèves parfois inédites sur fond de négociations annuelles obligatoires (NAO), sans obtenir toujours les résultats espérés. A l’appel de la CGT, quelques dizaines de salariés ont participé mardi matin à des débrayages et des blocages des hypermarchés Carrefour de Bercy à Paris et d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

« Nous nous sommes engagés en faveur du pouvoir d’achat avec la signature récente d’un accord majoritaire, qui permet une hausse générale des salaires de 1% rétroactivement au 1er novembre », défend la direction.

« 1% d’augmentation, pour moi, c’est dix euros supplémentaires. Ils sont fous de penser que c’est suffisant! », s’insurge Ina Kingue, 39 ans. Caissière depuis 17 ans, elle travaille 30 heures hebdomadaires pour 1.000 euros net par mois.

« On ne veut pas de primes »

Ces travailleurs précaires, en « deuxième ligne » pendant la crise sanitaire, ont subi de plein fouet l’inflation (+2,8% sur un an en novembre) et la flambée des prix de l’énergie. « Sans solutions de garde d’enfants, contraints à de longs déplacements entre villes et banlieues, ils sont souvent obligés de travailler à temps partiel », explique Christine Erhel, directrice du Centre d’études de l’emploi et du travail.

Les entreprises assurent avoir pris en compte ces inquiétudes, avec le versement de primes ou le doublement de l’indemnité inflation de 100 euros versée par l’État. Pas suffisant, toutefois, aux yeux de beaucoup de ceux qui étaient cités en exemple au plus fort de l’épidémie de Covid-19. « Nous sommes essentiels pour la société, nous avons permis aux gens de se nourrir pendant les confinements », fait valoir Algul Ali, employé chez Carrefour depuis 27 ans et délégué central CGT.

« On ne veut pas de primes: elles ne nous permettent pas de cotiser, et ne sont pas garanties dans notre contrat. Nous voulons des augmentations de salaire », revendique-t-il.

750 millions d’euros de dividendes versés aux actionnaires d’Auchan cet été, 7,9 milliards de chiffre d’affaires chez Leroy Merlin en 2020: ces montants restent en travers de la gorge des grévistes, notamment ceux du groupe Mulliez.

« Il y a un trop grand décalage entre les patrons et les bas salaires, qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois », déplore Gilles Martin, délégué syndical central CFDT chez Auchan. Le responsable syndical dénonce aussi la dégradation des conditions de travail et les inquiétudes dans un secteur en perte de vitesse, avec une automatisation galopante et des hypermarchés moins fréquentés par les consommateurs.

« Un coup d’épée dans l’eau »

La mobilisation d’environ 1500 salariés d’Auchan vendredi dernier, selon l’intersyndicale CGT-FO-CFDT à l’origine de l’appel, n’a pas empêché la signature mardi d’un accord sur les salaires entre la direction, la CFTC et la SEGA-CFE-CGC. Le texte entérine une hausse de 2,2% pouvant aller « jusqu’à 4% selon les catégories », indique une porte-parole de l’enseigne, un doublement de l’indemnité inflation, et une remise en magasin portée à 15% pour les salariés.

« Il nous permet au moins un rattrapage au niveau du Smic, avec quelques mesures sociales compensatoires. C’est en deçà de ce que nous espérions », reconnaît toutefois Hervé Scoubard, délégué central CFTC Auchan Retail. Cette issue a douché les espoirs de mobilisation. « Chacun est en train de rentrer chez soi après cinq jours de lutte, et la signature de l’accord a un peu cassé la dynamique », regrette Gérald Villeroy, représentant de la CGT Auchan.

Chez Carrefour, la période des fêtes est peu propice à une large grève. « Personne n’est motivé pour perdre une partie de ses revenus à ce moment-là, ce serait un coup d’épée dans l’eau », tranche Miguel Enguelz, délégué national FO (1er syndicat). La CGT de cette enseigne entend toutefois poursuivre sa mobilisation cette semaine, et espère être rejointe par des grévistes d’autres distributeurs comme Aldi ou Casino.



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