fbpx

Sous le soleil de Sandrine Bonnaire


« Je dois dire que même si l’on ne songe pas à la mort, il est difficile de ne pas y penser quand on passe le cap de la cinquantaine. C’est mon cas. Et pourtant, je reste une éternelle amoureuse. Rien n’est plus beau que d’aimer ! Toutefois, je n’aime pas de la même façon aujourd’hui qu’hier. » (Sandrine Bonnaire, janvier 2022).

_yartiBonnaireSandrine04

L’excellente actrice française Sandrine Bonnaire fête son 55e anniversaire ce mardi 31 mai 2022. J’ai un petit faible pour elle, pour ses prestations dans les nombreux films dans lesquels elle a tourné. Elle n’est pas une star au sens paillettes du terme car elle est plutôt discrète. Rarement dans des comédies, elle a commencé plutôt dans des films au scénario sombre, parfois sordide, elle rayonne sur le cinéma dit d’auteur.

Elle est d’origine modeste, une enfance à Grigny mais un éclat du regard exceptionnel. Pas d’études, une mère dont elle ne veut pas parler car aveuglée par les Témoins de Jéhovah, un père adoré qui est mort trop tôt et une famille nombreuse dont elle a dû s’occuper en partie.

Mais très vite, elle a percé dans le cinéma, un peu par hasard au début. Acceptée pour le rôle principal dans « À nos amours » (sorti le 16 novembre 1983) par Maurice Pialat, elle a été repérée et bombardée sur le devant de la scène avec un César du meilleur espoir féminin 1984 à 16 ans. À l’origine, Sandrine Bonnaire avait postulé pour un rôle de figurante, comme elle l’avait fait dans « La Boum » et « Les Sous-doués en vacances », mais Maurice Pialat, totalement convaincu, totalement épris, l’a prise pour le premier rôle et a même modifié le scénario pour renforcer son personnage. Sandrine Bonnaire l’actrice était née.

Maurice Pialat a travaillé à nouveau avec elle pour « Police » (sorti le 4 septembre 1985), où les stars sont Sophie Marceau et Gérard Depardieu (Sandrine Bonnaire n’a eu qu’un petit rôle), et surtout, son chef-d’œuvre « Sous le soleil de Satan » (sorti le 2 septembre 1987), une adaptation d’un roman de Georges Bernanos qui a eu un grand succès (et la Palme d’or du Festival de Cannes 1987 attribuée à l’unanimité du jury présidé par Yves Montand malgré « Les Ailes du désir » de Wim Wenders également en compétition). Sandrine Bonnaire y joue l’adolescente audacieuse qui vire au tragique, avec Gérard Depardieu en abbé dubitatif.


Sous le soleil de Sandrine Bonnaire

Mais avant « Sous le soleil de Satan », ce fut un autre chef-d’œuvre qui a permis à Sandrine de décrocher son second César, cette fois-ci de la meilleure actrice, en 1986 (ce qui en a fait la lauréate la plus jeune, consacrée meilleure actrice à 18 ans) : « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda (sorti le 4 décembre 1985) fut également un énorme succès. Sandrine Bonnaire y est une vagabonde des temps modernes, traînant d’un milieu vers un autre et finissant (encore) mal (à ses côtés, jouent Yolande Moreau, Macha Méril et Stéphane Freiss).

Dans les années 1990, elle a joué dans de nombreux films d’auteurs. Quatre films ont été l’occasion pour elle d’être nommée quatre nouvelles fois pour le César de la meilleure actrice.

« Monsieur Hire » de Patrice Leconte (sorti le 24 mai 1989), l’adaptation d’un roman de Georges Simenon (mort quelques mois après la sortie du film), avec ce duo bluffant Michel Blanc, un monsieur misanthrope et secrètement amoureux de sa voisine Sandrine Bonnaire qu’il épie, sur fond d’enquête criminelle (avec, dans le rôle de l’inspecteur de police, André Wilms qui a tiré sa révérence il y a un peu moins de quatre mois).

Dans la grande fresque « Jeanne la Pucelle » de Jacques Rivette (sorti le 9 février 1994), Sandrine Bonnaire est Jeanne d’Arc (et elle a même publié « Le roman d’un tournage » chez Jean-Claude Lattès, son propre journal du tournage).

Le film très glauque « La Cérémonie » de Claude Chabrol (sorti le 30 août 1995) met en avant Sandrine Bonnaire (la domestique) et Isabelle Huppert (la postière) dans un contexte bourgeois (la maison de Jean-Pierre Cassel et Jacqueline Bisset et de leur fille Virginie Ledoyen). La domestique est une analphabète honteuse et la postière a de la vengeance à revendre. Cet époustouflant film a été très récompensé, notamment par la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour les deux héroïnes, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, cette dernière emportant aussi le César de la meilleure actrice.

« Est-Ouest » de Régis Wargnier (sorti le 1er septembre 1999) retrace l’histoire très particulière des réfugiés russes de la révolution de 1917, exilés ici en France, et que Staline a autorisé à revenir après la guerre. Sandrine Bonnaire y joue l’épouse russe d’un tel réfugié, Oleg Menchikov, et regrette finalement son voyage en URSS. Catherine Deneuve y tient aussi un rôle important. Il est à noter que ce film est le résultat notamment d’une coopération active entre l’Ukraine et la Russie (les scènes ont été tournées en Ukraine, en particulier à Kiev).

L’actrice a en outre tourné dans des films de Jacques Doillon, André Téchiné, Claude Sautet, Raymond Depardon, Philippe Lioret, Brian de Palma, Claude Lelouch, etc.

À partir des années 2000, Sandrine Bonnaire est moins présente au cinéma, un peu plus à la télévision, et elle s’est investie pour deux causes : l’autisme (sa sœur est « frappée » par une forme d’autisme tardivement diagnostiquée), elle a même réalisé un documentaire très émouvant sur sa sœur « Elle s’appelle Sabine » (projeté au Festival de Cannes en mai 2007, diffusé à la télévision le 14 septembre 2007 et sorti en salles le 30 janvier 2008). Sa sœur a été très mal traitée en hôpital psychiatrique avec des médicaments qui assommaient puis a pu être accueillie dans une structure spécialisée adaptée à sa situation. Sandrine Bonnaire a dénoncé ainsi la manière dont la société se préoccupe des personnes en situation de handicap.


_yartiBonnaireSandrine01

L’autre engagement de Sandrine Bonnaire est la cause des femmes. Elle a été elle-même très violemment agressée par son compagnon qu’elle s’apprêtait à quitter en 2000. Elle l’a révélé dans un livre d’entretiens publié en 2010 (éd. Stock) en précisant qu’elle a été salement amochée puisqu’elle a eu une triple fracture de la mâchoire qui a nécessité une lourde opération chirurgicale, huit dents cassées, etc.

Dans « Le Procès de Bobigny », un téléfilm de François Luciani (diffusé le 29 mars 2006), Sandrine Bonnaire joue la mère d’une fille qui a avorté, reprenant un fait-divers très médiatisé en 1972 (avant la légalisation de l’avortement). Ce fut une affaire très politisée et les deux femmes ont été soutenues par Gisèle Halimi (dans la vraie vie et jouée par Anouk Grinberg dans la fiction). Sandrine Bonnaire a tenté de jouer le mieux possible son personnage toujours vivant (à l’époque du tournage).

Elle a eu aussi un engagement politique auprès de Martine Aubry pendant la primaire socialiste d’octobre 2011, elle a travaillé avec le conseiller culture-médias de la candidate, à savoir le député de Paris Patrick Bloche.

Au-delà des tournages, Sandrine Bonnaire s’est essayée aussi à d’autres arts, en particulier, elle a fait une collaboration avec Jacques Higelin pour une chanson, elle fait aussi de la lecture au théâtre etc. Elle a réalisé un documentaire sur Jacques Higelin (diffusé sur Arte le 1er novembre 2015) et un autre sur Marianne Faithfull (diffusé sur Arte le 2 mars 2018).

Le 1er octobre 2018, Corinne Renou-Nativel, pour « Notre Temps » expliquait pourquoi Sandrine Bonnaire était si aimée de son public. Parce qu’elle est d’abord « lumineuse » avec « son air de défi, son rire craquant d’adolescente délurée », elle « incarne le naturel, la spontanéité et une belle franchise, non dénuée de pudeur ». Parce qu’ensuite, elle est « engagée » (autisme, cause des femmes, contre le racisme, etc.). Parce qu’elle est aussi « courageuse » (origine modeste et famille nombreuse, elle a subvenu aux besoins de ses cadets à la mort de leur père, elle n’a pas porté plainte contre son ex qui lui a fracassé la mâchoire, etc.). Et parce qu’elle est enfin « talentueuse » : « l’une des actrices les plus brillantes de sa génération » qui a joué avec les plus grands réalisateurs de son époque.

Parmi les engagements de Sandrine Bonnaire, il y a aussi les soignants, sujet de l’un des derniers films dans lesquels elle a tourné et qui leur rend hommage en pleine crise sanitaire : « Voir le jour » de Marion Laine (sorti le 12 août 2020) est en effet une adaptation du roman « Chambre 2 » de Julie Bonnie (éd. Belfond, 2013), le premier de ses six romans à ce jour, récompensé par le Prix du roman Fnac (écouter son interview sur France Inter le 11 août 2020).

De Pialat à Lelouch. Je termine sur le dernier film de Claude Lelouch, « L’amour, c’est mieux que la vie » (sorti le 19 janvier 2022). Paradoxalement, Sandrine Bonnaire n’a tourné avec Claude Lelouch que très tardivement : leur premier film commun était « Salaud, on t’aime » (sorti le 2 avril 2014) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Irène Jacob et Pauline Lefèvre. Sandrine Bonnaire a le premier rôle de « L’amour, c’est mieux que la vie ». C’est une bande de copains, d’âge différent, Gérard Darmon, Ary Abittan et Philippe Lellouche. Gérard Darmon a une maladie incurable et va mourir, ses amis veulent lui offrir une dernière histoire d’amour, Sandrine Bonnaire. Dans ce film, d’autres grands acteurs y jouent, en particulier Robert Hossein (c’était son dernier film, qu’il n’a pas vu monté, il est mort juste après son tournage), Béatrice Dalle, Clémentine Célarié, Elsa Zylberstein, Kev Adams, et même Laurent Dassault (qui, lui, n’est pas un acteur, mais un fils de Serge Dassault).

Claude Lelouch a tenté de relier les personnages de tous ses films (celui-ci est son cinquantième film), et dans ce principe, Sandrine Bonnaire est la fille de Lino Ventura, celui de « L’aventure, c’est l’aventure » (sorti il y a cinquante ans, le 4 mai 1972). Sandrine Bonnaire évoquait un tournage joyeux malgré le thème plutôt triste du film. La raison ? La personnalité du réalisateur : « [Claude Lelouch] parle à tout le monde exactement de la même manière. Sa spontanéité gomme toute trace de hiérarchie : il s’adresse de la même façon à un technicien ou à une star. Pour ma part, je trouve cela très bien. ».

Il y en a qui vieillissent mal. Incontestablement, Sandrine Bonnaire vieillit bien.
Bon anniversaire !

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Sandrine Bonnaire.
Jacques Morel.
Romy Schneider.
Marnie Schulenburg.
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBonnaireSandrine03
 





Lire la suite
www.agoravox.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.