fbpx

Retraites : six choses à savoir pour comprendre le débat



Retraites : six choses à savoir pour comprendre le débat

Dans cette campagne d’entre-deux-tours, il ne se passe pas un jour sans que l’on parle des retraites. Le thème risque de donner lieu à une joute entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du débat qui se tiendra ce mercredi soir. Leurs propositions en la matière sont clairement opposées : le premier veut durcir les conditions actuelles, la seconde les assouplir.

L’enjeu est aussi pour eux de séduire ou du moins rassurer les 21,95 % de votants qui ont choisi Jean-Luc Mélenchon au premier tour. Le candidat de l’Union populaire promettait le retour de la retraite à 60 ans avec 40 annuités.

Que proposent exactement les candidats ? Quelle est la situation financière du régime de retraites ? Qui serait concerné par la retraite minimum à 1 000 ou 1 100 euros ? Décryptage.

1/ Age légal : Emmanuel Macron a-t-il évolué ?

Le programme d’Emmanuel Macron prévoit le report de l’âge légal à 65 ans. Le président-candidat entend aller vite, en déposant un projet de loi au Parlement dès l’été après des concertations, notamment avec les partenaires sociaux. En l’état, le rythme prévu est d’ajouter quatre mois par an dès 2023, pour ainsi atteindre 65 ans en 2031.

Depuis le premier tour, Emmanuel Macron a beaucoup été interpellé sur cette mesure, que ce soit par les Français lors de ses déplacements ou par les journalistes. Interrogé par BFMTV le 12 avril sur la possibilité de la soumettre à référendum, il a répondu : « Je n’exclus pas le référendum pour quelque réforme que ce soit ». Mais sa position est plutôt de « discuter du rythme et des bornes ». En clair, faut-il aller plus ou moins vite et faut-il pousser jusqu’à 65 ans ?

Le lendemain sur TF1, il a précisé ses intentions : l’idée est, comme prévu, d’augmenter l’âge légal de quatre mois par an, mais d’instaurer « une clause de revoyure » en 2027-2028 – l’âge légal sera alors à 64 ans – pour déterminer s’il est possible de s’arrêter ou s’il faut poursuivre.

Réinterrogé sur le sujet le 15 avril sur Franceinfo, Emmanuel Macron a encore affiné son discours, déclarant : « Je ne change pas le rythme » de quatre mois par an, et d’ajouter que « c’est important sinon je ne peux pas financer, parce qu’il faut du sérieux, les progrès sociaux que je veux faire pour nos retraités, pour la dépendance », etc. Il a en revanche renouvelé sa proposition d’une « clause de rendez-vous en 2028 ».

Cette dernière semble bien être la seule concession du candidat. Et elle est mince, car, sachant qu’un Président ne peut effectuer plus de deux mandats successifs, il ne sera plus à l’Elysée après 2027.

2/ Faut-il « sauver notre régime de retraites » ?

« Il faut sauver notre régime de retraites », a lancé Jean Castex au micro de RTL le 12 avril. Cette rhétorique n’est pas nouvelle dans la bouche du Premier ministre, mais les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR) sont bien moins alarmistes.

Certes, le déficit s’est creusé avec la crise Covid, mais il est dû à de moindres recettes, l’activité partielle n’ayant pas donné lieu à des versements de cotisations. Les dépenses, elles, sont restées stables.

L’économie retrouvant peu à peu son niveau d’avant-crise, le niveau des dépenses devrait revenir dès cette année à ce qu’il était à peu près en 2019

Du reste, les projections du rapport de juin du COR varient d’un solde budgétaire à l’équilibre d’ici la fin de la décennie à un déficit constant jusqu’en 2070, selon les hypothèses et les conventions comptables. Difficile d’en tirer une conclusion claire. C’est pourquoi le COR indique qu’il faut regarder l’évolution des dépenses, « seule approche » permettant d’avoir « une lecture économique de la situation financière des retraites ».

Or, l’économie retrouvant peu à peu son niveau d’avant-crise, le niveau des dépenses devrait revenir dès cette année à ce qu’il était à peu près en 2019, c’est-à-dire autour de 13,7 % du PIB. Ensuite, les dépenses sont soit stables, soit en baisse dès la prochaine décennie, selon les scénarios, et en chute à l’horizon 2070 dans tous les cas de figure. Et le COR d’en conclure :

« Malgré le contexte de la crise sanitaire et le vieillissement progressif de la population française, les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon de la projection, c’est-à-dire 2070. C’était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire que nous traversons depuis début 2020. C’est un résultat qui demeure valable après crise ».

Sans oublier que le système dispose de 133 milliards d’euros de réserves et que le patrimoine net des régimes par répartition (réserves – dettes) est de 70 milliards d’euros, soit 3,1 % du PIB.

Le COR ajoute que ce constat « n’emporte toutefois aucune appréciation politique sur le niveau actuel ou futur de ces dépenses. Selon les préférences politiques et les priorités qu’on souhaite assigner aux finances publiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés ».

3/ Peut-on déjà partir plus tôt ?

Voulant paraître plus crédible aux yeux d’une partie de l’électorat de droite, Marine Le Pen a renoncé à sa promesse de 2017 d’un retour à la retraite à 60 ans avec 40 annuités. Désormais, la candidate du Rassemblement national (RN) ne la réserve qu’à celles et ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans.

Pour ceux qui ont commencé à travailler après 20 ans, Marine Le Pen ferait augmenter progressivement l’âge légal et la durée de cotisation requis jusqu’à 62 ans et 42 annuités

Aujourd’hui déjà, le dispositif « carrière longue » permet aux personnes ayant débuté avant 20 ans de partir à 60 ans s’ils justifient du nombre de trimestres requis pour leur génération. Par exemple, les Français nés en 1962 peuvent ouvrir leur droits à la retraite cette année s’ils ont cotisé 168 trimestres, soit 42 ans. En 2019, un peu plus d’un départ à la retraite sur cinq était anticipé pour carrière longue, selon la Drees.

Pour ceux qui ont commencé à travailler après 20 ans, Marine Le Pen ferait augmenter progressivement l’âge légal et la durée de cotisation requis jusqu’à 62 ans et 42 annuités. Un tel système demeure mieux disant que la législation actuelle. Pour mémoire, la réforme Touraine de 2014 réhausse tous les trois ans la durée cotisation pour la porter à 43 ans à partir de la génération 1973.

Cette réforme coûterait 9,6 milliards d’euros en année pleine, selon le chiffrage de la candidate RN, entre 23,5 et 38,5 milliards, selon l’Institut Montaigne.

De son côté, Emmanuel Macron prévoit de conserver le dispositif des carrières longues, sans préciser quel sera l’âge minimum retenu, et promet de maintenir le départ anticipé au titre du handicap à 55 ans. Il propose également une clause du grand-père pour les régimes spéciaux – tous les nouveaux entrants ne bénéficieront plus du régime, comme c’est le cas pour les cheminots –, et entend « individualiser » la pénibilité.

Pour mémoire, un compte pénibilité a été créé en 2014 sur lequel les travailleurs exposés à des facteurs de risques professionnels accumulent des points leur permettant un départ anticipé entre 60 et 62 ans. Ce dispositif, baptisé C3P (compte personnel de prévention de la pénibilité), a été transformé dès septembre 2017 par Emmanuel Macron en C2P (compte professionnel de prévention) et quatre facteurs de risque sur dix ont été retirés (dont port de charges, postures pénibles ou agents chimiques dangereux). Ces derniers « ouvrent désormais droit à un départ à la retraite à taux plein à 60 ans en cas d’incapacité permanente », détaille la Drees, autrement dit, quand il est déjà trop tard…

4/ A quoi correspond la retraite minimale à 1 000 ou 1 100 euros ?

Marine Le Pen promet une retraite minimum à 1 000 euros et Emmanuel Macron à 1 100 euros. Mais, attention, ils ne parlent pas de la même chose.

La proposition de la candidate RN concerne le minimum vieillesse ou Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées). Il s’agit d’un complément versé aux retraités qui ont une petite pension ou n’en ont pas. Son montant maximum est de 916,78 euros par mois pour une personne seule : par exemple, si une personne touche 500 euros de retraite, elle percevra 416,78 euros au titre de l’Aspa. Durant le quinquennat, cette aide a été revalorisée de 100 euros en trois fois. En 2019, on comptait plus de 410 000 bénéficiaires.

En outre, la promesse d’« augmenter les petites retraites » est également inscrite dans le programme de Marine Le Pen, mais sans donner plus de précisions. Toutefois, 2 milliards d’euros y seraient consacrés d’après son document de chiffrage.

La proposition d’Emmanuel Macron porte, elle, sur la pension minimale à taux plein. Un retraité justifiant d’une carrière complète, c’est-à-dire ayant suffisamment de trimestres cotisés, ne pourrait toucher moins de 1 100 euros. Sur TF1, le président-candidat a précisé que cela serait valable « pour les nouveaux retraités comme pour toutes celles et ceux qui sont déjà à la retraite ».

Ce montant de 1 100 euros n’a pas été choisi au hasard, il correspond à 85 % du Smic net. Or, porter la pension minimale à ce niveau est un objectif prévu par la réforme des retraites de… 2003 ! Le dispositif était également inscrit dans celle avortée de 2019-2020. Depuis, Emmanuel Macron l’a toujours conditionné à des mesures d’économies, notamment le report de l’âge légal.

C’est d’ailleurs l’un des axes de communication du candidat et du gouvernement : des économies en échange de meilleures pensions pour les plus modestes. Mais il ne s’agit pas du même ordre de grandeur. Pour mémoire, le passage de 60 à 62 ans fait par exemple économiser 14 milliards d’euros par an aux caisses publiques, alors que rehausser la pension minimale à 85 % du Smic net coûterait 2,1 milliards d’euros en 2025 à son maximum, d’après le rapport Turquois-Causse remis au gouvernement en mai dernier, qui estime à environ un million le nombre de personnes concernées.

5/ Les pensions ne sont-elles pas déjà indexées sur l’inflation ?

Dans son programme, Marine Le Pen promet de « réindexer les retraites sur l’inflation ». « Je vais appliquer la loi, ce qu’Emmanuel Macron n’a pas fait », a explicité la candidate RN sur Franceinfo le 8 avril. Le Code de la Sécurité sociale prévoit en effet que la revalorisation des pensions, qui intervient au 1er janvier, soit calculée à partir de l’inflation hors tabac.

Au début de son mandat, Emmanuel Macron a choisi de mettre à contribution les retraités, notamment en sous-indexant leur pension à 0,3 % dès 2018. Suite à la crise des gilets jaunes et au grand débat, il est revenu sur cette mesure en 2020 pour ceux dont la pension est inférieure à 2 000 euros par mois, soit 80 % des retraités. Depuis 2021, les pensions sont donc à nouveau calées sur les prix.

Candidat, Emmanuel Macron promet désormais de revaloriser les pensions de 4 % dès le 1er juillet prochain

Ce petit jeu de la désindexation, tout comme celui du décalage de la date de revalorisation ne sont pas nouveaux. Les gouvernement successifs ont utilisé ces procédés pour brider les dépenses, grignotant petit à petit le pouvoir d’achat des retraités.

Candidat, Emmanuel Macron promet désormais de revaloriser les pensions de 4 % dès le 1er juillet prochain, compte tenu de la poussée inflationniste.

Pour mémoire, en ce qui concerne les salariés du privé, le gouvernement n’a la main que sur la retraite de base. Concernant la complémentaire, l’Agirc-Arrco, ce sont les partenaires sociaux qui fixent les règles de la revalorisation. Celle-ci intervient au 1er novembre : elle était de 0 % en 2020 et 1 % en 2021.

6/ Pour quel niveau de pension ?

C’est certainement l’un des plus gros écueils de cette campagne présidentielle : « Le niveau de retraite idéal ne fait pas partie du débat de fond », déplorait l’économiste Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques, dans une interview aux Echos le 4 avril.

Rapport après rapport, le COR émet toujours la même constat : si les dépenses de retraites restent maîtrisées malgré le vieillissement de la population et la baisse du nombre d’actifs par retraité, c’est parce que le niveau des pensions par rapport aux revenus des actifs va chuter, et donc que le niveau de vie des retraités par rapport aux actifs va baisser (de 15 à 25 points selon les projections).

Cela est dû principalement aux réformes de 1987, 1993 et 2003, qui ont indexé les pensions et surtout le calcul des droits sur les prix, alors qu’ils étaient auparavant indexés sur les salaires. Aucun des deux candidats à la présidentielle n’a abordé le sujet.

Parmi les objectifs assignés au système de retraite dans le Code de la Sécurité sociale figure « la solidarité entre les générations », notamment par « la garantie d’un niveau de vie satisfaisant pour tous les retraités ». Qu’est-ce qu’un « niveau de vie satisfaisant » ? Voici une question qui mériterait d’être posée aux deux finalistes ce soir.





Lire la suite
www.alternatives-economiques.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.