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Royaume-Uni : comment la finance répand la corruption



Royaume-Uni : comment la finance répand la corruption

C’est un rapport accablant sur l’état du Royaume-Uni que vient de publier la députée travailliste Margaret Hodge. Elle y décrit un pays dans lequel la finance joue un rôle considérable, et pas que sur le plan économique. Le secteur est coupable de comportements non éthiques qui se répandent dans la classe politique britannique dont le niveau de corruption s’accroît dangereusement.

L’analyse décrit une forme d’engrenage ou plutôt d’extension par capillarité des comportements de plus en plus illicites. Les financiers, avocats, comptables, banquiers, etc., aident leurs clients à pratiquer l’évasion fiscale. Attention, l’évasion ou l’optimisation, utiliser au mieux l’interprétation des lois pour réduire les impôts, pas la fraude, expliquent-ils. Margaret Hodge n’y croit pas et elle a l’histoire du siècle dernier avec elle pour affirmer que la séparation entre le licite et l’illicite en matière d’évitement fiscal est bien fine.

Le spectre s’étend

On commence par permettre l’évasion avant de fermer les yeux sur la fraude. Un exemple parmi d’autres : le cas HSBC. Le fisc britannique a récupéré le nom de fraudeurs passant par la banque et sa filiale suisse dès 2010. Mais il n’en fait rien. Pire, un accord anglo-suisse est signé indiquant textuellement qu’il n’est pas dans l’intérêt public du Royaume-Uni de poursuivre qui que ce soit. Celui qui signe cela n’est autre que le patron du fisc, Dave Hartnett qui, six mois après avoir démissionné rejoindra HSBC. La directrice de l’audit de la banque sera intégrée à la chambre des Lords et deviendra ministre. Le directeur général, Stuart Gulliver, profitera du statut de non résident et d’un fonds offshore enregistré au Panama pour réduire ses impôts.

La séparation entre le licite et l’illicite en matière d’évitement fiscal est bien fine

L’exemple illustre le glissement vers des comportements de plus en plus illicites, au point de favoriser le crime économique. Suivent plusieurs pages d’affaires qui montrent comment le réseau des paradis fiscaux liés à la City joue un rôle essentiel dans la circulation d’argent sale au point de faire de Londres un haut lieu du blanchiment d’argent.

Et de lister ensuite tous les outils mis à disposition des financiers véreux par le pays : sociétés écrans, immatriculations d’entreprises bidons, vente de plusieurs milliers de « golden visas » offrant la nationalité britannique contre argent (et plus on paie, plus c’est rapide) surtout à des oligarques russes et chinois, marché de l’immobilier londonien opaque et ouvert à toutes les opérations de blanchiment, faible application des lois allant à l’encontre des pratiques délictueuses.

Une corruption politique croissante

De l’évasion à la fraude fiscale, de la fraude au crime économique, du crime économique à la corruption politique, le virus des illégalismes progresse au Royaume-Uni. Le pays a connu des dirigeants corrompus depuis longtemps et le parti travailliste y a contribué, rappelle le rapport. Mais ce qui fait peur à Margaret Hodge, c’est que ces comportements deviennent de plus en plus la norme et encore plus sous la mandature de Boris Johnson.

Emportée par le poids de sa finance, la démocratie britannique est en train de basculer du côté obscur

L’origine du financement de la rénovation de l’appartement du Premier ministre au 10 Downing Street n’est pas claire, pas plus que celle de ses vacances d’hiver à 18 000 euros à l’île Moustique. L’un de ses plus proches conseillers a autorisé un promoteur à lancer ses projets en le dégageant des obligations sur la part de logements sociaux, le tout contre rémunération.

De nombreux marchés publics sont attribués de manière opaque, sans concurrence. Cela a été particulièrement saillant durant la pandémie avec comme conséquence des masques ou des kits de tests de mauvaise qualité. Mais cela va au-delà. Une enquête du New York Times sur 22 milliards de commandes publiques a montré que la moitié a bénéficié à des proches du parti conservateur, un peu plus de 20 % à des entreprises employant d’anciens experts liés au parti et encore un peu plus de 20 % à des entreprises liées à des affaires de fraude fiscale, de corruption et autres comportements de ce genre.

La suite du rapport multiplie les exemples de conflits d’intérêt : portes tournantes de fonctionnaires passant au privé, récompenses honorifiques en échange d’argent, choix de candidat à des postes administratifs en fonction de leur proximité idéologique avant la compétence, etc.

De la finance à la politique, une culture de l’illégalisme et de la corruption s’est développée au Royaume-Uni. Depuis la publication du rapport, un nouvel exemple est venu illustrer la façon dont ce type de comportement se répand dans la société : un peu plus de 12 % des prêts garantis par l’Etat britannique ont financé des dépenses personnelles, des organisations criminelles et même des parties de poker ! Emportée par le poids de sa finance, la démocratie britannique est en train de basculer du côté obscur.





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