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Ceci n’est pas un masque



Ceci n'est pas un masque

Le huitième Roi des Belges, Philippe Premier, et son épouse, la Reine Mathilde, en visite officielle en République Démocratique du Congo (RDC), ce 10 juin 2022, ont remis au Président Félix Tshisekedi (Premier), en geste de repentance belge pour l’époque coloniale congolaise, un masque[1] congolais, appelé Kakuungu, de la tribu des Yaka-Suku, que détenait depuis 1954, le Musée Central Belge d’Afrique de Bruxelles[2].

La visite royale de l’arrière-arrière-petit-neveu du Roi des Belges, Léopold II, souverain de l’Etat Indépendant du Congo (EIC de 1885 à 1908, suite à la Conférence de Berlin de 84-85) et la remise du masque avaient d’abord été reportées à cause de la crise de la Covid 19, du confinement et …… du port obligatoire du masque. Elles furent ensuite retardées à cause de la guerre de « Poutine en Ukraine ». Ce masque sera conservé au Musée national de la RDC (MNRDC) à Kinshasa, inauguré en 2019 financé grâce des fonds sud-coréens de la KOICA, l’Agence coréenne de coopération internationale[3].

 

Cet événement hautement symbolique, chargé de l’histoire coloniale belgo-congolaise pré-indépendance de la RDC, a un peu éclipsé la visite du couple royal belge dans le Sud – Kivu, à la clinique du Dr. Denis Mukwege à Mpanzi-Bukavu.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, le Dr. Mukwege est le héros du film documentaire belge « L’homme qui réparait les femmes » de Thierry Michel[4] et Collette Braeckman (The Man Who Mends Women : The Wrath of Hippocrates) sorti en avril 2015. Ce film retrace les remarquables initiatives du Dr. Mukwege pour soulager les souffrances des populations de la région des Kivu, Nord et Sud (Est de la RDC) et cela en collaboration avec l’Université Libre de Belgique. Cette collaboration a concerné et continue toujours de concerner spécialement des femmes victimes de l’effroyable arme de destruction massive qu’est la « pratique » du viol, comme stratégie de guerre. Ces femmes sont les principales victimes innocentes des conflits incessants que les « voisins » de la RDC lui infligent en continu depuis près de 30 ans.

Le Dr Mukwege a reçu, parmi d’autres reconnaissances internationales, le Prix Sakharov en 2014 et le Nobel de la Paix en 2018[5] …. IL avait prononcé, à l’occasion de la remise de « son » prix Nobel, un discours devenu d’autant plus célèbre que resté lettres mortes et sans le moindre effet concret. Cela se passait à Stockholm devant un parterre des plus hautes personnalités de la Communauté Internationale, amie des peuples Congolais. Cette allocution lui avait valu des applaudissements généralement nourris et enthousiastes. Y compris, ceux de l’ex-Ministre belge, Louis Michel[6], inévitablement présent, mais qui étaient, eux, plus « polis » et moins « chaleureux ». Le Dr. Mukwege citait les malheurs des populations congolaises subis depuis 1994 à la fin du génocide des Tutsi du Rwanda qui avait fait, rappelons-le, entre 800.000 et 1.200.000 morts principalement Tutsis et accessoirement Hutus modérés, en moins de 100 jours, suivant les chiffres de l’ONU. Très (trop) diplomatiquement …. ? Le Dr. Mukwege faisait référence au Mapping Report[7] de Navanethem Pillay[8] (United Nations High Commissioner for Human Rights), perdu dans un tiroir de l’ONU à New York, depuis 2010. Dans cet appel pathétique, il faisait allusion aux « pays étrangers » qui pillaient l’Est de la RDC (coltan, or, diamants, etc.) sans citer ni l’Uganda, ni le Rwanda, ni les autres pays « intéressés » de la Communauté Internationale.

 

Maintenant le Dr. Mukwege est sorti audacieusement de l’environnement prudent dans lequel les tentatives d’assassinat dont il a déjà été victime, à plusieurs reprises, l’avaient confiné.

 

Il est vrai qu’il faut se souvenir des morts que l’industrialisation forcée de l’EIC a coûté à la population congolaises sous le pouvoir de ceux-là même qui en Europe faisaient aussi subir des traitements dégradants à leur propre peuple (mines, sidérurgie, industries textiles, répressions sanglantes des grèves, guerres, etc., etc.). Il faut garder en mémoire ce qui a été imposé, par les puissances dominantes de l’époque, à des peuples entiers asservis par des systèmes socio-économiques et culturels dont les avantages n’allaient qu’aux profiteurs et non à ceux qui étaient acteurs « sacrifiés du progrès » (traitements inhumains, injustes et cruels, travaux forcés et exécutions sommaires des réfractaires, chicottes et mains coupées). Ne pas se remémorer des migrations forcées de populations déracinées, des interdictions des pratiques culturelles, de la répression des velléités de liberté ou d’indépendance. (Ngongo Lutete, Batetela, Simon Kibangu, etc.) est un fait blâmable dont il faut faire objets de remémorations et de réflexions.

Si l’acculturation peut plaire et offrir les « avantages de la déculpabilisation » aux yeux des ex-colonisateurs, comme par exemple « Les troubadours du Roi Baudouin » et leur « Missa Luba »[9], ou encore le film « The Kinshasa Syphonic Orchestra »[10] et ses interprétations émouvantes de l’« Hymne à la Joie »[11] et des « Carmina Burana », la discrimination culturelle a fait, heureusement, que les polyphonies des Pygmées Batwa, par exemple, n’ont jamais pu se « métisser » en Europe ….. comme avaient pu le faire les Akas, et autre Pierre Akendengué de Lambaréné.

Il est également vrai que l’analyse de certains événements du passé peuvent amener à, un constat qui pourrait être stupéfiant. Que penser par exemple du cas de la vaccination antipolio dont il est question dans le livre « La rivière » d’Edward Hooper[12] et Bill Hamilton (ISBN-10 : 1-904690-46-7 / ISBN-13 : 978-1-904690-46-7)[13] édité originalement en 1999 (+/- 600 pages),réédité en 2011 (+/-1070 pages) et 2021 (+/- 1.150 pages). Un millions de personnes ont été vaccinées en moins de 2 ans dans la vallée de la Ruzizi (entre la RDC – Kivu Sud et le Ruanda-Urundi), vers la fin des années ‘50. Etait-ce une campagne d’essais des vaccins Salk, Sabin, et/ou Koprowski, via l’université de Lubumbashi (créée en 1955 par l’Université Libre de Belgique)[14] ? Cette campagne a-t-elle été véritablement condamnée par l’OMS ? L’hypothèse Hooper – Hamilton du lien de cette vaccination avec la pandémie du SIDA est-elle définitivement écartée ?

 

Le prétexte de l’universalité du mal, de la constance de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’existence persistance du désir de dominer, ne peut en rien diminuer les attitudes actuelles vis à vis de ce qui s’est passé au Congo belge-Congo-Zaïre et ce qui passe sous nos yeux actuellement en RDC.

Car, comme l’a dit le Dr. Mukwege, lors de la visite royale belge à Mpanzi :« Il y a d’autres urgences que le passé ». Evidemment, les assassinats de Patrice Lumumba, de Dag Hammarskjöld, de Moïse Tshombé, de Melchior Ndadaye, de Juvénal Habyarimana, Cyprien Ntaryamira, de Kisito Mihigo, Patrick Karegeya et de tant d’autres, anonymes, ont, avec le recul du temps, déjà perdu de leur impact.

Cependant il faudrait se souvenir, également,

1 – de l’« entrevue » que Paul Kagamé avait accordée, en février 2016, à la BBC où il avait été mis en difficulté par Stephen Sackur, avouant, implicitement, qu’il était le commanditaire de l’assassinat d’Habyarimana, événement déclencheur du génocide[15] :

« Stephen Sackur (BBC)  : Mais vous n’aviez pas le droit de descendre son avion et de l’assassiner ! (Habyarimana) ….. croyez-vous que vous aviez le droit de l’assassiner ?

 Le Président Paul Kagame : Eh bien j’avais le droit de me battre pour mes droits !

…… Je dis que nous étions dans une situation de guerre. Mais ceci n’a rien à voir avec l’assassin de Habyarimana. Je ne traiterai même pas de ce sujet.

S. S. :…. Excusez-moi de vous interrompre … Mais vous étiez en négociation de paix avec lui à cette époque ! Le FPR négociait avec lui. ….

P.P.K. …. « …la mort de Habyarimana … je m’en fous ! … ça m’est égal que cela lui soit arrivé ».

2 – de l’interview de Paul Kagamé reprise sur France 24 et RFI[16] :

« Mukwege devient un symbole, un outil de ces forces qu’on ne perçoit pas. Il reçoit le Prix Nobel et on lui dit quoi dire ».

3 – de la sortie de Suzan Rice [17] :

« When she came back from her first trip to the Great Lakes region [of East Africa], a member of her staff said, ‘Museveni [of Uganda] and Kagame agree that the basic problem in the Great Lakes is the danger of a resurgence of genocide and they know how to deal with that. The only thing we [i.e., the U.S.] have to do is look the other way.' »

(The gist of Prunier’s anecdote is correct, except that participants have confirmed to me that it was Rice herself who spoke these words).

4 – du fait que Bill Clinton avait interdit dans son administration d’employer le mot « Génocide » durant toute la tragédie de 1994.

 

Ceci rappelé, effectivement, si le Dr. Mukwege peut dire devant le Roi des Belges : « Il y a d’autres urgences que le passé », c’est qu’il parle du passé où les informations circulaient à la vitesse du tam-tam, de l’homme à pied, à mule ou à cheval, des bateaux à voiles ou des steamers. Mais ce qui offense le Dr. Mukwege c’est qu’à l’heure où le monde est un village et que les informations circulent à la vitesse de la lumière, il faille encore attendre près de 30 ans pour dénoncer les crimes et citer les noms des criminels. C’est rappeler que personne, en Belgique, n’a bougé lorsque Kisito Mihigo a été jugé, condamné emprisonné et assassiné ; ni quand Paul Rusesabagina, le « héros » du film « Hôtel Rwanda », citoyen belge, a été kidnappé à Dubaï, transféré à Kigali, jugé, condamné et emprisonné. Ce discours du Dr. Mukwege est comme un écho en miroir du célèbre discours de Lumumba en 1960 lors des célébrations des fêtes de l’Indépendance Congolaise, devant le Roi Baudouin, oncle du Roi Philippe.

La Grande-Bretagne expulse des réfugiés africains vers le Rwanda (comme l’envisageraient certains pays de la Baltiques et comme le fait déjà depuis belle lurette, Israël, contre monnaies sonnantes et trébuchantes), sans réaction de la Communauté Internationale. Le Rwanda se prépare à accueillir le sommet du Commonwealth tandis que son ex-Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, Louise Mushikiwabo, de son « exil » à la Présidence de la Francophonie, représente les intérêts de sa communauté linguistique d’adoption ( ?) …. Le Rwanda organise à Kigali non seulement la Conférence Cybertech Africa sur la Cybersécurite (initialement prévue pour 2020 et reportée pour cause de Covid19 !) mais aussi le championnat du monde cycliste sur routes en 2025 ….

La visite royale belge ne sera-t-elle pas uniquement l’occasion de surfer sur la vague des revendications de la victimisation, vagues externalisées, par les pouvoirs publics de tous les pays occidentaux, à de véritables lobbies « non gouvernementaux » ?

Sera-t-il à craindre que personne ne bouge quand il deviendra évident que des armes que la Communauté Internationale, amie du peuple Ukrainiens, Emmanuel Macron en tête, a livrées au « Gouvernement Zelensky », arrivent déjà au M23[18] ….. dans les Kivu.

Est-il à prévoir qu’à part quelques mondanités et quelques larmes de crocodile suffiront à nous convaincre que nous n’avons qu’à continuer à «  regarder ailleurs » ?…..

 

P.S. – Je remercie mon correspondant à Bruxelles, Jef Van de Meulebroeck, (pseudi d’emprunt par respect du RGPD – UE 2016/679) pour la quasi-totalité des informations reprises ci-dessus.

P.P.S. – Je précise que je ne suis spécialiste ni en virologie, ni en ethnologie, ni en masque FPP, 1, 2 ,3 ou même Kakuungu des Yaka -Suku,

P.P.P.S. – Je jure que je n’ai aucun conflit d’intérêt avec la famille royale belge.

 


[2] Masque remis au successeur de Kabila III

[3] Le Musée National Du Rwanda, lui, au moins, a été financé par le Roi Baudouin Premier en 1989.

[5] Avec Nadia Murad pour leurs efforts visant à mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre.

[6] Vice-Premier ministre belge et Ministre fédéral des Affaires étrangères (1999-2004) ; Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire (2004-2009)

[8] Juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Elle y est restée huit ans, dont quatre comme présidente. 12 ans avant ce rapport elle s’était distinguée dans procès exemplaire de Jean-Paul Akayesu,

[11] « Ode à la joie » exprime l’idéal de fraternité que Schiller avait pour la race humaine, vision partagée par Beethoven – L’hymne européen ….pathétique et poignant.

[12] The River, A Journey to the Source of HIV and AIDS -ISBN-10 : 1-904690-46-7

ISBN-13 : 978-1-904690-46-7

[14] Dans un communiqué publié le 25 août 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a certifié que la région Afrique de l’OMS était exempte de poliomyélite causée par les poliovirus sauvages. Il persiste toutefois des cas de poliomyélite causée par le poliovirus de type 2 dérivé du vaccin.

[18] M23 des Laurent Nkundabatware (résident protégé actuellement à Kigali) et Jules Mutebusi (†) , les bouchers de Bukavu en 2004 et de Goma en 2012.





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