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L’étonnante résistance du marché de l’emploi en France



L'étonnante résistance du marché de l'emploi en France

Depuis la crise sanitaire, l’emploi salarié progresse plus vite que l’activité en France. Au premier trimestre 2022, l’économie française a enregistré de nouvelles créations nettes d’emploi, alors que la croissance est à l’arrêt.

C’est un mystère que même les économistes peinent à résoudre. Malgré une croissance nulle au premier trimestre, l’économie française a continué de créer des emplois. Sur cette période d’après l’Insee, l’Hexagone comptait 20,126 millions de salariés du privé, soit 66.000 de plus qu’au dernier trimestre 2021 (+0,3%). Le tout, dans un contexte pourtant instable, sur fond de guerre en Ukraine et de poussée inflationniste.

Le marché du travail a également mieux résisté que prévu à la crise sanitaire, le nombre d’emplois salarié du privé dépassant son niveau d’avant-crise dès la mi-2021 alors que le PIB tricolore n’avait toujours pas retrouvé le sien. Fin 2021, la France comptait ainsi près de 400.000 emplois de plus qu’à la même période en 2019.

Une chute de la productivité?

Covid-19, guerre en Ukraine… La résilience du marché du travail face aux crises réjouit autant qu’elle interroge. Car si l’emploi salarié croît plus vite que l’activité, cela signifie que la productivité diminue. Dit autrement, il faut aujourd’hui « plus de personnes pour produire la même chose qu’il y a deux ans », soulignait Eric Heyer, directeur du département Analyse et prévision à l’OFCE, en novembre dernier.

S’ils n’ont pas de réponse définitive, les économistes avancent tout de même plusieurs éléments pour expliquer ce phénomène. D’abord, de nombreuses entreprises auraient fait de la rétention de main d’œuvre dans la perspective d’une reprise économique vigoureuse une fois la crise sanitaire terminée. Un maintien des effectifs d’autant plus facile qu’il a été encouragé par toutes les aides Covid versés par l’Etat.

De la même manière, l’emploi subventionné, notamment à travers les aides à l’apprentissage, explique sans doute en partie les bons résultats du marché du travail en cette période pourtant perturbée. Tout comme les tensions de recrutement qui restent très forte et peuvent inciter des employeurs à recruter la perle rare dès à présent malgré un carnet de commandes qui manque de visibilité.

« On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité »

Pour certains économistes, la généralisation du télétravail pendant la crise sanitaire n’est pas non plus étrangère à la baisse de la productivité. Le chômage partiel qui concerne encore 290.000 salariés peut aussi l’expliquer en partie puisque ces effectifs sont pris en compte dans les chiffres de l’emploi alors même qu’ils ne produisent plus ou produisent moins.

En réalité, cela fait trente ans que la productivité n’enregistre que de faibles gains. Avant même la crise sanitaire, la productivité par tête n’augmentait « que de 0,5 à 1% par an », rappelait Gilbert Cette, professeur à Neoma Business School, dans Les Echos.

La tertiarisation de l’économie y est sans doute pour quelque chose. Car le secteur des services compte parmi ceux ayant le plus recours aux emplois peu qualifiés. Or, ses effectifs ont grossi de 255.800 personnes entre fin 2019 et début 2022, tandis que ceux de l’industrie ont diminué de 32.900.

Le progrès technique et les nouvelles technologies du numérique laissaient pourtant espérer de nouveaux gains de productivité, comme cela s’était produit lors des précédentes révolutions industrielles. Ce ne fut pas le cas. C’est le fameux paradoxe de l’économiste américain Robert Solow selon lequel « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ».

De quoi faire dire à certains experts que les modèles statistiques ne sont plus capables de mesurer efficacement la contribution de la technologie à la productivité. D’autres affirment plutôt que si la productivité demeure atone malgré les progrès technologiques considérables de ces dernières années, c’est parce que les gains qui en découlent mettent toujours beaucoup de temps avant de se manifester.



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