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De l’essence existentielle de l’humain sur Terre – L’esprit du monde dans le devenir de l’homme


 Qui ne s’est pas posé la question sur son essence, ou « qui est-il ? » Certes, la réponse est « je suis un être humain », mais pas de réponse sur ce qu’il est réellement ; il « est » simplement, il est créé « être » avec des facultés de compréhension humaine ; il est donc humain, c’est tout ce qu’il peut dire et ça lui suffit parce qu’il ne peut aller au-delà. En clair, dans l’absolu, il ne se sait pas, il ne se sait que par sa conscience et, à travers elle, ce que sa pensée lui dit. Il est donc être, conscience et pensée, un triptyque, un peu comme un bios d’un ordinateur, mais un ordinateur biologique fait d’essence divine.

Oui, dans notre absolu humain, nous savons ce que nous sommes, nous sommes réels ; dans l’absolu dépassant ce que l’être peut dépasser, nous ne savons pas exactement ce que nous sommes. Certains peuvent même dire que nous n’existons pas réellement, bien sûr cela dit en absolu toujours de l’humain. Et ils n’auront pas tort de le dire puisqu’ils avancent que ce que leur pensée leur donne de leur être, du sens de leur être. Et là, on ne peut les contredire que d’accepter ce qu’ils disent d’une vérité possible puisque nous-mêmes ne pouvons dire que nous existons que parce que notre pensée s’impose à nous et témoigne que nous existons. Et cela suffit pour être, y compris ceux qui pensent le contraire puisque tout compte fait nous dépendons de nos pensées pour être.

L’homme sensé dira qu’ils perdent leur temps, leur pensée ne leur est pas accessible. Donc le sensé a raison en fin de compte de penser que ceux qui veulent penser, libre à eux de penser ; le dilemme qui se pose pour l’homme sensé est que lui aussi pense sa pensée, bien sûr tout en étant conscient qu’il n’a pas besoin de trop penser.

Si nous regardons l’absolu humain, i.e. entre le sensé tout court ne cherchant pas trop penser et celui qui cherche à penser sa pensée, c’est que tous les deux pensent leurs pensées. Et toujours dans l’absolu relatif vu que l’Absolu réel n’est pas et peut être accessible à l’être humain, dès lors, celui qui disant n’est pas très sensé dans le sens qu’il cherche trop, qu’il cherche à comprendre et se comprendre, est-ce lui qui pense sa pensée ? « Et si c’est sa pensée qui pense en lui ? Qu’au fond il n’y est pour rien, dans le sens qu’il n’est pas fautif parce qu’il pense trop, c’est plus fort que lui, il pense sa pensée ; il cherche sa pensée, et sa pensée le guide à elle. Aussi peut-on, celui qui perd son temps à chercher – selon le raisonnement du sensé qui se suffit à lui-même – n’est pas mû par lui-même mais par quelque essence en lui qui le commande ; donc il n’est pour rien s’il pense plus qu’il ne doit penser. »

Prenons maintenant le sensé qui lui n’a pas besoin de penser, il pense tout simplement, et il pense l’utile, le terre à terre, il est pratique ; il pense tout simplement et surtout qu’il fait, qu’il travaille, qu’il vit bien ou mal, peu importe ; il pense l’essentiel, il peut se remettre en question, il peut même gémir sur soi, il n’est pas heureux, mais il laisse passer, il n’a pas le choix, il relativise ou non, mais cela s’arrête là. La pensée globalement ne signifie rien pour lui. Nous ne prenons pas en compte celui qui a fait de longues études ou celui qui a fait moins, peu importe où il s’est arrêté, peu importe l’échelle sociale, qu’il soit riche, pauvre, de classe moyenne, ou haut placé, tous se sentent très sensés et n’ont pont besoin de pensées profondes sur l’essence de leur être. Ils sont ce qu’ils sont, et cela relève de leur nature comme celui qui pense trop sa pensée ou inversement c’est sa pensée qui le fait trop penser, cela aussi relève de sa nature. Il n’y a donc que la Nature qui est à l’œuvre dans l’humain.

Se pose la question entre les sensés qui pensent utile, pratique et les penseurs qui pensent beaucoup c’est plus fort qu’eux ; cela ne signifie pas que ceux qui pensent beaucoup ne sont pas sensés, bien au contraire ils peuvent être même plus sensés dans le sens qu’ils sont plus sensibles, plus responsables des problèmes du monde. Mais il demeure qu’il existe une différence entre les êtres qui pensent.

La pensée est « une », et elle l’est pour tous les êtres humains de la terre quelle que soit leur race, leur ethnie, leur religion. Tous les êtres humains pensent leur pensée, la même pensée pour tous, mais ils la pensent différemment ; ce que nous avons dit dans l’absolu humain sur celui qui cherche à penser sa pensée, qui est bien sûr sensé et donc « sensé pensant », peut-on le définir ainsi pour le distinguer du « sensé tout court, qui pense utile, qui est pratique », que même celui qui ne s’embarrasse de questionnement sur sa pensée, ne fait au final que suivre sa pensée.

Ce qui signifie que tant les êtres « sensés pensants » que les êtres « sensés tout court » sont tous deux assujettis à leurs pensées ; qu’ils pensent leurs pensées comme elles leur enjoignent de penser. En clair, ni les êtres sensés pensants ne sont libres de leurs pensées, ni les sensés tout court ne sont libres de leur pensées. C’est comme si la pensée s’adapte à chaque être, et fait d’eux ce qu’ils sont. Et ce point est très important, ce ne sont pas les hommes qui font leur pensée mais la pensée qui fait les hommes.

La seule différence, c’est l’approche que fait la pensée en eux, soit elle les fait trop penser soit elle les fait penser moins. Et cette vision de l’être humain est capitale dans la compréhension de notre humanité, de notre évolution. Pour étayer cette approche, prenons, par exemple, un être qui est devenu criminel. Dans les documentaires d’histoires vraies, souvent des criminels déclarés sains d’esprit, donc responsables de leurs actes par des experts, racontent, en plein tribunal, qu’ils ne savent pas pourquoi ils ont commis leurs crimes. Ou devant l’horreur de leurs crimes, ils se taisent, presque s’ils ne sont pas présents dans les salles de tribunaux. Ces criminels ne sont pas fous, pourtant ils commettent des crimes horribles que la raison n’arrive pas à accepter, et sont jugés par des experts psychiatriques sains et responsables de leurs actes. Mais quelle force de la pensée les a amenés à commettre de tels crimes ? Est-ce la pensée qui leur a intimé de commettre des crimes consciemment ou inconsciemment ?

 La question se pose : « La pensée peut-elle être perverse ? » Il est évident que la pensée, dans l’absolu humain, ne peut être perverse puisque la pensée est l’essence par laquelle l’être est être, elle le fait mouvoir, le fait penser pour que, en lui faisant prendre conscience de sa réalité humaine, il puisse posséder toutes les facultés pour assurer son existence. C’est la « pensée » qui ouvre à l’homme le monde et tout ce qu’il y a dans le monde, évidemment à son échelle, en rapport strict avec sa nature humaine. L’homme ne peut savoir plus qu’il ne doit savoir, e qui nous fait dire que l’homme n’est pas seulement « pensée ».

 Il est évident qu’il relève du Sculpteur et Créateur du monde. L’homme est sa création, l’humanité et l’univers et tout ce qui y existe ou n’existe pas dont il ne sait rien relève de cette « Instance Suprême du Monde ». Que l’homme croit on ne croit pas importe peu, il est toujours un « résultat de la Création », mais « assujetti à sa pensée qui lui est donnée libre. »

Cependant, avant d’établir ce qui a mû cet être à devenir un criminel ou un pervers sadique, il est bon d’énoncer que cette conceptualisation, on la retrouve chez Aristote, dans le livre de la Métaphysique, l’auteur consacre lui aussi que la pensée qu’elle vient de la Pensée du monde. La notion de la connaissance pour lui n’est pas seulement une représentation du monde, elle est identification du monde ; l’être humain ne peut être extérieur au monde, l’extériorité n’est qu’une situation d’existence ; le monde est dans la pensée de l’être. De la naissance à la prise de conscience, la pensée est à l’œuvre dans tout ce qui lui fait prendre conscience du monde. L’être humain, en devenant, est alors une intériorité extériorisée, une pensée pensante le monde.

 Le cœur de l’analyse aristotélicienne repose dans la « noêsis noêseôs » la « pensée de la pensée », qui ne signifie en fait que l’Esprit du monde, Dieu. Si Plotin a essayé de réfuter Aristote, en affirmant que « l’Un est l’origine absolue du monde, de lui comme principe que sont nés tout ce qui est du monde, et donc tous les êtres, que l’Un n’est ni être ni un être ni ne peut être une Pensée, ni la Pensée de la pensée, que Principe, il est étranger à tout ce qui dépend de lui », il demeure qu’il n’a fait que chercher à être plus aristotélicien que Aristote. Et cela lui a été permis par la pensée de la Pensée du monde.

 Qu’en fait, la contradiction avec Aristote n’est qu’apparente, puisque Plotin ou Aristote n’ont énoncé que ce qu’ils avaient en puissance en eux, leurs pensées dont ils ne savent rien et leur venant de la Pensée du monde, i.e. Dieu. L’Un, la Pensée du monde, la Pensée de la pensée des êtres vivants humains ou non, vivant de l’intellect qui réfléchit ou de l’intellect instinctif des animaux ou des plantes sans intellect mais agissent aussi sur l’écosystème par leur essence d’être en eux-mêmes. Donc la Pensée du monde ou l’Intelligence qui créé et régit le monde, et tout ce qui est conceptualisé se réfère au Sculpteur-Créateur de l’univers, i.e. la Puissance divine. Aucun être humain n’est par lui-même, sinon par la Pensée de la pensée dont les humains sont, qui leur permet de s’identifier à eux-mêmes et au monde qui les entoure.

 Ce point vu, revenons à l’être humain qui a commis un crime, et combien même il dit qu’il ne sait pas pourquoi il l’a commis, ou ne dit rien, c’est parce que des forces négatives sommeillent en lui, vivent en lui. Quand un être passe à l’acte criminel, qu’il sait ou ne sait pas qu’il commet un acte criminel, il demeure qu’il obéit à ses penchants criminels. La question se pose : « pourquoi ses penchants criminels ? » Dans la vie, des sentiments de toutes sortes ont été vécus dans les différents moments de son existence ; des joies, des souffrances, frustrations, des désirs, etc. ont été accumulés, et ont fait de l’être humain un composé de bonnes et de mauvaises pensées ; tout ce qui se passe en l’être humain passe par ses pensées, tous les affects de son existence sont mémorisés dans son inconscient, et ce en rapport des contextes existentiels

Dans l’existence humaine, il existe un principe de base qui non seulement régit la vie de l’être humain, mais donne le sens de l’existant à l’humain Ce principe reposant sur le dualisme « bien-mal » non seulement est sous-jacent à son être mais commande tout acte de son être ; l’être humain peut faire du bien comme il peut faire du mal, et ce consciemment ou inconsciemment. Et c’est ce qui fait, par ce principe qui est en fait une instance par laquelle les penchants d’un homme sont jugés bons, ou sont jugés mauvais. Et là encore, l’homme n’y est pour rien, ses penchants sont innés, donc hérités, sont donnés ; l’homme ne s’est pas conçu par lui-même, mais a été « conçu » par le Créateur des mondes. Il peut être intelligent, peu intelligent ou simplement normal ; il peut être envieux, méchant, bon, généreux, dur, soumis, tolérant, intolérant, coléreux, anxieux, patient, impatient ; tous ces traits lui sont donnés, ils constituent des caractères.

L’homme donc ne choisit pas son caractère ; il est son caractère, qui est propre à lui, il peut être foncièrement bon, comme il peut être mauvais, et entre ces types extrêmes de caractères, il existe une infinité de caractères. Et c’est ce qui différentie les hommes, et leur permette de vivre en communauté. Les traits de caractères durs, mauvais chez les uns peuvent s’atténuer voire s’estomper au contact des êtres bons qui sont au plus grand nombre. Il existe donc une complémentarité innée et donnée aux hommes dans le vivre-ensemble, et ce dans toutes les communautés du monde. 

L’être humain n’est pas seulement armé au-dessus de tout de la pensée, de l’état de nature qu’est le bien et le mal, il a par sa pensée même une liberté par laquelle il se détermine ; il est donc un être humain complet, capable de prendre conscience du monde, de « s’identifier lui-même et à lui-même », en tant qu’une partie du monde dans ce monde qui est son monde.

 Si l’être humain devient criminel, il demeure que, quelle que soit la conjecture qui l’a fait devenir ce qu’il est devenu, la seule réponse rationnelle est que tout acte positif ou négatif est inscrit dans son essence. Pourquoi ? S’il n’existait pas de criminel, là aussi on se réfère au mal, s’il n’existait pas le mal, le bien n’existerait pas ; l’humanité n’aurait pas de sens pour exister. L’essence de l’être humain dans l’existence est un « tout » dans la lutte constante du bien contre le mal. Et c’est la raison pour laquelle on a posé plus haut le concept de « sensé pensant » et le « sensé tout court, pensant l’utile ».

Le premier pense sa pensée parce qu’il veut comprendre dans son libre-arbitre sa pensée, le second pense aussi dans son libre-arbitre sa pensée, sans aller au-delà de sa pensée, de comprendre sa pensée. Pourquoi l’un va plus que l’autre ? La réponse vient de l’essence existentielle dans les humains. Dans les deux cas, ils sont ce qu’ils sont et ne peuvent être autre que ce qu’ils sont. Cependant le « sensé tout court, pensant l’utile » peut penser comme le savant, ce qui signifie que dans son domaine il peut exceller. Aussi peut-on dire qu’il n’y a pas véritablement une frontière entre les sujets pensants.

La seule catégorisation que l’on peut faire des sujets pensants est que, par le libre-arbitre, le sensé pensant peut être le savant, le chercheur ou l’intellectuel qui réfléchit son être et le monde, et souvent, tout en étudiant la science, quel que soit le domaine étudié, le sensé pensant ne prend pas conscience qu’il est mû par une pensée qui découvre, qui balise la voie au progrès humain.

Newton, en voyant une pomme tomber, ne s’est-il pas trouvé à penser pourquoi la pomme tombait sur sa tête alors qu’une feuille d’un arbre tombait plus lentement et même de terre pouvait être soulevée par un simple vent. Aussi peut-on dire que c’est la pensée de Newton qui a construit toute la théorie sur les lois de l’attraction terrestre.

Pasteur, pour ne citer que ces deux savants qui ont fait avancer le progrès de l’humanité. Comment Pasteur a-t-il découvert le vaccin contre la rage ? Quand on sait que la maladie de la rage, qui, commune à l’époque, était effrayante ; une fois déclarée, elle était inéluctablement mortelle. Qu’a-t-il fait Pasteur ? Il a observé les chiens malades de la rage et a tenté des expériences sur d’autres chiens sains, en leur inoculant le virus de la rage (prélevé de la bave des chiens malades). Surveillant la durée de l’incubation, constatant que des chiens traités à ce virus guérissaient, il a tenté l’expérience sur des êtres humains touchés par la rage (mordus par des chiens enragés) et qui devaient mourir ; inoculant chaque jour une dose de virus plus forte à Joseph Meister, fils d’un berger alsacien de neuf ans, Pasteur parvint à le sauver ; c’est le premier humain sauvé de la mort par le vaccin de la rage. Le savant a provoqué un prodige qui a été de trouver le vaccin pour protéger et guérir une des maladies les plus affreuses pour les êtres humains.

Newton et Pasteur était de formidables « sensés pensants » ; ils ont chacun pensé inlassablement leurs domaines respectifs ; ce sont en fait leurs pensées qui leur ont amenés pas à pas à leurs découvertes ; en clair, dans l’absolu humain, ce ne sont pas Newton ou Pasteur qui ont découvert, et bien que ce soit eux, mais leurs pensées qui ont découvert et enrichi le progrès humain.

Aussi peut-on dire que c’est dans leurs pensées qu’est venue l’« intuition », déjà préparée par leur conscience, par leur recherche inlassable, à arriver ce à quoi ils sont arrivés. Force de dire que l’être humain est un « tout divinement organisée » ; de plus, qu’ont-ils découverts les deux savants si ce ne sont des « processus existants déjà à l’état naturel » sauf que la Pensée du monde qui régit la pensée humaine ne leur avait pas encore révélé, et ne l’a opéré que tardivement, au XVIIIème siècle pour Newton et au XIXème siècle pour Pasteur.

On comprend que, dans l’Absolu suprahumain et seulement dans l’Absolu qui n’est pas accessible à l’humain, qu’il n’y a pas de hasard, que tout ce qui est dans l’univers est régi par un principe « ordonnateur » métaphysique suprême relevant du Sculpteur-Créateur des mondes. Et la seule rotation de la Terre, par sa formidable précision, de surcroît dans le « vide sidéral », attenante à aucune force ou soutien visible, uniquement par le seul complexe attractif et répulsif qui lie en équilibre les sphères célestes, est suffisante pour montrer qu’il n’y a pas de hasard, que le monde est divinement structuré. A l’instar du monde matériel, l’existence des hommes, leur évolution, les guerres qui les poussent à se combattre, et tout événement bon ou mauvais qui les traversent ont leur raison d’être. Rien n’est fortuit, tout relève d’une « Raison pure ordonnatrice ».

On peut se poser des questions sur les événements et malheurs que vivent les peuples et sont foison aujourd’hui dans le monde. A voir l’Ukraine aujourd’hui. Après des guerres un peu partout dans le monde arabe et ailleurs, et les révolutions colorées jusqu’au Printemps arabe, passant par la Pandémie du Covid-19, tout a un sens dans la marche du monde. Et pour ne citer que les Deux Guerres mondiales, sans elles, la décolonisation de l’Afrique et de l’Asie n’aurait pas été possible ; les Africains comme les Asiatiques auraient encore végété sous la colonisation. Ceci n’est pas simplement un constat que le progrès est inscrit dans la marche du monde, il est ce pourquoi doit être le développement du monde.

Tout humain qu’il concerne l’homme ou les peuples relève d’un Principe supérieur, inaccessible, qui ne peut être pensé que par la conscience. Le philosophe français Henri Bergson en parle, dans son livre « La Pensée et le Mouvant. Essais et Conférences ». On lit page 55. « Le métaphysicien travailla donc a priori sur des concepts déposés par avance le langage, comme si, descendus du ciel, ils révélaient à l’esprit une réalité ultrasensible. Ainsi naquit la théorie des idées platoniciennes. Portée sur les ailes de l’aristotélisme et du néoplatonisme, elle traversa le moyen-âge ; elle inspira parfois, à leur insu, les philosophes modernes. Ceux-ci étaient souvent des mathématiciens, que leurs habitudes d’esprit inclinaient à ne voir dans la métaphysique qu’une mathématique plus vaste, embrassant la quantité en même temps que la qualité. »

Henri Bergson n’a pas si bien dit que les concepts déposés par avance dans le langage sont réellement déposés dans l’être humain, « soufflés » par la Pensée du monde dans l’esprit de l’homme. L’homme, au final, n’est qu’un esprit dont l’homme ne sait rien de lui ; il l’appelle esprit venant de l’Esprit du monde, dont il ne sait rien également de Celui-ci. Mais cela n’a pas empêché l’aristotélisme comme le néoplatonisme, des idées qui ont traversé le moyen-âge parce qu’elles devaient « traverser » le moyen-âge, et être transmises au monde d’hier et d’aujourd’hui ; en somme des idées qui viennent des Idées éternelles dont l’humain ne sait rien.

Ce que dit Henri Bergson sur les mathématiciens à ne voir dans la métaphysique qu’une vaste mathématique embrassant de l’infinitésimal aux univers galactiques. Aussi peut-on dire que tout est mathématique dans l’univers et donc dans l’humanité.

 Dans les pages 56 et 57, Henri Bergson développe un sujet sur Dieu. « Qu’Aristote en soit venu à fondre tous les sujets, et à poser comme principe d’explication universel une « Pensée de la Pensée », proche parente de l’idée platonicienne du Bien, que la philosophie moderne, continuatrice de celle d’Aristote, se soit engagée dans une voie analogue, cela se comprend à la rigueur. Ce qui se comprend moins, c’est qu’on ait appelé Dieu un principe qui n’a rien de commun avec celui que l’humanité a toujours désigné par ce mot. Le Dieu de la mythologie et le Dieu du christianisme ne se ressemblent guère, sans aucun doute, mais vers l’un et vers l’autre montent des prières, l’un et l’autre s’intéressent à l’homme : statique ou dynamique, la religion tient ce point pour fondamental. Et pourtant il arrive encore à la philosophie d’appeler Dieu un Être que son essence condamnerait à ne tenir aucun compte des invocations humaines, comme si, embrassant théoriquement toutes choses, il était, en fait aveugle à nos souffrances et sourd à nos prières. En approfondissant ce point, on y trouverait la confusion, naturelle à l’esprit humain, entre une idée explicative et un principe agissant. Les choses étant ramenées à leur concept, les concepts s’emboîtant les uns dans les autres, on arrive finalement à une idée des idées, par laquelle on s’imagine que tout s’explique. A vrai dire, elle n’explique pas grand-chose. »

 Comprendre par sa pensée ce qu’elle a voulu bien lui dire sur Dieu, un Être que son essence condamnerait à ne tenir aucun compte des invocations humaines, comme si, embrassant théoriquement toutes choses, il était, en fait aveugle à nos souffrances et sourd à nos prières, relève essentiellement de la pensée de Bergson. Cependant, au-delà de la justesse de toute pensée, ce que pose Bergson ici est une question qui touche directement la condition humaine, et, à travers celle-ci, l’essence existentielle de l’humain sur terre.

 Reposons autrement la question sur Dieu. Peut-on penser réellement que Dieu est aveugle à nos souffrances et sourd à nos prières ? Et pourquoi le pensons-nous ? Et comment le pensons-nous ? N’est-ce pas que c’est, par son attribut que Dieu nous octroie la pensée ? N’est-ce pas que Dieu est plus proche de nous que nous avec nous-mêmes, par cet attribut qu’il nous octroie et aussi ce corps par lequel nous nous mouvons ? Qu’on oublie que l’on se meut avec et par nos pensées ; que l’on est agissant par nos pensées et seulement nos pensées qui impactent notre corps ? Que l’on nourrit ou que l’on se nourrit ou que l’on existe, c’est avant tout grâce à toutes les richesses que la Pensée du monde a mises au service de l’homme pour profiter des bienfaits du monde.

Et nos souffrances, les doit-on à Dieu, à l’Esprit pensant de l’Univers ? Ne la doit-on pas à aussi nous-mêmes, à nos semblables ? L’Esprit de Dieu a créé l’esprit de l’homme et lui a donné une existence spirituelle et matérielle, donc avec un corps, une pensée, un sens entre le Bien et le Mal, un libre-choix, qui sont tous nécessaires dans son existence sinon l’homme ne pourrait exister. Mais qui commet le mal ? N’est-ce pas l’être humain ? Qui commet le bien ? N’est-ce pas l’être humain.

Que Thomas Hobbes dise : « L’homme est un loup pour l’homme, ou la guerre de tous contre tous. », (Le Léviathan). Non, la guerre de tous contre tous n’est pas possible, elle enlèverait tout sens au sens existentiel de l’humanité. L’humanité n’a pas été créée pour s’entre-dévorer. Ce sont seulement des visions pessimistes ; certes le combat est nécessaire pour survivre, pour vivre, et généralement le combat est pacifique dans le quotidien des êtres humains, par le travail, par toute activité rémunératrice, mais, en guerre, le combat pour s’anéantir n’est pas donné à l’homme sauf si sa pensée l’ait ordonné. En fait ce n’est pas lui mais l’Esprit du monde qui l’a décrété ; l’homme, en s’anéantissant, n’aura été qu’un exécutant de sa propre mort, de sa propre disparition ; et c’est cela que les humains doivent comprendre, en particulier ceux qui ont la haute main sur les affaires du monde.

 Tout être humain est conscient de lui-même, logique avec lui-même, comprendrait que son existence terrestre n’est pas aléatoire, qu’elle ne peut se « dilapider » par le mal ; il comprendrait aisément que chaque jour que Dieu fait, que le soleil se lève est un baume intérieur à l’être humain, une renaissance quotidienne de son être, pour son être. Que si les souffrances et les laideurs sur terre sont un passage obligé, il y a aussi le bien, et à défaut du bien, il y a l’espoir qui fait espérer le bien.

Tout être humain, libre ou non, quelle que soit sa situation, constaterait que ce processus est inné en nous, que cette harmonie sur terre qui va, au-delà de ce que nous sommes, nous est nécessaire. Elle est en nous, grâce à notre pensée en notre intérieur qui en témoigne. Surtout que l’être humain n’a pas choisi sa destinée ni n’a demandé à venir sur terre ; il est, il existe simplement.

 Mais le « qui sommes-nous en fin de compte nous échappe ? De même, le sens de notre existence nous échappe sinon que nous vivons, que nous égrenons le temps de nos existences selon ce que nous sommes et les vicissitudes l’existence à laquelle nous sommes quotidiennement confrontés. » Mais l’humain est ce qu’il est ? Qu’il soit riche, pauvre ou malade, confronté à l’adversité, il doit savoir qu’un Esprit est près de lui ; quelles que soient les vicissitudes, il n’est pas abandonné, et surtout qu’il existe ; qu’il pense par cet Esprit qui ne peut que nous transcender, qu’il est au-dessus de nous ; que nous ne voyons pas mais Lui nous voit.

Que l’on y croit à cet Esprit ou que l’on n’y croit pas, il va de soi que pour l’Esprit, cela lui est égal puisque nous n’existons que par ce qu’il a mis en nous. Et surtout l’être que nous sommes ne doit pas oublier que la vie, l’existence n’est qu’une parenthèse sur terre et nous sommes redevables vis-à-vis de l’essence existentielle de l’humain qui elle n’est pas une parenthèse, elle est éternelle, elle est notre mémoire de notre vécu.

Mais combien d’êtres humains pensent ainsi, probablement la multitude des êtres humains, et à leurs façons, à leurs croyances qui leur sont inculquées par l’Esprit du monde, sinon l’existence terrestre n’aurait pas de sens. Et combien qui ne pensent pas ainsi et pensent que la vie est tout court la vie, recherchant le plus souvent les plaisirs terrestres, le pouvoir et la richesse. Mais ces êtres sont ainsi ne pensant pas que la vie est finitude, que la vie n’est pas que cela.

Mais est-ce leur faute puisqu’ils sont ainsi ? Aussi peut-on dire que la vie est cela pour les uns et pas cela pour les autres. Précisément, c’est là le sens de l’existence, la confrontation « décrétée » de l’humain d’être et de ne pas être ; pour les uns d’être dans le paraître, dans le monde de l’immédiat, pour d’autres d’être dans le monde réel, le monde pensé tel qu’il est avec ses laideurs et malgré tout avec son harmonie. Le monde ainsi conçu doit se repenser ; le pourrait-il ? Il le pourra parce que l’essence existentielle de l’humain « sécrétée » par l’Esprit du monde dans l’esprit de l’homme est infinie et capable de l’élever toujours plus haut.

Qui aurait dit que l’humanité atteindrait le monde moderne d’aujourd’hui, maîtrisant les airs, les mers et la terre, lui « révélant » la puissance de l’arme atomique, lui interdisant par ce biais toute guerre mettant en danger l’humanité, et de plus en plus l’amenant vers la découverte d’autres planètes. Le prodige de la science dans l’esprit, la pensée de l’homme ? N’est-ce pas l’Esprit du monde dans l’esprit de l’être qu’il a créé sur terre qui est en train de l’orienter ? Que sera l’humanité dans 100 ans ? Elle ne se reconnaîtra pas ; ce sera un monde complètement nouveau. Tel l’Esprit du monde dans le devenir humain.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
relations internationales et Prospective

 





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