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Variole du singe : c’est grave, docteur ?


La presse papier, la radio et la télévision, ainsi que les réseaux internet, se font les échos d’une « épidémie » de variole du singe, et certains articles m’ont paru outrageusement alarmistes, eu égard à ce qui est connu de cette maladie. Une petite mise au point s’impose.

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La variole du singe est une maladie provoquée par un virus de la famille des Poxviridae, et plus précisément du genre Orthopoxvirus, qui regroupe plusieurs pathogènes connus comme le virus de la variole ou celui de la vaccine. La vaccine est une maladie qui touche les bovins essentiellement, transmissible à l’homme, chez lequel elle entraîne des symptômes atténués par rapport à la variole, essentiellement l’apparition de fièvre, fatigue et pustules (ou vésicules) sur la peau. Très tôt, le médecin britannique Jenner réalise que l’on pouvait protéger les humains de la variole en leur inoculant des vésicules de vaccine. Le nom de la maladie est depuis devenu celui du procédé : la vaccination. Ce procédé à permis depuis l’éradication totale de la variole et il constitue sans doute l’un des exemples les plus probants de l’efficacité de la technique.
 

La variole du singe est également transmissible à l’homme où elle entraîne aussi, en général, des symptômes très atténués par rapport à ceux de la variole, dont je rappelle qu’elle était associée à un taux de mortalité de ‘ordre de 20 à 40% des cas ! La transmission du virus se fait essentiellement d’un animal contaminé à l’Homme. Il s’agit donc, comme pour la CoViD, d’une zoonose. Le singe n’est d’ailleurs probablement pas le réservoir principal du virus. Ce dernier serait plutôt à rechercher parmi les rongeurs. Dans la nature,le virus n’a d’ailleurs été isolé que du singe ou de l’écureuil d’Afrique. La transmission entre humains est possible. Elle peut se faire par voie aérosol à très courte distance, et par contact, particulièrement avec les fluides corporels, ou les vêtements des personnes contaminées. La plupart du temps, les symptômes de la variole du singe chez l’homme commencent par une fièvre modérée, des maux de tête, de la fatigue, puis se poursuivent par une inflammation des ganglions lymphatiques, et enfin par l’apparition de pustules sur le corps qui peuvent parfois être douloureuses. Ces symptômes dépendent de l’état du patient et de son statut vaccinal. Les personnes vaccinées contre la variole, et qui ont effectué les rappels, sont en général protégées d’une infection sévère par le virus de la variole du singe. La maladie peut cependant être grave chez les personnes immunodéprimées (1).

Devant ce tableau relativement peu inquiétant, on peut se demander pourquoi tout ce bruit autour de cette maladie. Une des réponses pourrait être que la variole et son virus, bien qu’éradiqués, restent sur la liste des pathologies et micro-organismes « utilisables » à des fins de bioterrorisme. Encore faut-il pourvoir s’en procurer ! Il existait officiellement, voilà une vingtaine d’années, deux sites de références où le virus était conservé : le Center for Disease Control (CDC) à Atlanta, Etats-Unis, et le Centre Nationale de Recherche en Virologie et Biotechnologie russe de Koltsovo, ville située en Sibérie, proche de Novosibirsk. En réalité, des lots pourraient aussi avoir été oubliés dans les congélateurs d’autres instituts, comme cela a été le cas à Bethesda, dans le Maryland,, où des préparations virales ont été retrouvées dans un laboratoire de la Food and Drug Administration (FDA), voila 7 ou 8 ans. Mais comme je l’écrivais plus haut, la variole du singe, elle, ne présente pas la dangerosité de la variole. Des traitements sont d’ailleurs disponibles, au delà des traitements à visée d’allégement des symptômes ; il s’agit d’antiviraux déjà approuvés en usage thérapeutique. L’un d’entre eux, le Tecnovirimat, a récemment été utilisé avec succès au Royaume-Uni sur un patient. L’article a été publié le 24 mai dans The Lancet – Infectious Diseases (2). Il reste bien sur à étendre cette étude à davantage de patients pour en vérifier les résultats. La vaccination mettant en œuvre le vaccin contre la variole est également efficace car il confère, en raison de la proximité génétique des virus, une immunité croisée avec la variole du singe. Les personnes âgées de plus de 60 ans ont bénéficié de cette vaccination, et on peut considérer que cette population habituellement « à risque » est donc plutôt protégée. La vaccination est aussi systématiquement proposée aux personnes, cas contact des malades actuels. À noter : on utilise pour cela des vaccins dits de troisième génération, beaucoup plus surs que les vaccins qui ont été utilisés précédemment (première et seconde générations) qui pouvaient entraîner, très rarement, des complications vaccinales sérieuses de type encéphalite ou pathologie cardiaque. Sans que cela soit vérifiable, car ce chiffre est une donnée classifiée, on estime que le nombre de doses de vaccin antivariolique en France est au moins équivalent au nombre de Françaises et Français, soit plus de 70 millions, permettant de répondre rapidement en cas d’attaque terroriste par une primo injection. 

Ce qui surprend dans l’apparition des cas de variole du singe, c’est le fait que certaines des personnes malades ne se sont pas rendues récemment dans des zones où la maladie est endémique, ou n’ont pas eu de contact avec des personnes revenant des ces régions. La zone d’endémisme se situe en Afrique, essentiellement au Nigeria, Cameroun, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo (RDC), mais également au Bénin, Gabon, Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, et Sud-Soudan. En RDC, l’OMS comptabilisait début mai plus de 1 200 cas de variole du singe depuis début 2022, avec un nombre cumulé de décès de 57, soit un taux de mortalité de l’ordre de 5 % (3). Hors zones endémiques, des cas de variole du singe ont été rapportés dans plus de 20 pays, essentiellement en Europe mais également aux États-Unis, au Canada, en Israël et aux États Arabes Unis. En Europe, le nombre de cas confirmés était de 118 au 25 mai 2022, la grande majorité au Portugal et en Espagne (88 cas pour ces deux pays ; 4). Dans la plupart des cas, la transmission s’est faite par voie sexuelle. Le même schéma épidémiologique impliquant une contamination par voie sexuelle se retrouve aux Etats-Unis. A ce jour, l’origine de l’infection n’est donc pas tracée.

Au regard de ces données, il n’y a cependant pas de raison de paniquer. Certes, il est pour le moment impossible de dire comment évoluera la maladieCelle-ci reste de toutes façons largement traitable, tout au moins en Europe. D’ailleurs, sur la centaine de cas rapportés dans l’UE, aucun décès n’a été enregistré. Les agences de santé internationales (CDC, OMS, ECDC) n’ont pas lancé de mise en garde de grande échelle, même si le CDC est en alerte de niveau 2 (« mesures de protection renforcées ») pour les séjours en zones endémiques.

Il reste néanmoins nécessaire de remonter l’origine des clusters de contamination en zone endémique. Une source possible existe, et elle a d’ailleurs été à l’origine d’une « mini-épidémie » de variole du singe en 2003 aux États-Unis. À l’époque, des écureuils et des rats de Gambie avaient été importés d’Afrique aux États-Unis, et certains étaient porteurs du virus qui a ensuite infecté des chiens de prairie. Or ces petits animaux faisaient à l’époque l’objet d’une vogue certaine en tant qu’animaux de compagnie. Ils ont dans de rares cas pu ainsi infecter l’Homme (5). Des campagnes de dépistage, des investigations épidémiologiques et les traitements subséquents ont permis de circonscrire très rapidement la maladie aux Etats-Unis, mais on ne peut exclure qu’un schéma identique puisse en partie expliquer l’émergence de cette maladie en Europe. Il reste également nécessaire d’obtenir les séquences de l’ADN viral pour pouvoir la comparer à celle des virus de variole du singe précédemment isolés, et rechercher de possibles mutations susceptibles d’expliquer une contagiosité plus élevée ou une modification du spectre d’hôtes potentiels. Ces travaux sont sans aucun doute déjà en cours, mais il n’en n’est pas encore fait état dans les publications scientifiques. Lorsque ces données seront disponibles, nous y verrons plus clair dans les raisons de cette réémergence de la maladie en zones non endémiques. En attendant, d’autres cas se déclareront mais sans que cela ne puisse, à ce jour, indiquer que nous serions au début d’une nouvelle épidémie comparable à celle de la CoViD, toujours présente.

Références :

1. Marlyn Moore et Farah Zahra. Monkeypox. StatPearls Publishing. Dernière mise à jour 22 mai 2022.
Consultable en ligne :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK574519/

2. Hugh Adler et coll. Clinical features and management of human monkeypox : a retrospective observational study in the UK. The Lancet – Infectious diseases.
DOI : https://doi.org/10.1016/S1473-3099(22)00353-X
Mai 2022.

3. Donnée de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS/WHO).
Consultable en ligne :
https://www.who.int/emergencies/disease-outbreak-news/item/2022-DON385

4. Donnée du Centre Européen de Contrôle et la Prévention des Maladies (ECDC).
Consultable en ligne :
https://www.ecdc.europa.eu/en/news-events/epidemiological-update-monkeypox-multi-country-outbreak# : :text=A%20multi%2Dcountry%20outbreak%20of,sex%20with%20men%20(MSM).

5. A.-J. Georges, T.Matton, M.-C. Courbot-Georges. Le monkey-pox, un paradigme de maladie émergente puis réémergente. Médecine et Maladies Infectieuses 34, 12-19. Janvier 2004.

Crédit illustration :

Incidence de la maladie hors zone endémique au 25 mai.
Modifié d’après la source ECDC -Voir Ref.4.
 





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